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TEMPS DE LECTURE : 5 MINUTESFac, métro, boulot

La mobilisation étudiante et lycéenne contre la loi travail a provoqué l’étonnement de responsables politiques favorables au projet de loi. Ils estiment que les jeunes ne sont pas concernés puisqu’ils ne travaillent pas. Les syndicats étudiants ont rapidement réagi en rappelant que de nombreux étudiants travaillent pour financer leurs études.

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Une enquête de l’Observatoire de la vie étudiante (OVE) de l’Université Jean-Jaurès (UT2J), publiée au printemps, permet de prendre mesure du phénomène du salariat étudiant. L’enquête réalisée en avril 2015 auprès de 26.627 étudiants s’intéresse à l’activité salariée exercée en parallèle des études*. L’étude distingue les « étudiants salariés » (des étudiants qui travaillent pendant leurs études) et les « salariés étudiants » (qui sont des salariés qui reprennent des études).

Ainsi, on apprend que 44 % des étudiants de l’UT2J exercent une activité rémunérée en parallèle de leurs études. Comme on peut le voir sur le graphique ci-dessous, la proportion des étudiants salariés évolue selon leur profil : les nouveaux étudiants qui viennent d’obtenir leur bac et qui font leur entrée à la fac sont les moins concernés. Les étudiants qui sont dans l’enseignement supérieur depuis plusieurs années sont plus nombreux à exercer une activité rémunérée.
Il ressort de cette étude que les étudiants qui exercent une activité rémunérée sont (pour la majorité) sans bourse, sans aide parentale et âgé-e-s de plus de 25 ans.

Part d’étudiants exerçant une activité

Impact sur la réussite

L’étude souligne que la réussite aux examens est statistiquement identique pour les étudiants, qu’ils exercent une activité rémunérée ou non. Un résultat qui surprend les syndicats étudiants que nous avons sollicités, comme l’UNEF et La Cocarde, un « syndicat souverainiste ». Nicolas Grigner, responsable départementale de la Cocarde, est « plutôt sceptique ». Même son de cloche à l’UNEF, dont l’une des responsable, Solène Plagès, constate par expérience personnelle que la période des examens est plus compliquée avec un emploi en parallèle.

Mais ce constat de résultat identique peut être relativisé, puisque l’étude montre également que les étudiants salariés sont plus fréquemment absents aux examens, et cette tendance peut biaiser les chiffres de réussite. En effet, le taux de réussite est calculé en fonction du taux de présence. Si on calcul le taux de réussite en fonction du nombre d’étudiants inscrits, le taux de réussite aux examens des étudiants exerçants une activité salariée tombe de 90 % à 63 %, contre 71 % des étudiants non salariés inscrits.

Taux de réussite

L’enquête de l’OVE détermine que 81 % des étudiants exerçant une activité rémunérée ont des difficultés pour concilier leur(s) emploi(s) et leur travail universitaire. L’Observatoire conclut que ces difficultés peuvent expliquer le taux de présence aux examens inférieur pour les étudiants salariés, tout en soulignant que cela n’impacte pas la réussite aux examens de ceux qui se présentent aux épreuves.

Cette conciliation entre l’emploi et les études peut-être plus compliquée lorsqu’ils n’ont aucun rapport. « J’étais salariée à Chronodrive, je suis en licence de sociologie : je ne voit pas en quoi ce boulot-là va pouvoir m’aider dans mon avenir », juge Solène Plagès. Pour le responsable syndical classé à l’extrême-droite, Nicolas Grigner, les étudiants ne devraient pas travailler « sauf si c’est en rapport avec leurs études et que ça puisse les former. »

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Solène Plagès, présidente de l’Unef Midi-Pyrénées et Nicolas Grigner, responsable de La Cocarde – Photo Kevin Figuier, Aparté.com

 

Les chiffres collectés par l’étude montrent que les étudiants salariés sont en moyenne moins bien payés qu’un salarié régulier pour un temps de travail similaire. A l’inverse, l’enquête relève également que les salariés qui reprennent des études en parallèle à leur activité professionnelle sont mieux payés qu’un salarié moyen.

Salaire moyen mensuel selon la quantité de temps de travail par semaine

Allocation vs « bourses au mérite »

Solène Plagès rappelle que l’UNEF propose la mise en place d’une « allocation d’autonomie », dont bénéficieraient tous les étudiants. Ils seraient ainsi considérés « comme des personnes à part entière, sans référence aux revenus de leurs parents ». Elle déplore que François Hollande n’ait pas mis en place cette mesure pendant son quinquennat : « Il n’a pas tenue sa promesse vis-à-vis de la jeunesse ».

À Toulouse, les dépenses moyennes d’un étudiant s’élèvent à 1.050,81 € par mois. En 2015, ils ont déboursé en moyenne 1.202,58 € de frais de rentrée en septembre.

Pour Nicolas Grigner, l’allocation d’autonomie est « très bien dans un monde utopique, mais favoriserait l’assistanat ». Il préfère envisager des « bourses au mérite », attribuées en fonction des résultats et de l’assiduité des étudiants, et propose de joindre et d’augmenter les APL et les bourses.

Pour conclure, cette enquête permet de voir que les étudiants qui exercent une activité rémunérée sont dans une situation souvent plus précaire : ils sont moins bien payés que les salariés moyens, moins présents en cours et aux examens. Si la plupart des étudiants n’ont pas d’activité salariale quand ils arrivent à l’université en sortant du lycée, ils sont plus nombreux à travailler par la suite en parallèle à leurs études. En assistant aux AG de mobilisations contre la loi travail, Aparté a pu recueillir plusieurs témoignages qui illustrent la précarité du statut (de facto, mais non officiel) d’étudiant salariés.

Présence en fonction de la quantité de temps de travail

*Les statistiques de l’enquête, reprises dans cet article, ont été réalisées à partir d’un échantillon représentatif de 5 702 répondants.

Clément Gruin et Kevin Figuier.

Article rédigé par Clément Gruin

Je me balade souvent avec mon appareil photo. Parfois, je l'utilise.

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