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TEMPS DE LECTURE : 6 MINUTESOlivier Arsac, « monsieur Sécurité » chargé d’expulser les prostituées

Président local de Debout La France, ce national-républicain chargé de la sécurité à la mairie de Toulouse applique la ligne souverainiste de droite. Son programme ? « Nous allons mettre la police partout. »

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Au départ, on lui donnerait le calibre d’un homme d’État dans son costard serré. Vingt minutes à l’attendre dans le couloir, il nous conduit dans son bureau, murs en briques rouges, surmontés d’une affiche du général De Gaulle en grand sur fond tricolore. Oeil vif, mains soigneusement croisées, l’adjoint à la sécurité de la mairie est paré, il a sculpté son discours au micron près.

Le voilà qui déverse, clope au bec, des mesures choc censées faire valdinguer la molesse du maire PS sortant. Du brutal vendu avec le fard de la diplomatie. Et si on remettait «  du bleu partout » ? Pourquoi ne pas « déplacer » les prostituées loin du centre ? Retapisser Arnaud Bernard avec de la « vidéoprotection » ? propose-t-il les yeux qui pétillent. Depuis des mois, Olivier Arsac fait de la resucée. Rhétorique taillée au cordeau, amour de l’euphémisme, son vocable a payé, et surtout auprès de la presse locale. Devenu la starlette austère mais respectée des médias locaux, il marque des points avec son «franc-parler» et sa cosmétique lisse. À Toulouse, La Voix du Midi l’a même affublé d’un petit sobriquet affectueux : «monsieur Sécurité».

France

L’ascension politique a des airs de victoire tonitruante pour ce petit agent immobilier qui, depuis des années, sévissait dans l’ombre. Après une estocade contre le Traité de Maastricht (1992), ce «passionné d’histoire» glisse adroitement du RPR gaulliste vers le Rassemblement Pour la France (RPF), le parti de la « droite nationale » de Charles Pasqua, fondé après une brouille avec Chirac. Ancré «dans la mouvance nationale-républicaine», Arsac coupe les ponts avec Pasqua puis échafaude l’émanation locale de Debout La France (DLF 31), le parti de Dupont-Aignan. Féroce soutien de l’opposition, en mars 2014, à l’issue des municipales qui ont débouté Pierre Cohen (PS), Arsac récupère la délégation sécuritaire à Toulouse, main dans la main avec le maire UMP Jean-Luc Moudenc.

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Capituler avec l’UMP européiste ? Pas si vite. «Une alliance dans un projet commun» tout au plus. Circonstancielle, évidemment. Une nomination sans desseins électoralistes. Lui, fidèle à son habitus politique, ne voit «pas trop de nuances» entre la droite parlementaire et DLF, «du moins au niveau local». Car dans les eaux glacées de la politique nationale, «chacun mène sa barque» et la guerre peut reprendre.

Prostituées

Grâce à Arsac, tout l’attirail de la droite souverainiste est paré à être administré à Toulouse. Coup d’éclat du début de mandat, son arrêté anti-prostitution (voir copie en PDF ci-dessous), entré en vigueur le 7 juillet, lui a permis d’évacuer les prostituées du centre-ville comme des eaux usées. «Les riverains ne se sentaient plus chez eux (…) ça aurait fini par se régler à coups de fusils entre les proxénètes», surenchérit-il.

«Éparpiller le problème, c’est partiellement le résoudre»

Les travailleuses du sexe sont désormais personae non grata dans une zone millimétrée, délimitée «à partir des plaintes des riverains», et incidemment vidée de ces seins (et de ces préservatifs usagés) qu’on ne saurait voir. Minimes, Canal du Midi, Matabiau. Pas Belfort : un «vieux lieu de prostitution» habité par «des filles indépendantes, plus respectueuses du quartier», affirme-t-il, et où il compte «moins de réseaux, moins de trafic, moins de nuisances»

Pour le reste, nul Stalker ne saurait braver l’interdit admistratif. À moins d’écoper, comme c’est prévu, d’une amende de 38 euros en cas de flagrant délit de racolage.

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Cela étant, «ce n’est pas notre volonté d’éradiquer la prostitution… on n’a pas de jugement par rapport à ça», dit Arsac la bouche en coeur, sachant bien que la monétisation des charmes n’est, légalement, pas de son ressort. Sans nullement juger mais en obligeant «le public de ce genre» (sic) à «circuler», il dit n’user que de prérogatives administratives, par-delà Bien et Mal, et invoque la « tranquillité publique » pour débarrasser le plancher.

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Expulsées aux quatre vents de Toulouse, derrière Barrière de Paris, loin de l’électorat de Moudenc, et plus exposées à la violence (ce qu’il récuse : «le milieu urbain ne protège pas forcément»), les filles sont trimballées comme des poubelles à cause des «nuisances fortes» qu’elles génèreraient dans un quartier où «tous se sentaient abandonnés».

Nuisances ? Reléguées au bas de la pile des priorités, les conditions de travail des prostituées passent donc après la «tranquillité des riverains», heurtée par «les bruits» et «les portes qui claquent». Impossible de faire autrement. Vraiment, il a tout essayé. Erratum : il n’a rien essayé d’autre. Mais ce «moyen ultime» est sa certitude inamovible. «Éparpiller le problème, c’est partiellement le résoudre» fanfaronnait, en octobre, Arsac lors d’une réunion de quartier. À l’entrevue, il n’en démord pas : «Dans ce déplacement, chaque quartier absorbe quelque chose». L’amortissement des chocs. Comme en économie. Une matière qu’Arsac connaît bien, pour l’avoir enseignée pendant quinze ans en lycée.

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Selon lui, l’opération «anti-nuisances» aurait fait florès : «Les réseaux se sont déplacés et dilués.» Normal : via une campagne de verbalisation, la police a drastiquement administré plus de 350 amendes aux prostituées au total en moins de trois mois, placé des «bagnoles policières visibles qui font fuir les clients», mené des «contrôles d’identité» et une trentaine d’«interpellations». Dans le lot, «beaucoup de femmes étrangères qui n’étaient pas dans la légalité». Europe de l’Est, Afrique du Nord… Ce faisant, la fine équipe a plongé les filles dans une culture du contrôle. 

Socialistes

Avant de décamper, Arsac dévoile un petit scoop. Après avoir longuement éviscéré la précédente municipalité PS («dans le déni») rappelé qu’il va «remettre la police partout pour troubler les délinquants», il annonce : une convention sera bientôt signée entre Moudenc et le ministre de l’intérieur, Bernard Cazeneuve, pour réautoriser la présence de la police municipale dans les quartiers, greffée à la police nationale. «Cazeneuve et Manuel Valls soutiennent notre politique contre l’opposition de gauche ici, qui est très archaïque. À Toulouse, Valls a défendu la vidéoprotection. C’est extraordinaire. Autrefois angélique sur ces questions fondamentales de sécurité, la gauche a fait une métamorphose, elle est devenue réaliste. » Réaliste au point de songer à travailler pour une municipalité PS ? «Sûrement pas, je suis un militant politique avant tout.» Et de conclure : «N’allez pas dire que je suis socialiste!»

 /// Lire la suite de notre dossier, « Expulsions, la loi des séries ».

Article rédigé par Paul Conge

Rédac' chef du webzine. Je promène mon objectif du côté des minorités, des dérives policières et des anars de tout poil.

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Un commentaire

  1. Doux Jésus.
    Je suis une ancienne élève d’Arsac, mortifiée de honte rien que d’avoir un instant porté de l’attention à ses Grandes Idées qu’il nous martelait à longueur de journée… Je me souviens de sa théorie selon laquelle l’Europe finirait en Union Fédérale déchue à cause des journalistes protestants.
    A l’époque il était déjà petit, orgueilleux, et auto-proclamé génial (dans l’exacte même lignée de ces Valls et Sarkozy qu’il hait tant…).
    Aujourd’hui il a trouvé un nouveau joujou à la hauteur de ses ambitions et fait vroum vroum comme un enfant depuis que Moudenc lui en a confié le volant.
    Pauvre Toulouse…et pauvre Chirac.

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