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TEMPS DE LECTURE : 4 MINUTESHow I Live Now, un teen movie à la sauce tradi

Totalement réactionnaire et simpliste, le dernier film de Kevin MacDonald déçoit, malgré un pitch prometteur.

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Daisy, new-yorkaise de 16 ans, est envoyée chez ses cousins anglais pour les vacances d’été. De nature bornée et neurasthénique, l’adolescente va pourtant apprendre à profiter des choses simples de la vie, tout en vivant ses premiers émois amoureux. C’est avec violence que l’éclatement de la Troisième Guerre mondiale va venir briser ce cadre idyllique. Loin de chez elle et livrée à elle-même, Daisy devra surmonter ses troubles psychologiques pour rester en vie et retrouver ceux qu’elle aime.

Une chronique réac’ et maladroite

Malgré des critiques mitigées, la romance adolescente guerrière de Kevin MacDonald mettait l’eau à la bouche, nous promettant un sympathique divertissement indé moyennement cérébral, mais néanmoins original et malin. Quelle déception ! Tout en appliquant maladroitement çà et là quelques codes vaguement arty, MacDonald essaime tout le long de son film une morale dégoulinante de conservatisme.

Si Daisy pose ses couilles sur la table, affirmant fièrement ses convictions et faisant preuve d’une force physique surhumaine, c’est en fait le fruit d’une grave perturbation psychologique. Daisy est dark, Daisy est anorexique (ou du moins on essaie de nous le faire croire), Daisy est exécrable, Daisy n’est pas féminine, mais Daisy va apprendre de ses erreurs et choisir de rester à la maison s’occuper de son homme, délaissant les smoky eyes et les slims écossais déchirés pour un maquillage nude, des vêtements fluides et une queue de cheval bien sage.

Ayant retrouvé son boyfriend et surmonté ses TCA, l’héroïne choisit de s’adonner à l’entretien de la maison et au jardinage, en attendant patiemment que l’homme de sa vie finisse par surmonter les traumatismes de la guerre (morceau choisi « On ne sait pas ce qu’il a vu, mais il lui faudra beaucoup de temps pour retrouver la force de mener une vie normale »). Car oui, même si Daisy a couru sans interruption pendant une semaine tout en veillant constamment sur sa petite cousine, tué à bout portant deux violeurs et vu des cadavres à la pelle, ses troubles sont mineurs comparés à ceux du mâle, seul combattant légitime aux yeux du réalisateur.

« MacDonald essaime tout le long de son film une morale dégoulinante de conservatisme. « 

De scandaleuses incohérences

Axer son film sur l’éclatement d’une guerre mondiale inédite, c’est mieux quand on pose un minimum de contexte. Ici, il n’est point question d’expliquer quoique ce soit ni sur les belligérants, ni sur les « terroristes », ni sur les raisons du conflit. Néanmoins, que le spectateur soit rassuré, la situation est relativement simple à comprendre : les méchants barbus basanés ont envahi la blanche Albion, et ils ont pour passe-temps de violer des petites filles et de tirer sur des civils pour rigoler (on les reconnaît notamment à leur rire maléfique).

Les énormités pourraient s’arrêter là, et pourtant, How I Live Now nous en offre un véritable festival. Entre le travail incompréhensible de la mère de famille, qu’on imagine diplomate (elle étudie des graphiques qui ont l’air super compliqués, excusez du peu), la romance entre cousins (Christine Boutin si tu nous lis), ou tout simplement le fait que le père de Daisy ait envoyé sa fille au fin fond de la campagne anglaise, zone de guerre totalement exposée, alors qu’elle était en sécurité à New-York, on ne sait plus où donner de la tête.

Le clou du spectacle reste tout de même l’analyse plus que douteuse des supposés troubles du comportement alimentaire de l’héroïne, ainsi que les répliques totalement débiles du beau gosse de service (il parle à l’oreille des vaches, sûrement une pratique habituelle chez les gens de la campagne).

« Ici, il n’est point question d’expliquer quoique ce soit ni sur les belligérants, ni sur les « terroristes », ni sur les raisons du conflit. »

Des détails épars qui sauvent le tout

Cependant, ce serait faire preuve de mauvaise foi que d’omettre certains aspects plutôt réussis du film. Tout d’abord, How I Live Now fait la part belle à la jeune Saoirse Ronan, radieuse et extrêmement juste, qu’on avait pris plaisir à voir il y a quelques semaines dans The Grand Budapest Hotel. Battante, fine et charismatique, elle sauve à elle seule une production bancale, se retrouvant encore une fois dans un teen movie raté. Par ailleurs, How I Live Now, c’est aussi l’occasion de découvrir Harley Bird, pétillante petite fille qui nous bluffe à chaque plan. En somme, s’il est une qualité inhérente au film, c’est bien son casting.

Enfin, son deuxième tiers tient plutôt bien la route : si l’on oublie la morale résolument conservatrice, les scènes de tueries et de poursuites sont clairement maîtrisées. L’angoisse est réelle, et quelques passages gores bien sentis viennent déniaiser l’ensemble. Au final, How I Live Now est ce qu’on pourrait appeler un film sans public : trop indé pour toucher les fans de Twilight et trop creux pour plaire aux cinéphiles, c’est un ratage sur toute la ligne, quand il y avait matière à faire un divertissement intelligent.

Article rédigé par Maud Le Rest

Étudiante en journalisme à Sciences Po Toulouse.

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