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TEMPS DE LECTURE : 7 MINUTES96% : l’émission qui féminise les ondes

Un dimanche sur deux, Camille, Audrey et Marion s’emparent de CampusFM pour défendre la cause féministe dans les musiques électroniques. Une émission qui renverse les chiffres en proposant une playlist quasi-exclusivement féminine.

 

L’équipe de 96 % au complète Photo © Manon Didierjean

 

/ / À écouter pendant la lecture :

 

Dimanche. 23 heures. Les ondes de CampusFM cessent de crépiter. Les accents légers de Camille et Audrey prennent le relais :

« Bonsoir, vous êtes sur CampusFM et vous écoutez 96%, l’émission qui renverse les stats. »

La voix de Marion se mêle à leurs bonjours enjoués. L’émission commence, et le constat est déjà dur. Même en musique notre société patriarcale et machiste impose les règles. Camille l’explique d’un naturel déconcertant :

« D’après les chiffres du Laboratoire de l’égalité, 96 % de la musique contemporaine diffusée est produite par des hommes. Ici, on va inverser la tendance et mettre en avant les 4 % qui restent. »

Le ton est lancé. Les machistes peuvent s’abstenir. 96% n’est pas tant dans une démarche militante féministe. C’est une sorte de… Enfin si, complètement. C’est une mise en perspective de la condition féminine sous couvert de découverte musicale. Audrey et Camille reviennent pour Aparté sur l’initiative derrière le projet.

 

Aparté.com : Derrière 96 %, il y a clairement un message engagé et féministe. Pourquoi cette émission ?

 

Audrey : L’idée de départ, c’est par rapport à mon vécu personnel. Après avoir loupé les examens au CRFPA (Centre Régionale de Formation Professionnelle d’Avocats ndlr.), je voulais me lancer sérieusement dans la musique.

J’ai commencé à en discuter avec des amis déjà dans le domaine. Leur réaction fut froide, avec un discours très réaliste par rapport à la place des femmes dans la musique. Ils m’ont surtout conseillé de créer mon propre support, de lancer mon projet, quelque chose qui émanait de moi.

Je voulais parler des femmes dans les musiques électroniques. Cela me touchait directement.

À force de conseils, j’ai réfléchi à une émission radio. Le projet était très vague, je voulais parler des femmes dans les musiques électroniques. Cela me touchait directement, j’avais vécu ce frein-là. C’était ma frustration, l’origine.

Je connaissais Camille de loin, je voyais qu’elle s’investissait dans le milieu musical. Elle était partout avec sa petite couronne de fleurs. La cause des femmes semblait lui parler. Je t’ai contacté, et ça t’a tout de suite plu, non ?

Camille : Bof. (rires). Non, sérieusement, j’ai trouvé ça trop bien. Je faisais rien à ce moment là. On s’est tournées vers Campus, et la suite s’est passée très vite.

Camille en pleine tirade féministe — Photo © Manon Didierjean

 

Donc c’est une émission pour femmes frustrées et mal baisées ?

 

Camille : Non, pas vraiment… J’ai pas l’impression qu’on utilise un discours compliqué. On donne des chiffres, on veut faire un peu réfléchir. Dans le vocabulaire et les thématiques abordés, c’est surtout pour un public qui s’intéresse à la musique plutôt qu’à l’égalité des genres.

Audrey : Au début ce devait être ça, que du son, mais on allait rapidement faire le tour. Il n’y a pas beaucoup de nanas qui produisent leurs propres sons. Ça allait rapidement manquer de contenu.

Je fais la réflexion féministe et Audrey, elle s’occupe de la musique. On a aussi des chroniques ciné autour de l’analyse d’un personnage féminin avec Marion.

Camille : On s’est demandées, pourquoi on fait ça ? On voulait montrer qu’il y avait des femmes dans les milieux électroniques, les valoriser et réfléchir à leurs conditions. Moi, j’ai fait des études de genre, je connais les discriminations féminines dans tous les secteurs. À la Petite, j’ai travaillé sur les égalités entre les hommes et les femmes dans le milieu culturel et les musiques électroniques. J’ai voulu faire cette partie d’un quart d’heure pour proposer une réflexion sur un thème : pourquoi n’y a-t-il pas de femmes dans les labels, les festivals… ? En fait, je fais la réflexion féministe et Audrey s’occupe de la musique. On a aussi des chroniques ciné autour de l’analyse d’un personnage féminin avec Marion.

Audrey : Le but c’est de faire changer les mentalités. On ne se concentre pas sur un public féministe. C’est pas que pour remplir ou calmer la frustration. On expose une évidence, les nanas ne sont pas mises en avant. On prend le contre pied.

 

La chronique ciné de Marion — Photo © Manon Didierjean

 

S’il n’y a pas beaucoup de femmes dans la musique électronique, c’est peut-être parce qu’elles sont plus nulles ?

 

Camille : Tu le dis pour provoquer, mais ce n’est pas si faux que ça. Les femmes sont beaucoup moins programmées dans les festivals ou moins présentes dans les labels. Ce n’est pas parce qu’elles n’existent pas, qu’elles ne font pas de musiques, mais parce qu’il y a plusieurs mécanismes qui bloquent la diffusion des sons produits par des femmes.

Par exemple, les réseaux de musiques sont très masculins, assez informels et datent du collège ou de la fac. Ils sont par définition pas très mixtes. Les mecs s’entraident énormément. Les femmes sont sous-représentées parce qu’elles n’étaient pas potes avec eux au lycée. Sur Toulouse, les collectifs sont exclusivement masculins.

Tout ce qu’on dénonce dans les musiques électroniques est valable dans toutes les sphères de la société. Entre la production et la diffusion du son, il y a tellement de choses qui empêchent les femmes d’accéder à la notoriété.

Dans la musique électronique, il y a une sorte de misogynie intégrée.

Il y a aussi le fait qu’elles ne savent pas le faire. C’est fait dans l’entre-soi masculin, les filles ne sont pas encouragées à faire de la musique électronique. Ça se passe sur des ordinateurs, avec des logiciels. C’est un « truc de mec geek », et les filles en sont éloignées.

Audrey : C’est vrai, une fille n’est pas reçue de la même façon. Les mecs se retrouvent pour un apéro, jouent du synthé et matent quelques filles sur internet. C’est cliché ce que je dis, mais ça se passe un peu comme ça.

Dans la musique électronique, il y a une sorte de misogynie intégrée. Les réseaux de musique se font par d’autres réseaux informels de loisirs, sportifs ou autres, desquels les filles sont exclues.

De toute façon, la société est misogyne et c’est comme ça depuis des siècles. Et plus on rentre dans des niches, plus c’est exacerbé. Cette misogynie est dans tous les genres et sous-genres de musique, pas que dans la musique électronique.

 

Audrey derrière ses platines — Photo © Manon Didierjean

 

Finalement, c’est quoi être féministe : se laisser pousser les poils et insulter tous les mecs de connards ?

 

Audrey : Le féminisme est une prise de conscience. Par mes rencontres, je me suis rendue compte de ce que c’était, et je me suis sentie aspirée par le mouvement. À un moment donné, tu es face à un mur et tu te demandes ce qui ne va pas. Et tu cherches des solutions, et le féminisme apporte des réponses.

Camille : Pour moi, c’est croire en l’égalité entre les hommes et les femmes. Une égalité totale sur absolument tous les plans. Je pense que tout le monde peut être féministe. Si on n’est pas féministe, on est simplement sexiste. En plus d’être féministe, on est militantes. On porte un discours engagé. C’est l’idée de valoriser les femmes contre l’idée que les hommes sont tout le temps et quasiment partout.

 

Avec 96%, Audrey, Camille et Marion se réappropient les ondes de CampusFM avec la volonté d’abolir le patriarcat musical. Abandonnez vos clichés avant de tourner le bouton de la radio dimanche prochain à 23 heures. 96%, c’est avant tout une émission musicale pour les amateurs de musiques électroniques par des amatrices de musiques électroniques.

> >  Séduis, séduites ou séduit.e.s ?

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Un dimanche sur deux sur CampusFM  (94 Mhz) à 23 H 00

Article rédigé par Brice Bacquet

Rédacteur en chef de cette année - Société, culture, politique et internets

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