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TEMPS DE LECTURE : 4 MINUTESQuand Pippo Delbono entretient le paradoxe de l’Orchidée

Un maître du théâtre italien est venu rendre visite à la scène du Théâtre national de Toulouse (TNT) du 19 au 22 février. Accompagné de ses « monstres », le bedonnant Pippo Delbono, roi de l’anticonformisme théâtral, nous a offert son dernier spectacle, Orchidées. Critique… Ou non : récit.

Pippo danse ©Brenta-de-villers.
Pippo danse ©Brenta-de-villers.

Les lumières s’estompent, une voix s’élève. Face aux spectateurs, un plateau nu. Nulle trace d’une quelconque mise en scène, les regards se détournent des tréteaux pour s’attacher sur le fond de salle : « Ma mère ne comprenait plus, c’est sans doute pour ça qu’elle est partie« . Assis derrière une simple table, éclairé par une lampe à faible intensité, Pippo Delbono fait la lecture. Où se trouve donc la représentation ?

Un récit bien en retard, certes. Simplement car le rédacteur rédigeant ses mots est perdu : tout le temps où j’ai étudié le théâtre, on m’a appris à chercher le sens de chaque élément, de chaque scène, mettant ainsi en exergue un processus de mise en scène et de réflexivité de la part de l’artiste. Il n’en est ici rien : « La compréhension est un mensonge, ou une maladie » confie Pippo Delbono. Soit, faisons sans. Pourtant, le conglomérat et l’enchaînement de scènes sans queue ni tête forme un tout homogène et plein de sens.

« Ma mère ne comprenait plus, c’est sans doute pour ça qu’elle est partie« 

Attachons nous au titre : Orchidées. Trouvant son origine dans le grec Orchis, signifiant « testicule », la fleur aux multiples facettes illustre une société déliquescente aux paradoxes ancrés. Et pour cause, le discours du comédien terminé, une vidéo s’ouvre sur le discours homophobe diffusé par le Petit Journal en 2012 pour enchaîner sur la représentation contemporaine de la femme « belle ». À savoir, un corps (trop) mince au squelette apparent, des lèvres et pommettes botoxées et des robes clinquantes. Histoire de subjectivité, mais il semblerait que notre metteur en scène n’apprécie que très peu son ancien Président du Conseil, Silvio Berlusconi, largement connu pour son « mondanisme ».

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Bobo danse. ©Brenta-de-villers

Ici commence le spectacle. Plus qu’une représentation, Pippo Delbono en offre une ébauche aboutie. En outre, ces personnages filent et défilent. Bobo, son comédien fétiche « déniché » dans un asile, envahit le plateau par une présence simple, quoique puissante. Seulement, ce ne sont pas des personnages qui montent sur scène, mais bien des personnes. Pippo Delbono nous offre des individus mis à nus. À l’heure où la représentation hypocrite d’une personnalité est véhiculée par les médias de masse, le rapport frontal qu’entretiennent les comédiens avec le public empêche le mensonge.

Le théâtre, c’est l’art de mentir

Émerge alors un nouveau paradoxe : si un comédien se présente à nous, ce n’est pas pour se dévoiler, mais bien plus pour jouer quelqu’un qu’il n’est pas. Ici, la pièce prend la forme d’une thérapie, une confession que Pippo permet à ses « monstres », comme il aime les appeler. Mais de par l’échantillon représenté, il nous est montré une psychanalyse muette d’une société italienne à la superficialité ambiante. Superficialité que la conscience collective aurait tendance à rattacher à l’Italie septentrionale d’où Pippo est natif, plus qu’au Mezzogiorno.

De par l’échantillon représenté, il nous est montré une psychanalyse muette d’une société italienne à la superficialité ambiante.

N’hésitant pas à reprendre Roméo et Juliette dans la langue de Vérone, le metteur en scène balaie tous les sujets. Tout en maintenant la notion du paradoxe symbolisée par l’orchidée, la haine marquée par la présence d’un comédien à l’allure de syndicaliste se meut en amour entre deux personnes nues s’adonnant à une valse légère.

Alors non Pippo, dire que ton théâtre est une incompréhension s’avère faux. Tu fais, tu oses, le public aime. Regarde cette standing ovation que tu as provoquée. Et si tu marques les esprits par une impulsivité qui t’est propre, que tu arrives à toucher en confiant quels furent les derniers mots que tu as prononcés à ta Maman, c’est bien parce que tu es honnête. Une honnêteté à toute épreuve dans une société où le mensonge est devenu facile à produire. Tiens, encore un paradoxe : ton théâtre est loin d’être du pipeau, Pippo.

C’est couillu, chapeau.


Article rédigé par Paul Lorgerie

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