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TEMPS DE LECTURE : 3 MINUTESLes lettres d’amour de Metronomy sont tachées de larmes

Le succès fulgurant du précédent album de Metronomy, The English Riviera, n’a pas pu vous échapper si vous êtes un mélomane averti. C’est la raison pour laquelle le nouvel album des britanniques représentait l’une des plus grandes attentes musicales de 2014.

Love Letters

Metronomy avait déjà renouvelé l’electro avec son album Nights Out, mais s’attaquer à la pop lui avait permis de créer un engouement encore plus fort. S’inscrivant dans la lignée de groupes novateurs en provenance d’Outre-Manche, Joseph Mount et ses associés ne faillent pas à sa réputation en proposant une galette inattendue. Plus en retenue, le ton de l’album est faussement aguicheur, avec un morceau éponyme qui, accompagnée de chœur aux accents disco, fait la part belle à une époque révolue de cabarets et de nostalgie naïve. De sa voix fragile et distante, le leader devient, au fil de l’écoute, le porte-voix de tous les sentiments brisés injustement, de tous les hommes assis sur leur sofa criards en attendant une réponse qui ne vient pas. D’une simplicité parfois troublante, certaines sonorités rappellent leur précédent album, comme ces synthétiseurs dans « I’m Aquarius » répondant à ceux de « Corinne », mais cette assurance de l’amour éternel se transforme en certitude d’être seul.

Joseph Mount pensait que l’amour était un laserquest où tout n’était qu’une histoire de néons et de poudre aux yeux, mais il comprend dans Love Letters qu’il veut simplement appartenir à sa bien-aimée.

Love Letters n’est pas un album très accessible, surtout lorsque l’on proclame faire de la pop. Il se laisse dompter, mais l’on se demande malgré tout qui est l’animal dans l’histoire, et si l’on n’est pas sous le coup d’une hypnose très élaborée. La production, plus brute et défaillante, peut déranger par cette impression d’inachevé qu’elle laisse, d’autant plus que des morceaux comme « Month of Sundays » ou « The Most Immaculate Haircut » prennent un malin plaisir à se perdre dans leur structure initiale. Cependant, ces basses chaloupées et furtives créent immédiatement une familiarité malsaine, notamment dans « Boy Racers », oscillant, comme un morceau issu de Twin Peaks, entre plaisir des oreilles et horreur des sens.

Tandis que dans The English Riviera, Joseph Mount pensait que l’amour était un laserquest où tout n’était qu’une histoire de néons et de poudre aux yeux, il comprend dans Love Letters qu’il veut simplement appartenir à sa bien-aimée, quitte à s’oublier lui-même. Au fil de l’âge naît en lui une vision plus simple de l’amour, plus intime, plus saine ; celui-ci ne se doit plus d’être un projecteur illuminant la boule à facettes, mais une simple invitation à danser. Incertains, les britanniques s’inventent des hymnes aux ambiances différentes, tantôt pop, post-punk ou synthétiques, pour multiplier leurs chances de conquérir leur Valentine.

Cette romance décrite par Metronomy, passant en revue les moments extatiques et glauques d’une drague en boîte de nuit, n’est pas une romance ordinaire. Ce fantasme d’une relation amoureuse par lettres interposées est révolu, mais Joseph Mount n’en démord pas : il est possible de faire du neuf avec du vieux, et vice versa, de faire renaître le temps d’un instant une époque désuette et idéalisée. En homme tiraillé entre deux époques, l’artiste a laissé son bouquet de roses faner, le moment s’échapper, il lui faudra donc attendre l’année prochaine pour retenter sa chance. Love Letters est à la musique ce que la comédie romantique est au cinéma, à l’exception près que celle-ci se termine d’une manière très british : en nuances, et dans un brouillard sentimental qui laisse dans le cœur une place bien au chaud à l’espoir.

Article rédigé par Olivier Cherfan

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