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TEMPS DE LECTURE : 7 MINUTESLa Brèche, la web-TV citoyenne qui veut réinventer le débat politique

Depuis un petit mois, une nouvelle émission politique a fait son apparition à Toulouse. Imaginée par des citoyens et des militants associatifs, La Brèche propose de réinventer le débat politique pendant 1h30 toutes les deux semaines. Immersion sur le plateau et en coulisses quelques minutes avant le direct.

 

L’essentiel de la partie technique est assurée par TV Bruits

 

Mardi 7 février. La nuit vient de tomber et il pleut à grosses gouttes. Peu importe, la maison de quartier de Bagatelle bourdonne. Derniers réglages à effectuer, décor à peaufiner, invités à accueillir et maquiller… En tout, une trentaine de personnes s’active depuis le début d’après-midi pour transformer la salle en plateau TV. Car il en faut des spots, des câbles et du matériel pour assurer l’enregistrement et la retranscription en direct sur Youtube d’une émission de presque deux heures.

 

La présidentielle comme une occasion de débattre

A l’origine, tout est parti d’une idée lancée cet automne par Nuit Debout et des militants associatifs, « sans trop y croire », se souvient Marc en nous faisant visiter les locaux. « On a essayé de voir quel genre d’émission on voulait faire, puis on a lancé des appels sur les réseaux sociaux pour nous rejoindre. Au début on était six ou sept, puis dix, puis vingt la veille du nouvel an », retrace-t-il. Jusqu’à atteindre une cinquantaine de personnes dans la mailing-list. Des membres de Nuit Debout donc, mais aussi des militants, des étudiants, des journalistes, des citoyens… « Tous réunis par une non-satisfaction de la façon dont les médias traitent l’actualité et la politique », explique Marc.

 

« On ne veut pas dire aux gens quoi voter, ni même d’aller voter, insiste Marc. On souhaite juste changer la façon dont on parle de politique actuellement ».

 

Après quatre mois de réunions et de discussions est née La Brèche TV. Une émission de débat politique, enregistrée et diffusée chaque mardi toutes les deux semaines jusqu’à l’élection présidentielle. Le calendrier n’est pas anodin : « On voulait profiter de l’intérêt en France pour la politique », résume notre guide. À chaque émission son thème, et ses invités issus du monde politique et de la société civile. « On ne veut pas dire aux gens quoi voter, ni même d’aller voter, insiste Marc. On souhaite juste changer la façon dont on parle de politique actuellement ».

 

Cécile, la modératrice, relit ses fiches quelques minutes avant le coup de départ

 

L’émission de ce soir est axée sur l’écologie. Et ça se voit. Des bouts de pailles et des bottes de foin ont envahi le plateau. Sur une échelle, salades et carottes côtoient des cucurbitacées et des radis. Dans sa chemise lavande, Jean-Noël se concentre, conducteur à la main. Il aura le rôle de facilitateur ce soir sur le plateau : « Je vais servir d’interface entre le plateau et les pôles réseaux sociaux et fact-checking, détaille-t-il, on m’envoie les informations via Telegram et j’interviens dans le débat ».

Peu habitué des plateaux télé, il s’avoue d’autant plus stressé que ce soir La Brèche reçoit le Front National. « On a pris le parti d’inviter au fil des émissions tous les représentants des principaux candidats », explique-t-il. Au dernier moment, Jean Leonardelli, le secrétaire départemental du FN en Haute-Garonne, a fait faux bond. « Sur le coup ça nous a mis dans la difficulté, le débat aurait été bancal », estime Jean-Noël. Finalement, c’est Gabriel Robin, spécialiste culture du FN et auteur sur boulevard Voltaire, qui a accepté de venir.

Quand on le questionne sur son engagement dans le projet, Jean-Noël évoque sa vie dans des pays d’Asie du Sud-Est. « En France, on vit encore dans une démocratie et ça me paraît important que le citoyen se saisisse du débat et des questions politiques », explique-t-il. Lui-même vient de TV Bruits, une web télévision associative sans laquelle La Brèche ne serait pas possible : ce sont les membres de cette asso qui assurent l’essentiel de la partie technique de l’émission. Le matériel semi-pro provient aussi d’autres structures bien connues dans le paysage associatif toulousain, comme les Vidéophages.

 

Une émission conçue et réfléchie pendant quatre mois

Dès les débuts, la Brèche a revêtu un visage plutôt sérieux, presque professionnel. « On essaie de limiter l’émission à 1h30 », indique ainsi Jean-Noël. Mais l’équipe ne s’interdit pas de dépasser si elle le juge nécessaire. L’essentiel étant que les invités puissent s’exprimer sur le fond. « On n’avait pas intérêt à avoir les portes-paroles nationaux, parce que ce qui nous intéresse nous, c’est le programme des candidats à la présidentielle, ajoute Gaëlle, une autre bénévole, les représentants locaux des candidats sont peut-être plus à même de parler du programme et de s’affranchir des logiques de personnages ».

Côté plateau, l’inspiration est notamment venue des soirées-débats de Médiapart. « Dans cette émission, il n’y a pas de grande table », remarque celle qui s’est occupée de la déco. « J’avais arrêté de regarder les émissions politiques à la télé, mais je m’y suis remise, reconnaît Gaëlle, on s’est tous constitués une petite culture télévisuelle ». Un réflexe indispensable selon elle pour façonner l’émission politique de leurs rêves.

 

« Je pense que j’aurais très mal vécu cette campagne présidentielle sans pouvoir y prendre part d’une manière ou d’une autre. Entendre toujours les mêmes débats sur les éternels mêmes sujets, ça ne m’intéresse pas ».

 

Entre deux gorgées de bière, elle reprend : « Je pense que j’aurais très mal vécu cette campagne présidentielle sans pouvoir y prendre part d’une manière ou d’une autre. Entendre toujours les mêmes débat sur les éternels mêmes sujets, ça ne m’intéresse pas ». N’ayant pas trouvé de parti politique qui la séduise, elle s’est tournée vers le milieu associatif et le militantisme.

 

Stickers, affiches et tasses portent les couleurs de La Brèche

 

Ouvrir une brèche

Certains débarquent à La Brèche avec leurs connaissances professionnelles sous le bras. D’autres arrivent avec de la main d’oeuvre et beaucoup de bonne volonté. « Ce n’est pas une bande de potes à la base, observe la cheffe décoratrice, les gens sont vraiment venus pour le projet, parce que ça les intéressaient ». Elle-même « maîtresse d’école », Gaëlle apprécie tout particulièrement la philosophie d’éducation populaire promue par TV Bruits et La Brèche. « On est en train de s’auto-former grâce à cette émission, sourit-elle, enthousiaste, moi j’ai déjà pas mal bossé sur l’analyse des programmes politiques, là ce soir je suis sur le live-tweet, et j’espère passer au cadrage la prochaine fois ! ».

Derrière son nom, La Brèche renferme selon elle plusieurs significations possibles. « Il y a l’idée qu’on bouge les codes et qu’on ouvre les possibles, avance-elle, que derrière le mur il y a plein de gens en train de bouger les choses. Et on aimait la mise en danger que cela implique ». Être sur la brèche c’est se « mettre en danger ». Elle conclut avant de se préparer pour le direct : « On bosse presque tous, on a parfois des enfants. Mais on se retrouve, on discute et on débat ». Echange d’idées du plateau aux coulisses, et des coulisses aux plateaux, il n’y a qu’un pas.

 

La prochaine émission c’est ce mardi 21 février, en direct à partir de 21h sur Youtube. Les débats porteront sur l’égalité, les discriminations et leurs constructions sociales.

En attendant vous pouvez vous replonger dans l’état d’urgence écologique (émission du mardi 7 février, traduite en LSF juste ici)  :

 

 

/ / / Retrouvez La Brèche TV sur Twitter, Facebook, son site, et surtout sa chaîne Youtube.

 Un pot commun a également été lancé pour subvenir aux besoins matériels et nutritifs de l’équipe, par ici.

Article rédigé par Marie Desrumaux

Beaucoup de Sciences Po Toulouse, un peu d'Aparté, d'Ouest France et de Boudu. Je traîne mes Stan du côté des mouvements sociaux, des minorités et des cultures alternatives.

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