TEMPS DE LECTURE : 3 MINUTES« La Hora de la Siesta », entre émotion et dénonciation

Premier long-métrage de la réalisatrice mexicaine Carolina Platt, La hora de la siesta (“l’heure de la sieste”) est un film intime, profond, mais jamais déplacé. La réalisatrice a choisi de raconter ce drame au plus près de ceux qui l’ont vécu et qui continuent de le ressentir quotidiennement.

yyyyfilm2la-hora-de-la-siesta6045

En 2009, la réalisatrice habite à Hermosillo, une ville de l’Etat de Sonora, au Mexique. Un après-midi de juin un incendie ravage la crèche ABC à l’heure de la sieste. Faute de moyens et de réactivité, 49 bébés perdent la vie. Carolina Platt est plus particulièrement touchée par l’accident lorsque sa fille s’identifie à une des victimes sur une photo. Cette petite fille, c’est Emilia. Son père et les parents d’un autre petit garçon, Yéyé, ont accepté de participer au documentaire, non sans réticences, pour que leur histoire soit connue au Mexique et à l’international, comme à Toulouse où le film est en compétition dans la section “Documentaire” de la 27e édition de Cinélatino.

Ponctué de témoignages des familles des victimes, La hora de la siesta raconte le quotidien de deux d’entre elles après le drame. La réalisatrice s’emploie à filmer le deuil et la reconstruction avec le ton juste, sans tomber dans le pathos ou le côté voyeur : pas d’images du jour de l’incendie à l’écran, pas de pleurs devant la caméra. D’une certaine manière, Carolina Platt redonne vie à Emilia et Yéyé. Des enfants qu’elle n’a pas connu mais qu’elle appris à connaître, à travers les mots de leurs parents, leurs objets favoris et les images conservées par leurs proches.

La réalisatrice s’emploie à filmer le deuil et la reconstruction avec le ton juste, sans tomber dans le pathos ou le côté voyeur.

Chose surprenante, Carolina Platt apparaît elle-même dans le long-métrage, aux côtés de sa fille. Ses angoisses et ses anxiétés de mère se superposent au deuil à la tristesse des familles qui ont perdu un des leurs dans l’incendie. Avec toujours cette question : et si tout avait été différent ?

Aux critiques qui reprochent à la réalisatrice sa présence dans le film, cette dernière répond qu’il s’agit avant tout de sa vision de l’accident et de sa manière de le vivre. Mais Carolina Platt cherche aussi à interpeller le public. Malgré la mobilisation de la population et les manifestations, personne n’a jamais été condamné, personne n’a assumé la responsabilité de l’incendie, alors qu’il n’y avait aucune mesure de sécurité dans la crèche ABC. Carolina Platt évoque à peine ces démêlés politiques et judiciaires pour se concentrer sur l’émotion et l’intimité des familles. Une autre façon de dénoncer cet incendie et l’inertie de la justice depuis 5 ans.

Notre avis : Une tranche de vies qui fait passer le spectateur par tous les états – rires, colère, tristesse – en quelques minutes. Et une vraie réflexion sur la mort, le deuil, et l’absence.

// Lire aussi toute notre couverture du festival Cinélatino 2015

• Une présence brésilienne remarquée cette année 

• En Aparté avec… Jayro Bustamante, réalisateur de Ixcanul, primé à Cinélatino

• En Aparté avec … Oscar Ruiz Navia, réalisateur de « Los Hongos » présenté à Cinélatino

• Le plus grand festival de cinéma d’Amérique latine fragilisé

Article rédigé par Marie Desrumaux

Beaucoup de Sciences Po Toulouse, un peu d'Aparté, d'Ouest France et de Boudu. Je traîne mes Stan du côté des mouvements sociaux, des minorités et des cultures alternatives.

(A)parté pas si vite !

Germaine Chaumel: une photographe à l’oeil humaniste

Le conseil départemental de la Haute-Garonne met à l’honneur, dans une double-exposition gratuite, le travail …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *