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CitizenFarm ou comment repenser l’agriculture

Depuis juin 2016, le jardin Raymond IV accueille une étrange structure cubique. Et non, ce n’est pas une énième démonstration artistique, mais une nouvelle manière de penser l’agriculture : la ferme urbaine.

 

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La ferme urbaine de CitizenFarm vue de l’extérieur — François Cellier / Aparté.com

Cela n’aura pas échappé aux plus curieux. Depuis quelques mois maintenant, une cabane de verre et de bois se dresse au milieu du jardin Raymond VI dans le quartier de Saint-Cyprien. C’est la ferme urbaine de Toulouse. Sur à peine 15m² de superficie, CitizenFarm, la start-up toulousaine derrière le projet, réinvente l’agriculture en plein cœur de la ville.

Ce conteneur réhabilité accueille le projet innovant de CitizenFarm, un mélange habile de culture urbaine et d’aquaculture. CitizenFarm est une petite entreprise toulousaine d’à peine trois ans installée dans les locaux de l’incubateur toulousain At Home. C’est confortablement assise dans les fauteuils jaunes rembourrées de la communauté de travail qu’Axelle, une des salariées de la boîte, résume (tout simplement) le projet :

« C’est une culture en aquaponie dans un petit espace, c’est-à-dire hors-sol et dans un conteneur.  Le concept urbain, c’est d’être en contact avec les gens et à terme faire de la vente en circuit court ».

 

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L’intérieur de la ferme urbaine – François Cellier, Aparté.com

De l’Ozarium à la ferme urbaine

C’est lors d’un voyage en Chine que Pierre, jeune diplômé de la Toulouse Business School et petit-fils d’agriculteur, découvre l’aquaponie (on vous explique le concept plus bas). Dans son appartement, il s’adonne aux joies de ce procédé innovant aux frontières entre agriculture et élevage. L’Ozarium est né, un aquarium classique sur lequel des plantes poussent.

Avec l’Ozarium, l’idée de CitizenFarm était de faire pousser quelques tomates, des herbes aromatiques et quelques petites choses comme ça. L’Ozarium propose simplement de faire un petit potager dans son appartement. Pour Axelle :

« On est tous un peu jardinier, tous un peu agriculteur, et l’Ozarium ramène cet esprit-là en ville ».

Et rapidement, les ambitions de la petite entreprise toulousaine dépasse le cadre du simple plaisir individuel. « On voulait voir plus grand, et créer quelque chose qui pourrait produire pour nourrir plusieurs personnes« , développe Axelle.

CitizenFarm lance en juin dernier le concept de ferme urbaine sur Toulouse. Ce conteneur surmonté d’une serre reprend les principes de l’aquaponie pour fournir une production plus importante, et expérimenter le projet à « plus grande échelle ». Pourtant Axelle tempère :

« À Toulouse, la ferme urbaine a été créée pour organiser des visites : expliquer l’aquaponie et les projets de CitizenFarm. On ne prétend pas produire quelque chose. »

Des salades de la Ferme urbaine – François Cellier, Aparté.com

« Un laboratoire expérimental »

La ferme urbaine de Raymond VI est finalement un expérimentation, un test grandeur nature pour observer, et prendre conscience des difficultés : voir ce qui marche et ce qui marche moins bien. « C’était important d’avoir un laboratoire expérimental, parce que c’est un projet technique« , conclut-elle.

Et ça marche. Les gens viennent intrigués, posent des questions, découvrent ou redécouvrent l’aquaponie à travers la ferme de CitizenFarm. Parmi les visiteurs, connaisseurs et intrigués « sont toujours contents et enchantés de découvrir le projet ». Axelle se rappelle leurs réactions :

« Les visiteurs demandent souvent si cela a même goût que les légumes en terre. Moi, je leur réponds que tant qu’ils mûrissent sur leurs pieds et qu’ils goûtent le soleil, ils seront bons. »

Attention, pour l’instant la ferme urbaine ne produit pas pour revendre. À terme, on peut imaginer des fermes plus importantes autour desquelles gravitent des « fermes intermédiaires plus petites ». La ferme est trop petite, et pour patienter les salades ou quelques légumes sont partagés entre les membres de l’équipe. Pourtant, Axelle reste optimiste :

 « On a pas prétention à fournir une ville comme Toulouse, mais offrir une alternative pour un quartier, des petits groupes. L’intérêt c’est qu’on a pas besoin de sol, on peut imaginer implanter une ferme urbaine un peu partout. »

Verticalement, horizontalement, les plantes poussent partout – François Cellier, Aparté.com

L’aquaculture + hydroculture = aquaponie

Derrière ce mot-valise un peu barbare se cache deux réalités agricoles distinctes, l’élevage de poisson (aquaculture) et la culture des plantes hors-sol à l’aide d’une solution aqueuse –grossièrement de l’eau– enrichie (hydrophonie). Axelle le résume assez bien :

« C’est un circuit fermé. Ce sont des poissons qui vont nourrir des plantes. En échange, les plantes filtrent l’eau pour les poissons. »

L’aquaponie est une pratique agricole exigeante et difficile, puisqu’elle demande d’établir et d’entretenir un véritable écosystème.  Cela demande beaucoup de patience et d’investissement. « Cet été, on aura des meilleurs productions. Il faut que ça se mette en place, c’est un écosystème récent. Plus c’est vieux, et mieux c’est« , explique Axelle.

Récente en France, la méthode agricole est depuis longtemps installée dans les pays anglo-saxons. Elle a déjà fait ses preuves, et s’expérimente plus facilement. « Aux États-Unis et en Australie, l’aquaponie est beaucoup plus développéeils ont des systèmes beaucoup plus vieux, et c’est commercialement viable« . 

« Par exemple en Australie, ils produisent des mangues », poursuit-elle. Même si elle regrette certaines dérives intensives de l’aquaponie « sous lumière artificielle et à plusieurs étages ».

Fleurs, légumes, toutes les plantes poussent — François Cellier / Aparté.com

Un engagement écologique

L’utilité ? Pour la start-up toulousaine, l’aquaponie répond à une double exigence écologique : un soucis de l’environnement et une attente sociétale. CitizenFarm diminue la consommation d’eau et bannit les produits phytosanitaires de sa production « bio sans label« . Axelle renchérit :

« On répond au problème de l’eau, l’aquaponie consomme 90% moins d’eau que l’agriculture intensive. Aucun pesticide ne pollue notre production, puisqu’on en utilise pas. »

Le processus permet de rapprocher les plans, puisque l’eau est remplie de nutriments, ils n’ont pas besoin de développer des racinesOn imagine alors des cultures verticales, horizontales, sans pour autant limiter la production à l’espace

CitizenFarm propose aussi de court-circuiter les grands réseaux de distribution, supermarché et autres. Aussi la start-up critique le nombre de kilomètres parcourus par un produit entre son lieu de production et notre assiette. 

Moins de terre, moins d’eau, moins de pesticides, la ferme urbaine de CitizenFarm semble une alternative innovante aux dérives de l’agriculture moderne. Et les agriculteurs, ils en pensent quoi ? Axelle balaie les critiques :

« On ne remplace pas l’agriculture rurale, mais cela peut être une solution pour la ville. Une solution pour une production locale. »

« C’est difficile d’avoir le retour des agriculteurs, et il serait probablement négatif« , avoue-t-elle pourtant. « Nous, on rapporte une production locale en centre ville en concurrence avec les réseaux de distribution, AMAP, marchés, supermarchés… ». Malgré tout, la startup toulousaine a le mérite de soulever des questions et proposer une ébauche de solution.

Rédigé par Brice Bacquet

Rédacteur en chef de cette année - Société, culture, politique et internets

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