TEMPS DE LECTURE : 5 MINUTESÀ Cinespaña, on prend la température politique et sociale d’une Espagne en feu

« Mémoire et politique ». Cet intitulé, sobre et formel, a été choisi cette année par le festival Cinespaña pour l’un de ses cycles à thème. Quand on sait que le Grand Sud accueille la plus grande communauté espagnole de France, que Toulouse a été considérée comme la « capitale de l’exil républicain espagnol » pendant la période franquiste, le titre prend un sens tout singulier dans la ville rose. Petite revue des films marquants.

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L’idée ? Projeter des longs et courts métrages évoquant la mémoire politique de l’Espagne, pour la rattacher aux débats de notre temps, afin de montrer les atteintes aux libertés bien actuelles que les jeunes réalisateurs dénoncent.

Du franquisme au mouvement des « Indignados » de 2011, en passant par le combat d’hommes et de femmes contre le projet de révision de la loi sur l’avortement, le panorama est riche, et la réflexion qui le sous-tend, passionnante. Le spectateur se retrouve éclaboussé par ces récits du refus de la soumission, de sociétés qui ont remis en cause une autorité qui ne parlait pas, ou plus, en leur nom. Ils ont résisté, à leur échelle.

« Nul besoin d’une dictature pour avoir une conscience politique. L’indignation seule suffit. »

Ces temps-ci, pas un jour ne passe sans que le discours politique et médiatique ne nous rappelle l’ampleur du désenchantement et de l’indifférence des peuples européens face à la situation de crise. Ce discours charme les oreilles et enchante les esprits.

Si l’on prête un peu plus finement attention à la programmation de ce cycle, on s’aperçoit qu’il est divisé entre des films relatant les combats du passé en Espagne, et ceux qui racontent les luttes d’aujourd’hui, galvanisées par les mêmes valeurs transposées dans une réalité non moins violente que celle des décennies passées.

Les luttes sous Franco

A travers les « films de la mémoire », on entrevoit à chaque plan, l’ombre du franquisme et les heures noires qui l’ont accompagnée pendant quarante ans. Pas de symbole plus fort de l’oppression violente et cruelle que cette page de l’histoire espagnole. Pour tenter d’y résister ou de s’y soustraire, les opposants usèrent de moyens différents : la fuite, évoquée dans le court-métrage Album de famille, l’enseignement clandestin prodigué par les maîtres d’école, ces défenseurs de la République dans Las maestras de la Republica (Pilar Peres Solano), la résistance armée dont traite Mika, mi guerra de Espana (Javier Oliveira)… La figure du résistant à l’oppression est au centre de la réflexion de tous ces cinéastes.

À voir : ce trailer de Las maestras de la republica (Pilar Peres Solano) // Goya 2014 du meilleur film documentaire

Ciutat morta (Xavier Artigas, Xapo Ortega). « You can hide the sun with your hands, but it’s still there…Systems do fail. It’s unacceptable to think the systems fails, as then you’ll have to change the system ». (« Vous pouvez cacher le soleil avec vos mains, mais il est quand même là…Les systèmes défaillants, ça existe. C’est inacceptable de penser que les systèmes peuvent être défectueux, car dans ce cas, il faut changer le système »).

Cette phrase, tirée de «Ciutat morta » de Xavier Artigas et Xapo Ortega,  documentaire de 2011 sur l’une des plus grandes affaires de corruption policière de ces dernières années à Barcelone, rappelle que le protestataire, le militant, celui qui rejette l’autorité, est toujours là. Nul besoin d’une dictature pour avoir une conscience politique. L’indignation seule suffit.

Écoeurement général

@gora (Sergi Sandua). « Nous avons une démocratie totalement insuffisante […] sûrement liée en Espagne à cette transition mauvaise qui a été faite depuis la dictature avec cette sorte d’amnistie. Nous donnions des leçons de morale dans le monde sur la mémoire historique, sur laquelle il fallait inculper les dictateurs, mais chez nous ça n’a pas été fait […] Maintenant nous avons la possibilité d’approfondir dans la démocratie. Maintenant, comme à chaque moment historique de l’humanité, cela ne tombera pas du ciel, les gens doivent donner un pas au front, doivent être protagonistes de ce changement, c’est quelque chose que l’on ne peut pas déléguer, personne ne peut le faire en ton nom. La conquête de droits a toujours été une lutte. ».

Ces propos recueillis par Sergi Sandua dans son documentaire « Agora », sont ceux d’Ada Colau, porte parole de Plataforma de Afectados por la Hipoteca, une association (site en espagnol) créée en réponse à l’augmentation des expulsions en Espagne depuis le début de la crise en 2008. Des mots qui traduisent bien l’écœurement général dans un contexte de mutations sociales et politiques en Espagne, et en Europe, mais pas seulement. Des mutations oui, mais pas sans les gens.  A travers tous les portraits qu’il découvre, le spectateur est, lui aussi, appelé à refuser la passivité, et à prendre la place qui lui revient dans les débats actuels.

À voir : ce trailer de Yo decido, el tren de la libertad, un documentaire d’un collectif de femmes cinéastes contre la réforme de la loi pour l’avortement

« Les gens doivent être protagonistes du changement, c’est quelque chose que l’on ne peut pas déléguer, personne ne peut le faire en ton nom »

Ce thème « Mémoire et politique » invite donc à venir prendre la température politique et sociale d’une Espagne en feu, relatée sous un angle bien particulier, celui de quelques réalisateurs engagés. On en retient ce que l’on veut, mais pour sûr, on n’en ressort pas de marbre.

À voir : ce trailer de Ciutat morta, de Xavier Artigas et Xapo Ortega (sous-titres anglais)

Article rédigé par Alice Poiron

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