TEMPS DE LECTURE : 9 MINUTESLe cheval c’est génial ! Un après-midi chez les bourgeois (enfin presque)

Le monde va mal, tout part à vau-l’eau et la baguette est à 1€ ma bonne dame. Heureusement, il reste encore des endroits où se retrouvent des gens beaux, agréables & bien éduqués qui rappellent que la bourgeoisie existe encore. On a essayé de les chercher dans l’un des repères de la « haute noblesse » du XIXème siècle : l’hippodrome.

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Le Premier arrivé a gagné – photo Pierre Collas pour Aparté.com

Il faut savoir que la rédaction d’Aparté est composée en grande partie de bobos végétariens aimant flâner aux Carmes. Pendant un temps, nous avons cherché à nous défaire de cette image. Et puis non, assumons. Du coup on a testé pour vous un endroit qui plaît beaucoup aux bobos, hipsters à moustache et autres gens insupportables qui trainent à nos dominicales. Un endroit plein de mystères, de fantasmes, où sont censés se rendre la bourgeoisie et les fans de vintage en fixie : l’hippodrome.

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L’hippodrome de la Cépière se trouve à à peine 4km du Capitole – Photo Aparté.com

Au trot sur le véli’b

L’Hippodrome de la Cépière se situe à quelques centaines de mètres du Zénith et du périphérique toulousain. Construit en 1866, à une époque où les courses hippiques étaient les épreuves sportives les plus suivies de France, il est rénové en 1996 et s’étend sur 34 hectares (on dirait pas comme ça, mais c’est immense). Deux mille places assises sont à la disposition des turfeurs du dimanche (et des jours fériés en l’occurrence). Précisons ici que le mot « turf », désigne le gazon sur lequel courent les chevaux, et par extension tout ce qui se rapporte aux courses hippiques.

Je réussis à convaincre deux demoiselles de m’accompagner dans cette aventure, leur promettant un après-midi de délectation dans un milieu chic et bourgeois. L’hippodrome sonne en effet à mon oreille comme étant l’un des derniers bastions de la séparation des classes. Je m’imaginais des voitures de luxe et des nobles de hautes lignées venant se divertir avec femmes et enfants devant des purs sangs arabes et autres pouliches. Pour nous, le trajet se fait en Vélib’ à 1,20€ la journée (merci JC Decaux) et on se perd un peu pour trouver l’entrée (pas très bourgeois tout ça). Au guichet, c’est gratuit pour les filles, 5€ pour les garçons : comme en boite, mais sans la conso offerte, ça commence bien.

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« Allez ! J’ai parié sur toi ! » – photo Aparté.com

La désillusion

Surprise après l’entrée : ni carrosses, ni majordomes, ni cols Claudine. L’ambiance est plutôt barquettes de frites, hot-dog (Ketchup-mayo comme d’hab?), poussettes & compagnie. Mince, nous sommes donc dans un lieu très prolétaire. Que va t-on penser de nous à la rédaction ? Comment parler à des gens qui ne sont même pas locavores ? Gardons notre calme, tout va bien se passer.

Je tente de rassurer mes accompagnatrices en les emmenant vers le bâtiment qui se dresse devant nous, et nous nous retrouvons dans la salle des paris. La salle des paris c’est un peu comme un bar PMU du fin fond de la Picardie, mais en plus grand et avec l’accent toulousain. C’est là que tout se passe niveau pari : guichets alignés dans le fond et dizaines de télés en hauteur retransmettant les courses. Des guichets automatiques sont également disponibles pour les férus de technologie qui n’aiment pas adresser la parole aux employés du Pari Mutuel Urbain (oui, parler aux gens c’est so XXème siècle). La salle est bondée et ce n’est pas très agréable. On se rend compte très vite que ce n’est pas là qu’on trouvera les restes de la vieille bourgeoisie du XIXème qui nous faisait tant rêver. Pour vous brosser un portrait rapide des gens présents dans la salle : 90 % d’hommes, une moyenne d’âge d’environ 45 ans et des gilets de pêcheurs (c’est pratique pour ranger les tickets). Ça discute, ça se concentre sur la prochaine course et ça fait ses petits calculs.

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La salle des paris, avec ses magnifiques murs blancs cassés – photo Aparté.com

 

Pour se sentir intégré et profiter un maximum de cette expérience si éloignée du centre ville, je tente le tout pour le tout et me lance dans un pari. Face à face avec une machine automatique, une dizaine de noms de chevaux sont listés sur l’écran. Nous sommes le 11 novembre, il fait froid, le ciel est très gris, et jour férié oblige, je suis en hangover rapport à la soirée « quinoa & absinthe » de la veille. Tous ces éléments se retrouvent résumés dans le nom du cheval que je choisis : Tristesse.

[NB : ceci n’est pas une blague ratée du service humour d’Aparté.com, il y avait réellement un cheval prénommé « Tristesse », et même qu’il s’agissait d’une très belle jument américaine]

Je mise donc 1,5€ [le budget annuel de la rédac’ d’Aparté, ndlr] sur Tristesse, et choisis le mode « gagnant ». C’est-à-dire : soit elle gagne et je suis riche, soit elle perd et je perds ma mise, même si elle finit deuxième. Tout ou rien. Quitte ou double.

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Le rond de présentation. Tristesse est à côté du monsieur en rouge — Photo Pierre Collas pour Aparté.com

Bonjour Tristesse

Avant chaque course (il y en a neuf en ce 11 novembre férié), les chevaux et leur jockeys se présentent au public sur le rond de présentation. C’est une sorte de mini cirque où l’on peut voir de très près les chevaux, car ne nous mentons pas, une fois en course, on n’y voit plus rien. Le public se presse au bord des barrières, des caméras sont là et retransmettent les images dans la salle des paris pour ceux qui ont la flemme de venir voir les chevaux (sachant qu’entre le rond de présentation et la salle des paris, il y a 40 mètres, grand maximum). Pour nous qui n’y connaissons absolument rien, à part admirer la beauté de ces grands poneys qui, il faut le dire, sont absolument splendides, le spectacle est dans le jockey. Les jockeys font en moyenne 55kg [le poids de chaque jockey est marqué dans le programme de la course, ndlr]  ce qui est très léger pour des hommes qui se doivent d’être très musclés. Du coup, l’ensemble forme un personnage assez original, pour ne pas dire drôle : très petits, très minces, avec des bottes d’une matière non indentifiable et des maillots aux couleurs très vives, c’est un spectacle en soit.

Les douze juments passent devant nous. « Thank you bye bye » à l’air plutôt en forme, « Lady of Kyushiu » aussi, « Reine Magique » semble un peu plus fatiguée. Puis c’est l’émotion, la numéro 3 Tristesse arrive. Elle m’a l’air tout à fait compétitive et semble être nerveuse à souhait. Je lui lance un regard complice auquel elle répond par un petit hennissement. Je rougis, elle détourne la tête et continue sa parade. Elle me résiste, j’aime ça. Ce moment de flottement amoureux passé, nous nous dirigeons vers les tribunes. Là encore, les seuls bourgeois tant recherchés que nous apercevons sont dissimulés derrière les vitres du restaurant panoramique. Tant pis, nous nous sommes pris au jeu. Désormais le spectacle est sur la piste et fera notre joie. On se surprend à ne pas faire de remarques à nos voisins qui consomment une barquette (même pas biodégradable) de frites à l’huile de palme, sans parler du gluten. Bref, l’esprit du jeu à remplacé l’esprit d’Aparté. Si ça continue, dans une heure on est au Domac.

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C’est le départ, j’ai parié 1,5€ sur la victoire de Tristesse – photo Aparté.com

Bravo la pouliche

Les tribunes se remplissent, les enfants courent contre les barrières et c’est le départ. Douze juments s’élancent pour le Prix Fille de l’Air, 2100m à parcourir sur terrain plat couvert de gazon. La ligne de départ et d’arrivée ne sont pas les mêmes, mais sur cette distance les deux se trouvent face aux tribunes : pratique. Grosse ambiance au départ, le peloton s’élance rapidement sous les ovations de la foule.

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Aparté par la foule – Photo Aparté.com

Comme je vous l’ai expliqué plus haut, l’hippodrome est immense. Conséquence : à moins d’être un aigle, on ne voit rien de 70 % de la course. On peut seulement apercevoir des formes colorées au loin, les habitués ont pris des jumelles, pas nous. On écoute les hauts parleurs qui crachent les commentaires de la course, « Deauville Shower » est en tête, pas de nouvelles de Tristesse. Au dernier virage, le peloton s’élance dans un sprint devant la tribune. Le public est très réactif et c’est l’effervescence, un peu comme lorsque Benzema rentre dans la surface de réparation adverse. Ça hurle, ça se lève, ça encourage, on se prend au jeu, pas le temps de tout comprendre que c’est déjà fini.

Neuf chevaux passent la ligne en peloton, trois arrivent en traînant derrière et seront non-classés. Parmi eux, Tristesse, la bien nommée, qui m’a fait perdre toute ma mise. Ha ben bravo la pouliche.

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« Allez Tristesse ! » – Photo Aparté.com

Bilan

Si vous voulez côtoyer la haute noblesse comme nous voulions le faire initialement, l’hippodrome est l’endroit idéal si vous avez le budget nécessaire pour aller dans un des restaurants plutôt chics, ou si vous connaissez qui-de-droit pour aller dans les carrés réservés. À part ça, l’ambiance est la même que dans un stade de foot de ligue 1, c’est-à-dire très cool, mais un peu surprenante quand on est habitué à l’atmosphère d’un webzine branchouille. Le rapport est d’environ une Mercedes classe E pour cinquante-trois Laguna, on est loin du parking de l’hôtel Mercure Wilson.

On notera tout de même la présence d’un jeune hipster venu en fixie, probablement en reconnaissance pour un endroit qui pourrait redevenir très à la mode avec le mouvement vintage. Dans la lignée des tournes-disques, des lecteurs cassettes, des vêtements achetés en friperies et des recettes de grand-mère remastérisées végan qui reviennent à la mode, l’hippodrome pourrait redevenir cet endroit où le spectacle est autant dans l’arène que dans les tribunes, à l’image du théâtre et de l’opéra. Ce n’est clairement pas encore le cas, mais d’ici quelques années, je parie que l’hippodrome sera le rendez-vous des hipsters et autres bobos. Je veux bien miser 1,5€ là dessus, en espérant y voir une version améliorée de Tristesse.

Article rédigé par Pierre Collas

Rédacteur en chef d'Aparté.com since septembre 2015, ex-dictateur de Good Morning Toulouse, ex-etudiant modèle à l'UT2J, ex-cycliste au GSC Blagnac. Actuellement étudiant à l'école de journalisme de Toulouse et livreur de junk food pour Deliveroo, également marathonien à ses heures perdues. Aime les hiboux et les chansons de Raphaël.

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