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TEMPS DE LECTURE : 4 MINUTESVirage à droite : la tournée des enculés de passage à Toulouse

Imaginé à Toulouse, le spectacle Virage à droite : La tournée des enculés est en représentation jusqu’au samedi 28 mai 2016 au théâtre du Grand-rond. Dans ce spectacle musical, les grands classiques de la chanson française avec Michel Sardou, Enrico Macias, Florent Pagny ou encore Bernard Tapie prennent une autre dimension. Des chansons bien françaises avec des chanteurs et des textes de droite pour un public de droite gauchiste.

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De g. à d.: Nicolas Bacchus est Nicolas Sarcchus, Stef est Stéphanie de Morano, Manu Galure est Manu Galladur et Lucas Lemauff est Lucas Stoipovcon – Photo Kevin Figuier, Aparté.com

 

Ils sont quatre et héritage oblige il s’inscrivent dans la droite lignée vestimentaire de leurs ancêtres. Sur scène, les projecteurs s’allument aux couleurs du drapeau français. Là, un « Sardou d’or » est mis en jeu. L’objectif, pour les spectateurs, est d’associer la chanson à son interprète. Dans ce spectacle « théâtre-musical », les membres de Virage à droite chantent sur « des chansons qui traduisent délibérément une pensée de droite ».« Comme le capitalisme ou la peine de mort », explique Stef! alias Stéphanie de Morano, qui est la caution « paritaire » de la troupe. « Nous avons choisi d’éviter les chansons pastiches de chanteurs de gauche qui se sont mis dans la peau de chanteurs de droite », complète Manu. Sur scène, le challenge qui se transforme aussi en « plaisir » est de « défendre l’indéfendable » avec des « chansons qui ne sont pas vraiment très belles », poursuit encore Manu. A titre d’exemple, le titre Je suis pour de Michel Sardou qui fait l’apologie de la peine de mort.

 

Comme une lettre à La Poste

La finalité du spectacle est que « les gens rigolent et puissent être en même temps effarés de ce que l’on chante », synthétise Stef!. Pour Lucas Lemauff qui interprète Lucas Stoipovcon, Virage à droite « profite éhontément d’un décalage temporel ». Avec des chansons qui datent des années 1970-1980, le « Je suis pour de Sardou a pu choquer à l’époque et aujourd’hui elle ne pourrait plus sortir. Et quelque part c’est tant mieux », tranche le comédien. Toujours dans le répertoire, le titre à succès Ma liberté de penser de Florent Pagny. Une chanson « passée comme une lettre à La Poste, se remémore Manu, et qui parle d’un mec qui ne veut pas payer ses impôts ».« Ça n’a choqué personne à l’époque mais une fois qu’on la chante d’une manière ralentie et en faisant en sorte qu’on écoute bien les paroles, les gens se rendent compte duPrenez ma femme, mon canapé…, c’est sordide », ajoute le comédien avec son pantalon treillis militaire. Un procédé efficace qui ferait presque penser que les paroles ont été modifiées mais Nicolas Bacchus, qui joue le rôle de Nicolas Sarcchus, est catégorique. « Il y a des arrangements musicaux bizarres mais nous ne touchons absolument pas aux textes initiaux », étaye le chanteur.

C’est à la faveur d’un spectacle, organisé au bar Chez ta mère, pour « la fête du vrai travail », un 1er mai, que l’idée a progressivement germé. « C’était un contexte de combat des intermittents du spectacle. On faisait des manifs de droite avec son côté décalé et des slogans ‘CAC-40′ ou bien ‘Afrique paie ta dette!‘ », se souvient encore Manu. C’est à cette occasion qu’il rencontre Stef! et revoit Nicolas. La première représentation, c’était sur la scène du Bijou, le 1er avril 2013. Au début, le spectacle devait se jouer une fois tous les six mois. Depuis, ils ont foulé les planches lyonnaises, dans le Nord mais aussi à Paris et même en Suisse où ils ont profité de leur passage pour se rendre dans une banque pour « mettre l’argent de la tournée de côté ».

« Il y a eu quelques égarés mais ils ont bien rigolé », Nicolas

Avec ce spectacle, La tournée des enculés de Virage à droite est une véritable réussite. La mise en scène grotesque et les apartés corrosifs ne cessent de faire rire. Les reprises permettent de mettre en lumière des vieux titres à l’apparence musicale enjouée mais aux paroles discutables voire réactionnaires. D’autres chansons ouvrent un espace temps improbable à l’image de Réussir sa vie de Bernard Tapie.

 

La troupe toulousaine « essaie de s’universaliser » mais insiste aussi sur le fait que le spectacle soit « à l’attention des initiés ». « Il y a eu quelques égarés mais ils ont bien rigolé », explique avec malice Nicolas.  La force de Virage à droite est de proposer une écriture permanente qui se calque avec les dernières actualités. « On tient des discours qui sont durs, parfois même on se demande si on ne va pas trop loin mais la réalité nous rattrape avec les Morano et Zemmour », explique l’un des membres de la troupe. Avec 2017 et le cirque médiatico-politique, il y a de quoi alimenter le moulin en eau. Cette Tournée des enculés a encore de beaux jours devant (ou derrière) elle.

> Au théâtre du Grand-rond (Métro ligne B, station François Verdier), jusqu’au 28 mai, à partir de 21h. Places entre 8€ et 12€. Réservation obligatoire.

Article rédigé par Kevin Figuier

Sur les Internet et sur papier.

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