TEMPS DE LECTURE : 7 MINUTESLa vie d’étudiant aux beaux-arts de Toulouse

Aparté lance une série sur les étudiants en fin de cursus. Première rencontre avec deux grandes spécialistes des études d’art, pour nous aider à y voir plus clair sur ce vaste monde.

Lou à gauche, Juliette à droite

Lou Amoros-Augustin et Juliette Voute sont deux étudiantes qui concluent cinq années à l’École Supérieure des Arts de Toulouse. Cet établissement propose un cursus artistique (avec option art, design, et design graphique) et un cursus spectacle vivant (musique et danse). Toutes les deux sont en Option art.

Aparté : Ce que font les étudiants aux beaux-arts est un peu mystérieux pour certains, comment décririez-vous l’école ?

Lou : Les beaux-arts, c’est une école qui te donne le temps de prendre le temps, avec beaucoup de liberté, de matériel et de possibilité de se cultiver.

Juliette : Ça réunit beaucoup de matières et tu peux toucher à de nombreux domaines : sociologie, philosophie, littérature… Aujourd’hui les beaux-arts  ce n’est plus uniquement la sculpture, la peinture et le dessin, tu peux faire du spectacle vivant, construire des machines…

Lou  : Les premières années servent à comprendre le monde de l’art, ça t’apprend tout le panel. Au fur et à mesure des années tu te spécialises et tu développes une démarche personnelle.

Et vous avez des vrais cours ?

J : C’est vraiment une école qui te permet d’avoir un bon regard sur les choses et de les recracher sous forme plastique. L’artiste n’est plus l’académique reclus dans son atelier qui fait du modèle vivant, un génie en perspective comme s’imaginent les gens que tu rencontres dans les covoit’.

Et toi t’es bonne en perspective ?

J : Je peux en faire, mais c’est pas le truc qui m’intéresse le plus.

Est-ce que vous comptez devenir artistes ?

L : On a envie de continuer de faire ça.

L’année prochaine ?

L : Je pense qu’on va faire une petite pause dans l’art.

J : Au bout de 5 ans dans la même ville, t’as besoin de prendre l’air. C’est hyper prenant comme études avec beaucoup d’évaluations et de dead-line. T’as tout le temps le regard d’une équipe pédagogique, même si elle peut être rassurante. L’année prochaine on sera plus libre de prendre notre temps dans notre création. Libre aussi de nous nourrir de ce qu’il y a ailleurs et de ne pas forcément rester à Toulouse.

Avec du recul, vous recommanderiez ces études ?

L : Oui mais pas à tout le monde, il y a des gens qui peuvent s’y perdre.

J : Faut vraiment être lancé, mais les cinq ans ça peut faire beaucoup pour certains.

Et vous avez bien profité de vos cinq ans pour vous former ?

L : Pendant une grande partie des cinq ans, tu dois apprendre tout seul. Les cours théoriques sont de moins en moins présents, tu travailles tout seul, t’es indépendant mais en même temps l’école t’aide pour avancer. Tu fais ton truc à ta propre sauce, t’es vraiment libre.

J : Mais en même temps, il y a des des gens à qui montrer ton travail, tu peux accéder à la bibliothèque… T’es dans une énergie de groupe aussi, tout le monde se côtoie.. et partage les mêmes objectifs.

L : Que ce soit les élèves ou les profs, tu peux vraiment bien échanger et c’est très stimulant.

Quelle est la thématique de votre travail ?

L : Les gens dans le quotidien pour ma part, interroger l’habituel. C’est surtout fait de descriptions, de dessins, de choses simples sur le passage des gens.

J : Moi c’est un condensé de tous les carnets que j’ai tenus pendant ces dernières années, des petites annotations, des petites blagues visuelles, des détournements. Ça questionne le dessin, ça questionne l’image. Aux beaux-arts de Toulouse, on n’a pas autant de contraintes qu’en université. Il y a des gens qui présentent juste une série de tableaux avec un CD audio, des romans de 400 pages, d’autres qui parlent des escargots, des autobiographies.

« Je voulais former un orchestre cacophonique. Tout le monde jouait son propre morceau sans se préoccuper des autres, sans créer une vraie harmonie » – Juliette

Et vous utilisez quels médiums ?

L : Moi c’est surtout le dessin, mais aussi photo, peinture, écriture. Je m’intéresse au banal, décrire des petits choses simples et banales de la vie quotidienne.

J : Moi ça touche un peu à tout, mais je fais beaucoup de mise en scène, happening et performances ; généralement je fais intervenir des gens dans des propositions, souvent des petits spectacles très courts sur des images du quotidiens qui sont détournées et du coup ça crée des décalages assez absurdes qui questionnent la réalité. Je travaille beaucoup sur la blague et sur l’humour. Mais un humour un peu cynique et un peu mélancolique.

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J : J’ai fait un projet récemment où je voulais former un orchestre cacophonique. Tout le monde jouait son propre morceau sans se préoccuper des autres, sans créer une vraie harmonie.

T’as fait d’autres projets de ce type ?

J : J’ai fait une vieille plage abandonnée avec des transats, du sable de chantier, une musique hawaïenne pourrave, et je l’avais installée dans la cour de l’école. Et c’est marrant parce que du coup les gens venaient s’y poser boire des bières et c’est devenu un lieu de rencontre alors que c’était l’opposé qui était suggéré par la mise en scène.
Sinon j’ai fait des échelles avec des roues en haut et en bas pour qu’on ne puisse pas les fixer au mur. J’ai aussi peint en blanc toutes les canettes d’un distributeur, personne ne pouvait savoir ce qu’il prenait. C’est tout le temps des blagues qui n’interrogent pas forcément des initiés, mais un peu tout le monde.

Lou au travail

Qu’est ce que vous diriez aux gens qui ne comprendraient pas vos œuvres ?

J : L’art ce n’est pas forcément faire de la peinture et de la sculpture. Si ça provoque quelque chose, si ça fait poser des questions, c’est bien.

Et dans 5 ans, vous vous voyez comment ?

L : Super épanouie, pétée de tunes.

T’y crois vraiment ?

L : Franchement peut-être pas pétée de tunes, mais je ferai sûrement ce dont j’ai envie.

Artiste du coup ?

J : En même temps, même si tu bosses dans un café tu restes toujours un peu artiste. C’est pas un truc que t’apprends et que tu laisses de côté ensuite. Ta pratique tu la gardes à vie. T’es forcément un peu artiste même si ce n’est pas ton activité première.

Du coup vous ne pensez pas en vivre ?

L : J’espère que si quand même, mais en sortant des beaux-arts j’aimerais bien me trouver un petit boulot, prendre le temps.

J : Ça passe aussi par rencontrer des gens, créer des opportunités, lancer des projets à plusieurs, mais avec un petit boulot stable à coté pour arrondir tes fins de mois. Voire faire une formation qui est tout à fait autre.

L : C’est clair qu’il y a pas un métier tout construit d’avance qui t’attend à la sortie.

J : Mais si t’as envie, si tu te bouges un minimum le cul, que tu cherches des opportunités aux bons moments, je ne vois pas ce qui t’empêche réellement de le faire et d’être bien.

Vous pouvez retrouver le travail de Lou ici

Article rédigé par Yves Bartlett

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