TEMPS DE LECTURE : 5 MINUTESDécryptage: la campagne des MJS contre la Manif pour tous est-elle scandaleuse ?

Cet article a été publié il y a 8 ans. Il commence à dater mais n'est pas forcément obsolète.

Cela ne vous aura pas échappé. Depuis dimanche, la Manif pour tous, Le Figaro et des responsables UMP et FN pestent, via les réseaux sociaux (hashtag #MJS), contre la dernière campagne visuelle des Jeunes Socialistes qui sévit sur le web. Des images incisives qui, en fond, soulèvent la question du genre. Scandale ? Décryptage avec des experts toulousains.

Dans leur dernière campagne sur le web, sobrement titrée « Oui à l’égalité », les Jeunes Socialistes (MJS) n’y vont pas de main morte. Dimanche, alors que les troupes des opposants au mariage pour tous paradent à Paris et à Bordeaux contre la GPA, les MJS ripostent avec cette série d’images diffusée sur Twitter, déclenchant une bataille de communication virale, réactions indignées et détournements. Ils placent explicitement la Manif pour tous dans leur collimateur.

À droite et à l’extrême-droite, ça rouspète. Le litige repose sur la mention « Non à la Manif des réacs » sur les images, qui accote un slogan percutant : « S’il avait appris à l’école qu’une femme n’est pas un objet, il ne l’aurait peut-être pas violée ». Problème : pour la Manif pour tous, « aucun rapport ».

Campagne déplacée ? Un coup de fil à Marlène Coulomb-Gully s’imposait.

Professeure en sciences de la communication à l’Université de Toulouse-II le Mirail, elle ausculte dans ses travaux de recherche la représentation du genre dans les médias. « C’est assez surprenant. Le message de cette campagne n’est pas évident, on doit faire un travail de décryptage. »

Nous voilà avertis. Quelque chose cloche-t-il avec cette campagne de com’ ?

« La Manif pour tous s’est toujours clairement positionnée comme réactionnaire », explique Marlène Coulomb-Gully.

Le décryptage

Devant une mobilisation anti-GPA au mot d’ordre si arrêté, des voix, même internes au Parti Socialiste (PS), interrogent la pertinence de cette imagerie. L’universitaire toulousaine décortique : « sur leurs affiches, les Jeunes socialistes font un glissement de sens : ils partent des manifestations de la Manif pour tous contre la GPA, et derrière l’objet GPA, repositionnent la question générale du genre. »

« Mais ils ont raison : la question de la réévaluation des rapports entre les hommes et les femmes est au coeur des discussions sur la GPA« , poursuit-elle.

Également, cette campagne capitalise sur les prises de positions successives de la Manif pour tous, qui « derrière le refus de la GPA, refuse ce qu’elle appelle la « théorie du genre », ainsi que les ABCD de l’égalité (programme expérimental de formation à l’égalité des enseignant·e·s, lire ici son travail pour le Haut Conseil à l’Égalité à ce sujet). »

« La question de la redéfinition des rapports entre les hommes et les femmes est au coeur des discussions sur la GPA. »

« Le message politique des Jeunes Socialistes, c’est que derrière la GPA, il y a ce positionnement [anti-genre, ndlr] de la Manif pour tous. Les Jeunes Socialistes se placent en amont du message explicite de la Manif pour tous. »

MJS2

Pour les MJS, l’occasion idéale de réaffirmer leur engagement sur certains principes explicites, comme la lutte contre les stéréotypes de genre. Raccords à cela, ils font appel à « la question du viol, qui renvoie à la domination masculine, à la question de l’homosexualité, qui renvoie aux violences et à la reconfiguration des sexualités », clarifie la professeure.

« Les Jeunes Socialistes se placent en amont du message explicite de la Manif pour tous. »

Julie Jarty enseigne en Master « Genre, Égalité et Politiques Sociales », à l’Université du Mirail« Les timides exemples de politiques publiques allant dans le sens de la lutte contre les stéréotypes de sexe (introduction en 2010 de la notion de « genre » en SVT, ABCD de l’égalité) ont fait l’objet de réactions virulentes de la part des milieux intégristes et réactionnaires français ».

En clair, « les affiches des Jeunes Socialistes semblent ainsi prendre la forme d’une réponse à une campagne de désinformation qui visait à jeter le discrédit sur les ABCD de l’égalité »,  complète la maître de conférence.

Le problème

Pourtant, « cette campagne donne aux partisans de la Manif pour tous un argumentaire facile, puisqu’ils peuvent dire que ce n’est pas leur problématique, qu’ils ne sont pas contre les luttes contre le viol et les violences faites aux femmes », analyse Marlène Coulomb-Gully. Ironiquement, c’est « la subtilité de leur campagne » qui leur joue des tours, puisqu’elle présuppose un travail de déconstruction du message.

MJS3

Mais dans la guerre communicationnelle, les MJS ne feraient en réalité que rattraper leur retard. « Lors des grandes manifestations de la Manif pour tous contre les ABCD de l’égalité, en février 2014, les opposants étaient très présents en termes de retombées médiatiques et sur les réseaux sociaux. A l’inverse, les partisans avaient un déficit de préparation. Cette fois, on rétablit une forme de symétrie dans les communiqués », conclut-elle.

Des communiqués qui pourraient faire mouche, s’ils étaient proprement décodés.

Cet article a été publié il y a 8 ans. Il commence à dater mais n'est pas forcément obsolète.

Article rédigé par Paul Conge

Rédac' chef du webzine. Je promène mon objectif du côté des minorités, des dérives policières et des anars de tout poil.

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