TEMPS DE LECTURE : 7 MINUTESCroisée des arts aux Jardins Synthétiques

Cette année, le festival des « Jardins synthétiques » prend place au musée Saint-Raymond, à la chapelle des Carmélites et à la Fondation Espace Écureuil. Si ces trois lieux rassemblent une série d’œuvres contemporaines réunies autour du thème du voyage, le premier a également accueilli de nombreux concerts du 1er au 4 octobre 2015.

 

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→ L’ouverture du festival, par Thibault Grimaldi

Il y avait un parfum de zénitude, de « chill », dans cette cour du musée Saint-Raymond. Nous sommes le jeudi 1er octobre, il est huit heures du soir. Un flux continu de visiteurs ne cesse d’entrer ou sortir du musée pour parfois s’asseoir sur les bancs et les chaises de la cour. Nombreux, calmes et intrigués, ils ont tout l’air d’adhérer à l’esprit particulier qui règne sur le festival. En même temps, lorsqu’un barman vous propose dès votre arrivée du jus de baobab, la sensation d’avoir pénétré un nouveau monde vous gagne.

Mais à peine était-on arrivé que le commissaire d’exposition avait déjà entamé une visite collective des lieux. Nous avons donc déambulé entre le sous-sol et les deux étages du musée pour découvrir les œuvres contemporaines qui avaient été placées parmi les vestiges antiques de la collection permanente. C’est donc de la nécropole jusqu’au dernier étage que le parcours initiatique semble prendre sens. Anthoni Dominguez, commissaire de l’exposition, s’est alors mué en médiateur culturel pour nous aider à comprendre ces œuvres d’art contemporaines parfois si énigmatiques pour le visiteur.

Nolwenn Michel: « On peut admirer une forme de beauté moderne tout en se rattachant aux pratiques du passé ».

Par l’établissement de parallèles entre l’art contemporain et l’art antique, il a notamment tenté d’apporter des éclairages. De dessins modernes, il précisa qu’« ils sont réalisés au lavis et représentent des navires mettant en avant le caractère aventurier de l’entreprise des marins, des pirates, des conquérants. On peut d’ailleurs remarquer que la mosaïque antique située à côté a été retrouvée dans l’eau, comme beaucoup d’autres ; les archéologues sont eux aussi des aventuriers des temps modernes ». De la peinture de Nolwenn Michel, il décrivit que le peintre « a voulu réconcilier une dimension moderne et une autre plus traditionnelle en peignant la réalité vue d’une webcam sur la toile ». L’artiste, présente sur les lieux, acquiesça. « On peut admirer une forme de beauté moderne tout en se rattachant aux pratiques du passé. Il faut savoir aussi aller au-delà d’une simple dichotomie opposant la fuite-en-avant au passéisme », ajouta-t-il. Sur ces paroles ensuite s’acheva la visite organisée.

Peinture de Nolwenn Michel et une colonne antique composite

Colonnes antique et peinture de Nolwenn Michel | Photo Aparté.com

 

On l’aura compris, l’exposition tente de nous transmettre qu’il est possible de conjuguer avec pertinence l’art des Anciens avec le nôtre.

De retour dans la cour, j’observais l’équipe du festival faisant face à l’averse du soir. On s’occupait de mettre à l’abri la sono extérieure, on déversait l’eau retenue par le chapiteau et la salle de concert rencontrait quelques difficultés techniques. « A part ça tout se déroule bien ce soir » me confia un bénévole de l’organisation. En effet, le concert démarra peu après et il y avait toujours autant de personnes.

 

Comment Radiator réchauffa le musée Saint-Raymond

Radiator en pleine action

Radiator en live | Photo Aparté.com

 

Deux mecs qui, il faut le dire, ne payaient pas de mine du haut de leurs deux instruments (une batterie et une guitare), ont pourtant créé la surprise en électrisant la salle de concert du musée Saint-Raymond. Radiator, c’est l’histoire de deux potes capables de faire beaucoup avec peu. Détachés et à la limite de l’impertinence lorsque le chanteur, après avoir manqué le début d’un morceau, dit «  ce soir c’est soirée faux départs », ces deux complices avaient tout de l’attitude des rockeurs insolents comme on les aime. Côté style, peut-être pourrait-on les situer dans un rock moderne particulier laissant parfois penser aux Black Keys ou à Franz Ferdinand. Toujours est-il qu’ils n’ont pas provoqué l’indifférence auprès d’un public visiblement peu préparé à un changement d’ambiance assez audacieux. Agréablement surprise, l’audience a finalement applaudi avec conviction ce groupe étonnant par son énergie et son inventivité.

Retour à l’expérimentation : Odei

Les successeurs de Radiator appartenaient à un autre registre. Un groupe à la composition originale (deux DJ, un batteur et un xylophone) mêlant trance, electro et techno. L’ambiance était autre dans une salle où le public et votre serviteur ont préféré s’asseoir pour mieux écouter la belle complexité rythmique offerte par ce groupe. Servi par un visuel de fond minimaliste en parfaite harmonie avec les sons produits, Odei nous a offert une expérience mystique et sensorielle marquante. Il faut aussi ajouter qu’entre acoustique et musique électronique, l’improvisation a fait partie intégrante du show pour notre plus grand plaisir.

 

→ Rock psychédélice dans l’enceinte du musée Saint-Raymond, par Antoine Maigre

Le festival des Jardins Synthétiques, c’est aussi l’occasion de venir faire un joli cadeau à ses tympans. Au programme du samedi soir, trois concerts pour autant de groupes inconnus au bataillon. On a ainsi pu assister aux prestations de Cargo, Maestro et Turzi. Si les deux derniers peuvent être rapprochés en terme de genre, le duo Cargo faisait un peu office d’ovni. Leur style fort particulier demeure toujours inclassable à mes yeux. Deux mecs, deux belles gueules, une voix et des sons électroniques planants. Assez hipster en somme. D’ailleurs le binôme a pas mal tiré la tronche pendant son live (apparemment à cause de la qualité sonore) et a à peine remercié l’audience à la fin du concert. Une audience qui aura mis un peu de temps avant de réellement rentrer dans le bain, comme si les statues du musée Saint-Raymond avaient décidé de se taper l’incruste dans la salle de concert. Pour le reste, on était dans du bon vieux rock psychédélique post wave (what?!). Je retiens la folie du chanteur de Maestro (par ailleurs un pur régal en terme de charisme) qui est parvenu à secouer le cocotier et la qualité de son batteur. Quant à Turzi, j’ai parfois été gêné par leur décontraction trop apparente, notamment celle du leader du groupe. Un concert un peu à l’arrache, en gros.

Toujours est-il que la soirée a apparemment été appréciée par les participants. Tu arrives, tu visites le so classe musée Saint-Raymond et ses vieilles pierres et autres morceaux de statues, tu sors boire ta bière dans la cours, tu assistes à un concert, tu ressors boire un coup… Etc ! L’événement s’achève aux alentours de minuit et demi dans une ambiance toute tranquille. Certains s’en vont poursuivre la soirée en des lieux plus sauvages, d’autres, comme moi (oups), s’en vont se pieuter. Oui, le vendredi soir aussi peut vous flinguer un homme.

Quelques pas de danses chaloupés

Je m’en retourne le lendemain soir, quelque peu requinqué après une bonne nuit de sommeil afin d’assister à la « clôture du festival ». Programme peu chargé cette fois : un seul concert, de 20h30 à 22h. Exactement ce qu’il me faut. Dans la salle, les gens sont tous assis. L’artiste, frappé du nom High Wolf, a un panel de machines devant lui (controller, synthétiseur…) et une guitare électrique en bandoulière.

Derrière lui, une projection sur écran géant affiche des images vidéos. Ces séquences proviennent surtout d’Afrique et d’Asie centrale. Des scènes festives, parfois de transe, semblant datées d’une époque un peu lointaine. Le rendu est assez saisissant quand l’artiste accompagne le tout de quelques accords stridents. Le public dodeline de la tête. Certains se régalent et vont même jusqu’à tenter quelques pas de danse chaloupés. D’autres ne parviennent pas à rentrer dans l’ambiance et sortent un peu interloqués. Moi je dodeline. Dommage au final que la prestation se termine aussi tôt dans la soirée, on aurait bien aimé que cela dure encore un peu. Sortie de la salle. Petite bière. Fin du week-end.

Petite information complémentaire : le festival des Jardins Synthétiques, fort de ses précédentes éditions, propose cette année des prolongations jusqu’au 18 octobre. Alors n’hésitez pas à aller y faire un tour, le lieu en vaut vraiment le coup. J’aurais aimé vous vendre la programmation mais je n’y connais rien…

Article rédigé par Thibault Grimaldi

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