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En Aparté avec … @Karim_Boukercha

Sur les réseaux sociaux, Karim Boukercha est l’un des utilisateurs les plus connus de la twittosphère toulousaine. Avec plus de 20 000 abonnés, le tweetos commente avec humour la politique et les sujets de société. Rencontre IRL avec l’homme qui a un homonyme.

Karim Boukercha II — Photo Kevin Figuier, Aparté.com

 

Karim Boukercha est un enfant des Internets. D’ailleurs en passant, il s’agit de @Karim_Boukercha, le toulousain et non son homonyme qui est scénariste et réalisateur. Si vous avez encore un doute, il y a un graphique qui explique tout.

Bien connu de la twittosphère toulousaine pour ses tweets drôles et tranchants, Karim Boukercha travaille depuis 2014 chez l’agence 231e74 où sa mission est d’« accompagner les entreprises, institutions ou personnalités dans la prise de parole sur les réseaux sociaux et l’appropriation de la culture digitale ».

 

Un enfant du pays

 

Né en 1985 en Algérie, l’aîné de cette fratrie qui compte quatre membres a des parents aux revenus « très très modestes ». Le père est ouvrier agricole « pour une famille de colon qui était installée en Algérie » et sa mère a suivi « une instruction mais s’est occupée de ses enfants ».

À la fin des années 1980, le paternel part seul travailler en France et rejoint la famille de colon qui possédait « de grandes exploitations agricoles ». Avec le temps, un « lien d’amitié » se crée et en 1993 la famille Boukercha bénéficie du regroupement familial. Elle atterrit à Montesquieu-Volvestre, à une cinquantaine de kilomètres au sud de Toulouse. « Je n’avais pas beaucoup de repères et nous ne parlions pas encore le français« , se souvient Karim.

 

« [Sur Twitter,] il y aura toujours quelqu’un pour dire qu’il y a trop … [silence] »

 

Si les premiers instants étaient « un peu angoissants » par rapport au fait de s’installer dans un nouveau pays, l’installation « dans un petit village » était pour la petite famille le moyen de « rencontrer et de s’intégrer plus facilement ».

Dans cette perspective, il choisit d’acquérir la nationalité française dans les années 2000. Bac ES en poche, Karim se lance dans des études de STAPS pour devenir professeur mais le contexte de restriction de poste le contraint de revoir ses plans. Il fait l’inventaire sur ce qu’il aime et l’intéresse.

En 2008, il « tombe » dans la marmite des réseaux sociaux et la culture web; c’est à cette période que le phénomène commence à prendre de l’ampleur. A l’époque, il n’y avait pas de formation pour devenir community manager et au fil des rencontres il s’« engouffre » dans le métier et parcourt son « petit bout de chemin ».

 

Les travers du net

 

Internet et notamment les réseaux sociaux sont des terrains de jeu pour Karim Boukercha. Comme sur n’importe quel média, il y a du bon et du mauvais à l’image des trolls qui « font partie du jeu » et représentent selon Karim 95% de la pollution des réseaux sociaux.

Cette technique de parasitisme est une méthode employée par « l’extrême-droite qui vient polluer tous les espaces d’expression. C’est une tactique et elle agit comme une armée, constate le spécialiste toulousain. Ce sont des gens qui ont compris la mécanique et qui l’usent jusqu’à la corde pour faire passer un message », poursuit-il encore.

 

« J’essaie d’être drôle, de faire sourire les gens sans prétention à mon modeste niveau et je partage un point de vue ou une information »

 

Depuis l’émergence des trolls, il ne lit plus les commentaires et dresse un terrible constat : « Quel que soit le sujet, les gens reviendront sur l’islam ou l’immigration. Par exemple, tu auras toujours beau parler d’un accident de voiture à Saint-Cyprien, en retour il y aura toujours quelqu’un pour dire qu’il y a trop … [silence] ».

Néanmoins, les réseaux sociaux permettent de mettre en lumière et de rendre viral des personnes ou des sujets. Parmi les témoignages d’hommage aux victimes des attentats de novembre 2015, une femme sortira de l’anonymat grâce à Twitter : Danielle Mérian.

 

La force et la vertu des Internets

 

Avec le recul, Karim Boukercha en tire « une fierté » et est ravi « d’avoir contribué à mettre la lumière sur cette dame (…) qui fait vivre un message de fraternité ». Depuis cet épisode, Karim et l’ancienne avocate sont toujours en contact et se « rencontrent régulièrement à Paris ». « C’est un personnage qui remet les idées en place, elle a cette faculté de mettre tout le monde d’accord », poursuit encore le toulousain.

Twitter et plus largement les réseaux sociaux peuvent jouer des rôles vertueux, d’où l’idée pour Karim de pouvoir l’enseigner « très tôt » à l’école. La plateforme « permet de structurer une pensée, oblige la concision et redonne du sens aux mots », explique-t-il.

Mais faire preuve de synthèse ne suffit pas, à l’image des tweets de Karim, il faut adopter une « tonalité différente des autres »Cela lui a permis d’acquérir une certaine notoriété numérique. « J’essaie d’être drôle, de faire sourire les gens sans prétention à mon modeste niveau et je partage un point de vue ou une information de manière décalée ou humoristique sans perdre de vue le sens » du contenu raconte encore le twittos.

 

Le compte qui valait 20 000 followers –  Photo Kevin Figuier, Aparté.com

 

La politique en dérision

 

Parmi les sujets qui l’intéresse : la politique,  « pas les hommes et femmes » qui incarnent la politique. Pour le partage des idées et à ce qu’il appelle « l’émulation intellectuelle », il constate que « Twitter a parfois aussi sublimé les conneries, et les politiques ne dérogent pas à la règle ».

Les politiques, explique-t-il, « sont confrontés pour la première fois à autant de critiques et de manière frontale. Ils vivent dans une bulle où certains y sont depuis plus de trente ans ». Néanmoins, pas question pour le toulousain de s’engager dans un parti politique, il souhaite rester indépendant.

Parmi les personnages politiques qu’il affectionne, Nadine Morano à qui il a même consacré un compte parodique: @Nordine_Morano. Régulièrement, il reçoit des messages qui peuvent être des « demandes ou des messages d’insultes supposées destinés à Nadine Morano« . D’ailleurs Karim Boukercha parie sur le fait que Nadine Morano tweete en personne. « Elle a une constance dans la connerie, elle tweete mais son électorat n’est pas sur Twitter et d’ailleurs peut-être pas sur Internet ».

 

« Les gens pensent que les conneries que j’écris peuvent être réellement écrites par [la députée européenne], là je pense que c’est plus inquiétant pour elle. Pour qu’un message politique passe bien, il faut de l’authenticité, de la régularité mais aussi de l’humilité auprès des gens de la communauté car on ne vient pas prêcher la bonne parole. Les politiques sont dans une logique de communication, tout est pesé au mot près. Il y a un côté irréprochable.  Malheureusement si tu calcules ce que tu dis, au moindre faux pas on peut te retomber dessus. Twitter, c’est à double tranchant. Si on va sur un réseau social pour ne pas dialoguer, ça s’appelle un communiqué de presse. Veut-on créer de la proximité ou créer de la visibilité ?« 

 

Aujourd’hui, les réseaux sociaux vivent « une massification mais pas une démocratisation car toutes les strates de la populations ne sont pas représentées », explique Karim Boukercha. Twitter est « sur-représenté pami les journalistes ou les influenceurs », juge-t-il. Autre reproche, le fait que sur le réseau de l’oiseau bleu ce dernier suscite « beaucoup de bruit et perde en échange. Les gens lisent les tweets mais pas les liens », se désole le toulousain.

About Kevin Figuier

Sur les Internet et sur papier.

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