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TEMPS DE LECTURE : 7 MINUTESRETSER31 : ces étudiants qui viennent en aide aux réfugiés

Le Réseau des Étudiants Toulousains en Soutien aux Exilés et Réfugiés (RETSER31) accompagne depuis septembre les migrants accueillis dans la ville. Loin des clichés de l’assistanat, les étudiants mobilisés veulent créer de véritables relations d’amitié et d’échanges avec les déplacés de Calais.

 

Photo souvenir sur les plages de Calais - © Paul Lorgerie / Aparté.com

Photo souvenir sur les plages de Calais – © Paul Lorgerie / RETSER31

 

À la fin du mois d’octobre, les résidents de la « Jungle » de Calais ont été dispersés aux quatre coins de la France en direction des C.A.O. (Centres d’Accueil et d’Orientation) et autres organismes d’accueil. À Toulouse, les migrants débarqués depuis seulement un mois s’acclimatent progressivement à la Ville Rose. Toit, nourriture, vêtement, et suivi administratif et juridique, les associations d’aide aux migrants redoublent d’effort pour intégrer ces individus déplacés.

C’est en marge des institutions et organisations officielles qu’une initiative étudiante s’est lancée. Un défi presque fou initié par Marion et Valentin, deux étudiants à l’IEP de Toulouse (Institut d’Études politiques). Leur but ? « Venir en aide aux réfugiés, intervenir auprès des étudiants, et permettre la rencontre étudiants-réfugiés », explique Valentin sous les acquiescements de Marion. Collectes de dons, cours de français, conférences diverses, activités variées et entraides au quotidien, les étudiants mobilisés cherchent (simplement) à se rendre utile.

Sur une terrasse du centre ville, Marion, Valentin et Paul sont revenus pour Aparté.com sur l’origine du projet RETSER31C’est en septembre que l’initiative prend forme autour d’un noyau d’étudiants de Sciences Po. Marion résume rapidement :

« L’idée c’était de sensibiliser les Toulousains, et notamment les étudiants, à la question des réfugiés ».

            > > (Re)lire le reportage d’Aparté.com sur les CAO

 

"Jungle" de Calais en octobre 2016 - © Paul Lorgerie / Aparté.com

 « Jungle » de Calais en octobre 2016 – © Paul Lorgerie / RETSER31

 

Le déclic de Calais

Déjà sensibilisés à la crise migratoire, Marion et Valentin se sont rendus avec treize autres étudiants de Sciences Po à Calais. Sur place, ils participent aux missions de l’Auberge des migrants, une association d’aide humanitaire déjà présente sur le site, et réalisent la situation. « Ce qui est un peu triste, ce qui nous a tous choqués, c’est que personne ne parlait français à Calais », expliquent-ils, « il n’y avait que des Anglais ». Dans les échanges entre bénévoles, dans le dialogue avec les migrants, ils remarquent que l’anglais domine et s’impose naturellement. Avec le recul, Paul pense :

« Il y avait une réelle lacune à ce niveau. Je ne pense pas que les gens détestaient les migrants, ils en avaient simplement ras-le-bol de la situation, du camp et de tout le reste ».

Avec le démantèlement de Calais en octobre, ils ont voulu créer un réseau toulousain pour accueillir les personnes déplacées. « On s’est appuyé sur l’Auberge des migrants qui avait créé des groupes sur les réseaux sociaux pour suivre les initiatives régionales, et coordonner l’action associative autour des CAO »raconte Valentin. Sur le groupe Occitanie, ils apprennent l’histoire d’un groupe d’Afghans originaire de Calais. Marion se rappelle :

« Ils étaient dans des conditions difficiles, ils avaient besoin de soutien et d’accueil. On a pu leur apporter certaines choses grâce aux collectes qu’on avait menées ».

« Deux semaines après, on rencontrait France horizon, l’association qui s’occupe du CAO de Ramonville, pour faire un partenariat », poursuit Valentin, « leur donner directement nos dons ou organiser des cours de français ». Du bouche à oreille aux réseaux sociaux, les étudiants se sont faits connaître et ont rapidement créé leur réseau d’entraide et de bénévoles.

Matchs de football aux dernières olympiades - © Paul Lorgerie, Aparté.com

Matchs de football aux dernières olympiades – © Paul Lorgerie / RETSER31

 

Plusieurs pôles, une même idée

C’est autour d’un petit groupe d’étudiants de Sciences Po que le projet s’est formé. « On voulait d’abord se retrouver en petit comité pour lancer le projet, bien le préparer avant de s’ouvrir à l’inter-universitaire », se souvient Valentin. Dès novembre, des étudiants de l’Université de Toulouse – Jean Jaurès (ex-Mirail) se sont mobilisés, manifestant leur intérêt pour l’initiative de Sciences Po. Par la suite, un réunion publique s’est organisée à l’université regroupant des centaines d’intéressés. Pour Paul :

« Il y a un élan auprès des étudiants que ce soit en psychologie, en sociologie, à Sciences Po, aux Beaux-Arts… On a aussi le soutien de personnes pas forcément étudiantes, des professeurs ou des universités elles-mêmes, et même de personnes âgées ».

« Dès le début, on a rencontré des étudiants très motivés, mais qui ne savaient pas comment se rendre utiles, explique Paul, ils avaient seulement besoin d’un petit coup de pouce »Aujourd’hui, le projet s’est bien développé. Des étudiants d’autres universités ou écoles les contactent spontanément, motivés par l’envie d’aider, de s’impliquer.

Les étudiants de Science po à l'Aubege des migrants - © Paul Lorgerie

Les étudiants de Science po à Calais pour l’Aubege des migrants – © Paul Lorgerie / RETSER31

 

Casser les codes de l’assistanat

Pour Valentin et Paul, les responsables des centres sont souvent débordés par la situation. Ils ont du mal à mener leurs propres missions, et les étudiants de RETSER31 apportent une aide supplémentaire précieuse. C’est surtout sur l’aspect intégration que les étudiants insistent « sans trop grossir le trait », comme l’explique Marion :

« On est étudiants, on est curieux de ces personnes. Pas de leurs parcours, ni de leurs itinéraires, mais de leurs cultures. On veut créer des relations, des amitiés, de la confiance. On veut échanger avec eux. »

Et c’est probablement là l’originalité du projet : l’engagement étudiant. Sans prétendre remplacer les associations humanitaires existantes, RETSER31 c’est cette « envie folle d’aider » selon les propres mots de Valentin. Ils s’inscrivent dans une démarche quotidienne « en dehors des horaires de bureaux » :

« On est disponible le weekend. Des étudiants donnent des cours de français le mercredi après-midi et le vendredi matin. Le dimanche, on fait des rencontres sportives entre réfugiés et étudiants ».

Leur investissement permet de sortir les migrants de leur isolement, sans tomber dans les travers de l’assistanat.  Marion revendique l’opposition « à la logique de l’assistanat parce que ce sont les réfugiés et les exilés qui nous apprennent quelque chose ». La dernière fois, des migrants afghans ont essayé d’initier les étudiants toulousains au cricket, non sans grand mal.

Une initiation au criquet - © Paul Lorgerie / Aparté.com

Une initiation au cricket – © Paul Lorgerie / RETSER31

 

Informer, sensibiliser

Au delà de l’aide humanitaire, RETSER31 s’est engagé dans une campagne de sensibilisation et d’information. Qui sont-ils ? D’où viennent-ils ? La plus part des étudiants sont mal informés sur la question migratoire. Les membres du projet voulaient se détacher de l’image relayée par les médias traditionnels. Paul explique :

« On ne voulait pas montrer les migrants à travers l’idée de masse, de flux migratoire. On voulait démystifier la figure du migrant. Qu’est-ce-que c’est ? Qu’est-ce-qu’un demandeur d’asile ? Et aussi faire des portraits pour montrer leurs histoires et leurs attentes ».

Auprès des associations, les étudiants de Sciences Po font valoir leur expertise dans les relations internationales. De la théorie à la pratique, ils éclairent les avocats sur les situations particulières de certains pays, et leur permettent d’adapter leur accompagnement. « On fait des fiches thématiques sur les pays pour que les avocats de l’ADDE (Avocats pour la Défense des Droits des Étrangers, ndlr.) prennent une décision en connaissance de cause », explique Paul.

Rencontres sportives, visites de Toulouse par des professeurs d’Art, soirées solidaires, cours de Français, campagnes informatives… La liste des activités de RETSER31 est longue et aux couleurs de leur engagement. RETSER, c’est l’échange. Un échange entre déplacés et Toulousains. Pour les étudiants ou autres bénévoles, c’est l’occasion de voyager et de découvrir des cultures. Pour les migrants, c’est l’opportunité de partager et d’offrir leurs cultures. « C’est un plaisir d’échanger avec eux, c’est naturel », pour reprendre les mots de Paul.

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Article rédigé par Brice Bacquet

Rédacteur en chef de cette année - Société, culture, politique et internets

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