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[cinéma] Cigarettes, chocolat chaud : un bon moment

Le premier film de Sophie Reine est une plongée dans le foyer des Patar, une famille construite par l’imagination de deux sœurs Janis et Mercredi. Ces dernières combattent les services sociaux. Elles veulent prouver à l’Ase que leur mode de vie marginal peut triompher face aux nombreuses épreuves qui les attendent.

→ Critik’express

Les raisons pour lesquelles il faut aller le voir :

–Parce qu’un« feel good movie » en fin d’année, ça fait du bien

–Pour découvrir le premier film de Sophie Reine

–Pour l’excellente prestation de Gustave Kervern

–Parce que le film réussi le test de Bechdel

–Parce qu’on ne parle pas de l’Étoile noire (Star Wars : Rogue One est sorti le même jour)

 

Les raisons pour lesquelles il ne faut pas aller le voir :

–Parce que les comédies familiales ne vous branchent pas

–Parce qu’on ne parle pas de l’Étoile noire

 

L’anecdote qui te fera passer pour un cinéphile et briller pendant un repas de famille :

Pour son film, Sophie Reine a voulu utiliser plusieurs chansons de David Bowie qui a d’ailleurs une place importante pendant tout le long-métrage. Après une demande faite auprès du chanteur, il a été conquis par le scénario et a offert plusieurs de ses titres à la surprise générale. Malheureusement décédé au moment de la postproduction, les ayants-droits ne sont pas revenus sur l’accord donné par le chanteur.

 

Sophie Reine a travaillé avec Isabelle Grellat sur le film Le Premier jour du reste de ta vie, qui l’a incitée à réaliser un long métrage. Avant de se lancer dans cette aventure, elle s’est essayée au court métrage avec Janine ou mes parents n’ont rien d’exceptionnel. Cette première expérience contient l’embryon de l’univers que l’on retrouve dans Cigarettes et chocolat chaud.

Le choc de deux mondes

Denis Patar (joué par Gustave Kerven) cumule les petits boulots. Caissier à Jardibonheur le jour, “vendeur en animalerie la nuit”, ces deux emplois lui permettent d’assumer son rôle de père célibataire qu’il subit depuis la disparition tragique de sa femme. “Hacker” des temps anciens, il “pirate” les tickets de cantine, de cinéma, de transport pour offrir à ses filles la vie dont il rêve pour elles.
Un soir comme un autre, un énième retard à la sortie de l’école oblige la police municipale à signaler la famille à l’aide sociale à l’enfance.
Confronté à cette nouvelle situation, Denis n’hésite pas à imposer sa vision patriarcale à des services sociaux déconnectés de la réalité lorsque Séverine (interprétée par Camille Cottin) —chargée par le Procureur de la République d’analyser le comportement familial— débarque dans la vie des trois protagonistes.
Utilisant des méthodes très scolaires même infantilisantes dont l’utilité est encore à prouver, Denis est donc convoqué à un stage de parentalité. La famille fait bloc afin de gagner la bataille contre les envahisseurs bureaucratiques et c’est finalement le père qui résoudra seul les problèmes les plus enfouis de ses filles.

Une mise en scène sobre mais efficace

Ouvrant sur un format 4/3, nous sommes témoins de la genèse de la famille Patar lorsque Denis rencontre une militante acharnée qui deviendra sa femme.
Écumant les rues, inventant le slogan “Si tu savais où on s’la met ta réforme”, les compères mènent une vie de bohèmes rebelles.
Tout au long du film, le spectateur voit la vie au côté du père de sorte qu’à aucun moment, rien n’est clairement défini comme étant réel ou imaginaire. Ainsi, lorsque Mercredi qui fait élevage de lucioles —afin de “ne jamais être dans le noir”— ouvre le bocal les contenant, leur danse devant l’objectif de la caméra nous rappelle que cette bulle dans laquelle vit la famille n’est pas conforme à notre réalité.

Toujours dans cette incertitude de réalité, Denis Patar considère que les cochons d’Inde doivent être immortels, ou encore qu’à la table du petit déjeuner, les licornes-flakes remplacent les corn-flakes et qu’une bonne dose d’imagination permet à un dessin d’enfant de s’animer et de scintiller devant nos yeux.

Un casting (d)étonnant

Le film met en avant trois rôles féminins majeurs. Camille Cottin que l’on savait déjà exceptionnelle depuis son interprétation d’Andréa Martel dans l’excellente série française Dix pour cent endosse ici un rôle plus grave qu’à l’accoutumée, mais celui-ci lui va à ravir. C’est d’ailleurs la première fois qu’elle interprète un personnage humain, aux antipodes de son rôle de Connasse.

Les deux autres héroïnes sont jouées par Héloïse Dugas qui adopte le rôle de la grande sœur Janine et à Fanie Zanini qui interprète Mercredi, une petite peste avec une passion frénétique pour le catch.

Les jeunes actrices rendent la famille Patar plus vraie que nature avec une interprétation juste aussi bien dans les moments joyeux, que dans les moments plus dramatiques.
Bien qu’il s’agisse d’un premier rôle pour Héloïse Dugas, elle n’a aucun mal à incarner toute la complexité de son personnage, celui d’une adolescente en pleine crise et en manque de repères.

En ce qui concerne les rôles masculins, Gustave Kervern endosse le rôle d’un père de famille monoparentale débordé par la situation. Lors de la première rencontre avec Sophie Reine, Gustave lui a demandé “Je ne suis pas acteur, pourquoi moi ?“. La réalisatrice a alors répondu du tac au tac “ça tombe bien , je ne suis pas réalisatrice, allons-y !”. Son interprétation de Denis Patar est très convaincante et il parvient à nous transmettre les joies et les angoisses d’être parent.

Enfin, si vous vous interrogez sur la provenance du titre du film, sachez que la réalisatrice a tenu a inclure dans son film, la musique de Rufus Wainwright, Cigarettes and Chocolate Milk qu’elle affectionne particulièrement.

  • Un matin comme les autres chez les Patar. © 2015 Mandarin Cinema – Alexis Cottin
  • Rangement express de la maison. © 2015 Mandarin Cinema – Alexis Cottin
  • Ce cochon d'inde est immortel. © 2015 Mandarin Cinema – Alexis Cottin
  • Pendant le spectacle préparé par les deux sœurs... © 2015 Mandarin Cinema – Alexis Cottin
  • ... Succès garanti ? © 2015 Mandarin Cinema – Alexis Cottin

Rédigé par Amaury Szczepaniak et David Dupas

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