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TEMPS DE LECTURE : 6 MINUTESLimayrac-Pugens: L’école du doute

Vouée à la fermeture pour juillet 2016, les parents d’élèves de l’école maternelle Limayrac-Pugens dénoncent le manque de transparence et de concertation avec la Municipalité. Cette dernière a pour projet d’y faire emménager la Calendrette de la Côte-Pavée, une école associative qui dispense un enseignement en français et en occitan. Un projet d’emménagement qui fait réfléchir la Calendrette.

Une classe de maternelle à l’école Vincent Massey en 1958 | Photo ministère de la main-d’oeuvre et de l’immigration. Bibliothèque et Archives Canada, e010999959-v8

 

C’est dans un courrier adressé aux parents d’élèves de l’école maternelle de Limayrac-Pugens daté du 15 mai 2015 que Marion Lalane de Laubadère, adjointe au maire chargé de l’éducation à la mairie de Toulouse, annonce la fermeture de l’établissement pour juillet 2016. L’école maternelle, située entre les quartiers de la Côte-Pavée et La Terrasse, fait partie du bassin scolaire dénommé « B.14 » délimité, ci-dessous, au centre de la carte. L’établissement accueille 37 élèves répartis en deux classes.

La décision de fermeture est justifiée par un nombre d’élèves scolarisé dans un bassin scolaire jugé comme «très faible» constituant «une exception» qui «ne peut durer». Des «arguments en faveur de la fermeture partagés avec l’Éducation nationale», étaye Jean-Luc Moudenc, le maire de Toulouse, dans un courrier qu’Aparté.com s’est procuré. Contactée, l’académie de Toulouse apporte «un élément de réponse» qui précise que «la fermeture d’un l’établissement dépend de la compétence du maire de la commune». Une explication qui se confronte par le courrier, toujours du 15 mai 2015, de Marion Lalane de Laubadère qui relate que la situation à Limayrac-Pugens «n’est [pas] opportun» d’un «point de vue pédagogique comme l’a confirmé l’inspection académique aux directeurs des écoles concernées». L’académie de Toulouse a donc « validé favorablement » le projet de fermeture a encore confirmé l’adjointe au maire à Aparté.com en marge de la conférence de presse organisée la veille du conseil municipal du vendredi 11 décembre 2015. C’est à cette séance du conseil que la Municipalité a acté juridiquement, avec la délibération n°4.2, « la fermeture de l’école maternelle Limayrac à compter de la rentrée de septembre 2016 ». A cette date, il n’y aura plus que quatre écoles publiques maternelles dans ce bassin scolaire.

L’établissement Limayrac-Pugens est né en 2002 sous le mandat de Philippe Douste-Blazy. En avril 2007, une fermeture de classe était prévue pour la rentrée scolaire de la même année, provoquant déjà à l’époque « la stupeur » de parents d’élèves dont l’un d’entre-eux, Marc M., qui s’interroge sur l’investissement financier d’« une partie [des] impôts » pour ensuite « s’apercevoir cinq ans après qu’il n’y a pas assez d’enfants ». « Aucune étude d’implantation n’a-t-elle été faite? », questionne le parent d’élève. Visiblement en 2002, « il n’y a pas eu d’étude prospective », constate l’adjointe au maire en charge de l’éducation.

 

Une action devant le tribunal administratif ?

« Nous sommes révoltés par le fond et sur la forme », explique Nicolas Damour, le président du conseil local de parents d’élèves de la maternelle Limayrac-Pugens. Il dénonce une « politique autoritaire » de la part de l’adjointe au maire et s’interroge sur une gestion du dossier Limayrac-Pugens qui se révèle être soit « de l’impréparation ou de l’incompétence ».  L’association qui réfléchit à une action devant le tribunal administratif pour faire contester la fermeture de l’établissement reste néanmoins « réaliste ». « La majorité municipale votera en faveur de la fermeture », pronostiquait Nicolas Damour avant le conseil municipal.

A la rentrée 2015, l’école maternelle Françoise Dolto située à 450 mètres à pieds de Limayrac-Pugens « a fermé une classe », explique l’association de parents d’élèves. Plus tôt en 2014, c’était dans l’école La Terrasse qu’une autre classe a aussi fermée. C’est dans ces deux établissements que les maternelles de Limayrac-Pugens seront réorientées en septembre 2016, « 35 familles seront concernées », explique Nicolas Damour. En France, une classe de maternelle est composée en moyenne -selon l’Éducation nationale- de 25 élèves. Le nombre d’élèves et de classes dans le bassin « B.14 » recensés par l’Éducation nationale sur son site et auprès de l’association s’avèrent être contradictoires et partiellement erronés, seules trois des cinq directions des écoles maternelles dudit bassin ont pu préciser à Aparté.com les chiffres. Les données des établissement de Limayrac-Pugens et de Françoise Dolto ont été communiqué par la mairie, au final, c’est donc une moyenne de 26 élèves en classe dans le secteur « B.14 ».

 

Une école occitane plutôt qu’une vente « au privé »

Les murs de l’école maternelle appartenant à la Ville de Toulouse, l’avenir de Limayrac-Pugens aurait pu connaitre plusieurs sorts bien différents. Celui tout d’abord d’« un lieu culturel » ou bien « vendu aussi au privé », explique Jean-Michel Lattes, premier adjoint au maire de Toulouse, par ailleurs chargé -de part sa délégation- de la « culture et langue occitane ». Finalement, la piste retenue est celle de l’emménagement de la Calendrette Côte-Pavée à Limayrac-Pugens. Créée il y a plus de trente ans, la Calendrette est « une école associative laïque sous contrat avec l’État » qui dispense un enseignement en langue occitane. Les locaux de la Calendrette de la Côté-Pavé qui jouxtent l’école primaire Armand Leygue ont fait l’objet d’une visite par le premier adjoint au maire. « Après la Toussaint, une visite de terrain à Limayrac-Pugens a été organisée » avec les responsables de la Calendrette explique Jean-Michel Lattes. « Il y a eu un retour positif » mais aussi « beaucoup de questions » posées de la part de l’association poursuit l’élu.

/// Pour aller plus loin: Si vous ne parlez pas l’occitan, sifflez-le !

Sollicitée, Christine Nèble, présidente de l’association de la Calendrette Côte-Pavé, affirme n’avoir reçue « aucune proposition de relogement officielle de la part de la mairie ». À la question si l’association est en demande de relogement, la présidente n’a « pas d’autres précisions à apporter ». Selon nos informations, la décision d’emménagement doit être validée en assemblée générale au sein de l’association. En marge du conseil municipal, vendredi 11 décembre 2015, Jean-Michel Lattes « souhaite » l’installation de la Calendrette à Limayrac-Pugens et visiblement « c’est bien engagé », conclut l’élu. Preuve qu’une démarche « officielle » a bien été formulée.

Article rédigé par Kevin Figuier

Sur les Internet et sur papier – Rédacteur en chef Aparté.com

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