Home >> Culture >> Critiques >> TEMPS DE LECTURE : 5 MINUTESVictor et Clint par Marion Duclos

TEMPS DE LECTURE : 5 MINUTESVictor et Clint par Marion Duclos

Pour son premier ouvrage solo Victor et Clint, Marion Duclos nous raconte l’histoire d’un adolescent à l’imaginaire débridé fuyant la réalité en la transformant en Western Spaghetto-délirant. Foie jaune, pétoire et divorce, on en discute avec l’auteur.

9782849532225_1 9782849532225_2

Victor est un adolescent blondinet pris dans les turpitudes de la jeunesse. Entre problèmes familiaux et embrouilles de cours d’école, il voit son monde comme au Far West dès qu’il enfile son chapeau blanc de cow-boy. Son chien Clint devient alors son frère d’arme, les deux brutes de l’école se transforment en Juan et John Ringo, et le vieil alcoolique du village est Will Brown.

Style chamarré et schizophrénie galopante

Le style graphique de Marion Duclos se base sur un trait faussement relâché qui est fait très maitrisé. La couleur est un mélange d’aquarelle et d’aplats numériques pour un résultat chaud et coloré. La mise en scène est excellente, variée, et supporte parfaitement le récit. Ce dernier est d’ailleurs riche et assez profond grâce à la double vision du monde qu’il propose. Victor maquille sa vie avec les couleurs du Western même si la réalité des adultes responsables n’est jamais loin pour le rappeler à ses problèmes.

Cette fuite est presque constante et c’est peut-être le seul regret que l’on peut avoir sur l’histoire. Le fait que Clint soit perché en quasi-permanence impose une distance et nous avons un peu eu l’impression en lisant le récit de le survoler comme Victor survole sa vie. L’ouvrage reste excellent à l’image de ses brillants dialogues parfaitement Desperado et bien sentis qui font une belle cerise sur le Bloody Mary.

 

9782849532225_5 9782849532225_6

Interview

Marion Duclos, qui êtes vous ?

Je viens du milieu scientifique : avant j’étais dans l ‘hydrobiologie. A 25 ans j’ai décidé de changer de voie. J’ai toujours dessiné, mais comment dire… « j’avais la trouille », je savais que ce n’était pas un métier facile. Une fois lancée, je m’y suis mise à fond, j’ai fait une remise à niveau de deux ans à l’ESMI où j’enseigne aujourd’hui. Après plusieurs collaborations avec d’autres auteurs, puis des boulots commandes en graphisme et en illustration je publie mon premier album solo cette année.

MarionDUCLOS©Audebert

Votre dernier ouvrage Victor & Clint :

En 2011, un éditeur m’a demandé des illustrations tests avec un animal et un enfant. Alors je me suis dit « tiens si je dessinais un enfant et un chien, ça n’a jamais été fait » (rires). Le dogue allemand est un chien très pataud avec une gestuelle très lourde et maladroite, très drôle à observer et à retranscrire. Comme c’est un animal assez grand je me suis dit que l’enfant pourrait le prendre pour son cheval. Je suis fan de Western depuis que je suis gamine. Et voilà, Albert et Clint étaient nés. Je m’y suis attachée et j’ai voulu creuser un peu plus cet univers. Finalement, Albert n’est pas devenu un cheval mais un desperado.

En parallèle, je travaillais sur un sujet plus complexe et plus sensible. Victor & Clint était une soupape et au fil de l’écriture sont revenus plein de souvenirs d’enfance, des conneries que je faisais avec mon frère et mes cousins, mais aussi cette capacité que j’avais à trouver refuge dans la rêverie. Le résultat, c’est donc un peu tout ça : un mélange de choses complètement fantasmées et de choses piochées parmi mes propres expériences.

Vos influences ?

Les westerns spaghettis et Sergio Leone, bien sûr ! Ensuite, mes lectures de Calvin et Hobbes ont sans doute ressurgi cuisinées avec un soupçon de Lucky Luke, une pointe de Big Foot (Dumontheuil), un peu Gus (Blain), de Lincoln (Jouvray)…

DSCF5593(1)

Comment voyez-vous la bande-dessinée en France ?

En tant que lectrice, je trouve qu’on a de la chance de disposer d’autant de richesse et de diversité, au sein des publications BD en France.

En tant qu’auteur, lorsque j’étais en résidence d’écriture en Italie, j’ai constaté que les dessinateurs étaient confrontés à des conditions de travail très difficiles, et à des rémunérations souvent inexistantes. Il faut préserver ce que nous avons en France, il faut préserver le système de droits d’auteur et d’avances sur droits ainsi que les structures publiques telles que ECLA Aquitaine. Ils sont les garants de cette diversité éditoriale… Depuis plusieurs années, les auteurs français se regroupent, autour de chartes et de syndicats afin de d’améliorer leur protection sociale et de préserver ce qui existe déjà.

Quels sont vos futurs projets ?

Ernesto en cours de création avec Casterman. C’est l’histoire d’un vieil homme qui a fui l’Espagne franquiste et qui depuis vit en Touraine. Il tombe malade et décide de repartir là bas sur un coup de tête, accompagné par un ami proche, un français. Ça se passe à la fin des années 70, après la mort de Franco.

J’ai commencé à développer cette histoire en 2006. C’est un projet qui me tient vraiment à cœur, il parle de personnes que j’ai eu la chance de connaître étant petite, mais également de rencontres que j’ai pu faire au cours de mes recherches sur les républicains espagnols en France. Il parle d’exil et du rayonnement culturel et idéologique que cette communauté espagnole a pu avoir sur sa terre d’accueil.

Article rédigé par Arthur

(A)parté pas si vite !

Le « Metronum » fête ses 5 ans

Pour 2o19, le Metronum souffle sur ses cinq bougies. La salle de concert, gérée par la …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *