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TEMPS DE LECTURE : 5 MINUTESLieuZaide is not dead

Après plusieurs années d’incertitudes, un accord vient d’être scellé entre la mairie de Toulouse et la famille Dieuzaide. Cette dernière va céder à la ville une majeure partie du fonds photographique constitué par Jean Dieuzaide. En parallèle, la municipalité a pour projet de réaménager et d’agrandir la galerie du Château d’eau pour une nouvelle réouverture prévue en 2018.

Jean Dieuzaide à NewYork en 1965 Photo Claude Roux

Jean Dieuzaide, à New York, en 1965 – Photo Claude Roux

 

« Enfin ! Merci monsieur le maire ! », s’exclame avec joie Jacqueline Dieuzaide en début de conférence de presse à la mairie de Toulouse. Aux côtés de la veuve du photographe Jean Dieuzaide, leur fils, Michel. Devant la table des locuteurs, un portrait en noir et blanc du photographe est installé sur un petit chevalet, lui-même posé sur un repose-pied rouge de style Louis XV. Le jour est important pour la famille et très attendu d’un point de vue politique pour le maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc. En 2008, la majorité municipale conduite par l’actuel maire (LR) avait fait adopter —à l’unanimité— une délibération qui prévoit la donation par la famille Dieuzaide d’une majeure partie de la collection du photographe à la Ville rose. « Le premier contact avec la mairie pour le projet de donation remonte à l’année 2004 avec Philippe [Douste-Blazy, l’ancien maire de Toulouse, NDLR] », se souvient le fils du photojournaliste. Aux responsabilités pour le temps d’une mandature, les socialistes toulousains ont vraisemblablement jugé inutile de donner suite au projet « lieuZaide » porté par Jacqueline et Michel Dieuzaide. « Pour des raisons inavouables, le projet est resté en jachère », explique le fils sans vouloir disserter davantage.

Selon un document qu’Aparté.com a pu consulter, le « lieuZaide » a pour but « de conserver, faire vivre et exploiter la somme considérable de négatifs, de photographies, de documents que Jean Dieuzaide a rassemblés tout au long d’une vie consacrée uniquement à cet art et à sa diffusion. » Afin « d’éviter » que la structure « ne soit qu’un lieu de conservation », la création d’une « galerie d’exposition » apparait comme « tout à fait indispensable », juge Michel Dieuzaide dans le document que nous nous sommes procurés. Dans un premier temps, le projet devait atterrir dans le quartier Saint-Cyprien dans un bâtiment appartenant à la collectivité territoriale, tout près du musée de l’Affiche de Toulouse. Depuis, ledit bâtiment est occupé par la police municipale pour son centre de gestion des caméras de surveillance de la ville. Aujourd’hui, la mairie de Toulouse envisage l’installation du « lieuZaide » au Château d’eau, après avoir réalisé des travaux d’agrandissements et d’aménagements. L’ouverture est prévue pour 2018.

JLM DIEUZAIDE

Jean-Luc Moudenc, le maire de Toulouse, et Jacqueline Dieuzaide, la veuve du photojournaliste, pendant la conférence de presse – Photos Kevin Figuier, Aparté.com

 

Dieuzaide n’a cessé de photographier avant de ne se consacrer entièrement —pendant plusieurs années— à la galerie du Château d’eau située au bout du Pont-neuf, sur la rive gauche. C’est grâce à lui que le lieu devient en 1974 le premier espace d’exposition consacré à la photographie en France. Né en 1921 à Grenade-sur-Garonne, Jean Dieuzaide est un passionné de modélisme d’avion. Jeune, il voulait devenir pilote de ligne mais face à des soucis de santé, ses rêves lui conduiront à devenir photoreporter dans un grand quotidien régional. Dans le journal, ses photos sont signées sous le pseudo YAN.

Une collection composée de plus de 800.000 négatifs

Après la Libération de la Ville rose, il réalise un coup de maître en photographiant le général de Gaulle sur la place du Capitole. Le cliché deviendra l’un des premiers portraits officiels de Charles de Gaulle. Si le photographe s’est intéressé à toutes les facettes du « huitième art » comme le reportage, les natures mortes, l’industrie, les portraits, l’architecture, etc. Jean Dieuzaide est avant tout considéré comme l’un des plus grands photographes humanistes en France. Moins connu que ses contemporains comme Robert Doisneau, Sabine Weiss ou encore Jean-Loup Sieff, il est l’un des très rares photographes à détenir les prix Niépce (1955) et Nadar (1961) et reste aujourd’hui encore « enseigné dans les écoles de photo ».

Le fonds Dieuzaide —qui est composé de 800.000 négatifs, d’albums, de tirages photos, de livres, revues et affiches— a été expertisé pour une valeur de 6,6 millions d’euros. Dans la délibération du conseil municipal votée en 2008, la cession de la majeure partie du fonds Dieuzaide était fixée à 10% de la valeur totale, soit 600.000 euros. Avec le nouveau « protocole d’accord » signé le 10 juin 2016, le montant de la cession est revu à la baisse pour atteindre les 450.000 euros. La ville de Toulouse aura pour responsabilité la conservation ainsi que les droits de reproduction et de diffusion des œuvres de la collection. Jean Dieuzaide voulait faire de Toulouse la capitale française de la photographie, avec l’installation du « lieuZaide » au Château d’eau c’est en quelques sortes l’esprit du projet qui revient à la maison. Reste à savoir comment va coexister et s’articuler la galerie et le « lieuZaide ». Toujours dans le document consulté par nos soins, Michel Dieuzaide posait un constat : « Tout naturellement, la galerie [du Château d’eau, NDLR] a dû s’adapter, et il semble qu’elle ait choisi délibérément de présenter ce que l’on appelle désormais:la photographie contemporaineouphotographie plasticienne, coupant ainsi définitivement le cordon ombilical avec l’époque Dieuzaide ».

Dieuzaide et Moudenc

De g. à d.: Michel Dieuzaide, sa mère Jacqueline et Jean-Luc Moudenc lors de la signature du « protocole d’accord » – Photo Kevin Figuier, Aparté.com

 

Accusé par ses détracteurs de mettre à mal la culture à Toulouse, le maire n’a pas hésité à rappeler devant les journalistes que « le budget de la culture est le deuxième poste de dépense de la ville ». Avec la réalisation de ce projet, Jean-Luc Moudenc tient une promesse de campagne que l’édile s’est empressé de rappeler dans un post sur sa page Facebook. Le projet « lieuZaide » sera définitivement acté par un vote en conseil municipal le 27 juin prochain. Dieuzaide is not dead.

Article rédigé par Kevin Figuier

Sur les Internet et sur papier – Rédacteur en chef Aparté.com

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