Home >> À la une >> TEMPS DE LECTURE : 3 MINUTESLa Crème de la crème : HEC dans le collimateur

TEMPS DE LECTURE : 3 MINUTESLa Crème de la crème : HEC dans le collimateur

La Crème de la crème relate les aventures de trois étudiants en école de commerce décidant de monter un réseau de prostitution. Inspiré du quotidien des élèves d’HEC de façon assumée, le troisième film de Kim Chapiron fait jaser.

LA+CREME+DE+LA+CREME+PHOTO1

Kelly vient de rentrer en première année dans une prestigieuse école de commerce, « la crème de la crème ». À peine arrivée, elle fait la connaissance de Dan et Jaffar, loseurs tendres en mal d’amour, et de Louis, membre du BDE hautain et opportuniste. Contre toute attente, Kelly, Louis et Dan vont très vite se lier d’amitié. Tentant d’appliquer leurs théories économiques au marché du sexe, ils vont dans un premier temps, et par pure curiosité, payer une jeune employée pour faire « remonter la cote » de Jaffar : si celui-ci est vu en compagnie d’une belle fille, on imagine qu’il sera remarqué, et donc réévalué à la hausse. De cette première expérience, Kelly, Dan et Louis vont tirer la conclusion suivante : « plus tu baises, plus tu baises ». Ils vont alors se prendre au jeu en recrutant de plus en plus de filles et en cherchant de plus en plus de clients, jusqu’à monter un véritable réseau de prostitution.

Entre fantasme et déconstruction méthodique des a priori

Dès les premières minutes de La Crème de la crème, les clichés étudiants qu’on redoutait tant nous assaillent de toute part : amphithéâtres pleins à craquer, discours élitistes assumés de la direction, déification du bureau des élèves… on se croirait dans une sitcom américaine tant la nuance est absente de l’analyse. Néanmoins, à mesure que le film avance, Chapiron tend à filmer un quotidien estudiantin bien plus prosaïque et proche de la réalité, ce qui nous laisse à croire qu’il aurait posé ces bases pour le moins caricaturales en vue de mieux les déconstruire.

« Chapiron pose des bases pour le moins caricaturales en vue de mieux les déconstruire »

Progressivement, on rentre dans l’univers intime des protagonistes, réalisant leur juvénilité, leur ambition et leur naïveté. La Crème de la crème joue sur notre premier degré et s’en amuse : cette vision biaisée du quotidien étudiant n’est pas celle du réalisateur lui-même, mais bien celle des membres de cette grande école fictive, rêvant de leur vie future et fantasmant leur vie actuelle.

La sociologie d’une élite

L’une des forces du film, c’est avant tout son réalisme sociologique et son objectivité intellectuelle. En effet, jamais Chapiron, à travers les actes et paroles de ses protagonistes ou de leurs interlocuteurs, ne fait preuve de condescendance envers les personnages extérieurs à l’univers élitiste dont il est question, ni ne glorifie l’intelligence diabolique et méthodique des étudiants.

Les filles embrigadées ont elles aussi leur vision propre de la situation, leur argumentation pertinente et leurs arguments chocs, et il arrive aux personnages principaux de présenter certaines failles et erreurs de débutants dans leur argumentation. En ce sens, Chapiron ne tombe aucunement dans l’écueil du déterminisme sociologique, lui préférant une analyse plus réfléchie, bien que parfois peu nuancée.

« En aucun cas Chapiron ne tombe dans l’écueil du déterminisme sociologique »

Une absence de morale sous couvert de neutralité artistique

Dans La Crème de la crème, jamais il n’est question de juger les actes des proxénètes, ni de donner quelconque avis sur la prostitution. Alors qu’on était en droit de s’attendre à un minimum de désapprobation quant aux pratiques illicites de Dan, Louis et Kelly, le commerce du sexe est ici banalisé, presque dépouillé de sa teneur amorale. Pire, on se prend d’affection pour ces trois gosses au visage poupon, drôles, sympathiques et impertinents, comme si Chapiron voulait nous faire oublier leurs méfaits. Au final, alors que la bonne surprise du film, à savoir une absence totale de sexisme, vient faire oublier ses faiblesses et ses raccourcis, cette agréable impression est totalement éclipsée par un défaut de morale attestant d’une certaine frilosité intellectuelle.

Article rédigé par Maud Le Rest

Étudiante en journalisme à Sciences Po Toulouse.

(A)parté pas si vite !

Francesca et Marina, «blob-sitteuses» au Quai des savoirs

À Toulouse, le Quai des savoirs a adopté deux blobs. Ni plante, ni animal, ni …