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TEMPS DE LECTURE : 10 MINUTESEn Aparté avec… les Limiñanas

Le duo perpignanais de Limiñanas a sorti en novembre dernier l’album méditerranéen Costa Blanca. On a profité de son passage au Connexion Live de Toulouse pour le rencontrer.

Lionel et Marie Limiñana
Lionel et Marie Limiñana — © Gaetan Ducroq pour Aparté.com

Signés depuis 2009 sur les labels indépendants américains Hozak et Trouble In Mind, les Limiñanas (Marie et Lionel) ont un son bien à eux, oscillant entre leurs racines rock-garage, leurs influences pop 60’s et le psychédélisme. Ils évoquent parfois à l’esprit les mélodies de Gainsbourg, de Morricone dans les westerns spaghetti de Sergio Leone, ou le Velvet Underground.

Après The Limiñanas en 2010 (Trouble In Mind) et Crystal Anis en 2012 (Hozak), les deux Perpignanais ont sorti en novembre 2013 leur troisième album, Costa Blanca. Cet album, s’organise autour de la chanson La Mercedes de Couleur Gris Métallisé. Les Limiñanas nous livrent un objet très personnel et définitivement tourné vers la Méditerranée.

De passage au Connexion le 7 février dernier

Un programme très sud et très sixties au Connexion ! Après une première partie réussie des toulousains de Marie Mathématique, les perpignanais des Limiñanas rentrent en scène.

Pendant leur set très énergique, le couple, accompagné de leurs 3 musiciens, nous délivre un son beaucoup plus rock que leur album studio, laissant ressurgir leur passé garage-punk le temps d’un live. On se laisse emporter par la voix langoureuse de la chanteuse, accompagnée par le rythme effréné de la guitare de Lionel et de la batterie de Marie. Ils ne nous laissent pas nous ennuyer, le public est emballé et se laisse bouger. Dans la chaleur du Connexion, les tubes issus de leurs 3 albums s’enchainent à cent à l’heure ! Seul relâchement de courte durée : le rappel/pause, car le groupe nous a généreusement accordé 4 morceaux de plus !

Sympathiques et souriants, Lionel et Marie Limiñana, ont bien voulu nous accorder une interview. Le duo nous en dévoile plus sur sa genèse, de la scène, leur expérience américaine, leur dernier album, leur ville de Perpignan, et leurs projets futurs.

Aparté.com : Bonjour ! Pouvez-vous nous expliquer un peu la composition du groupe ?

Lionel : Marie ma femme joue de la batterie, moi je m’appelle Lionel, je joue sur scène de la guitare électrique. En fait, les albums studios on les compose chez nous entièrement. On joue tous les instruments que tu entends sur le disque. Soit Marie chante, soit on invite des copines à nous pour chanter sur certains titres : Muriel Margail, Nadège Figuerola, Francesca Cusimano, Paola Scassa. En tournée on est un groupe de 6 personnes : 5 sur scène plus Julien notre ingé son. Et en fait ce n’est pas le même groupe qui joue sur scène que sur les disques vu qu’on les fait à 2.

A. : Donc les morceaux doivent être réadaptés pour la scène ?

L. : Complètement, on réarrange les titres tous ensemble pour la scène. Le disque sort, on l’écoute, et on refait les arrangements. Par exemple dans le dernier album qui est très méditerranéen, y a des passages avec 5 pistes de bouzouki, ou d’autres fois où il faudrait être 15 donc on réarrange tout ça de façon plus électrique.

A. : Les Limiñanas ne sont pas votre premier essai, vos groupes précédents étaient du même style musical ?

L. : Non, on a des groupes depuis très longtemps, nous venons de la scène garage-punk pure et dure, d’ailleurs on connait très bien Toulouse parce qu’on est ami depuis très longtemps avec les gens de Dig It, les Space Beatniks, les Shoo Chain Brothers, tous ces groupes des années 90. Moi je jouais dans un groupe qui s’appelait les Beach Bitches, qui était un groupe de garage punk beaucoup plus carton, et Marie a joué dans les Bellas, qui est un groupe qu’on a monté ensuite qui était plutôt 60’s, c’était un groupe sans basse, avec Marie à la batterie, moi à la guitare, Guillaume un autre copain à l’autre guitare, et Nadège qui chantait. Donc les principaux groupes qu’on a eu c’est ça : les Beach Biches, les Bellas. Et après on a jamais arrêté : j’ai 41 ans et j’ai commencé a jouer du garage à 17 ans !

Je ne suis pas très drogue – The Limiñanas, 2010 – Premier single pour Trouble In Mind
 

A. : Le groupe actuel a été créé en 2009, pour quelles raisons ?

L. : En fait, on avait des titres, mais à un moment on avait plus de groupe, parce que nos potes étaient en tournée aux États-Unis, donc on avait personne sous la main pendant 6 mois pour jouer avec nous. Du coup on a enregistré une démo qu’on a mis sur Myspace, sans mastering ni rien, et dans la semaine, c’est assez dingue, on s’est fait branché par 2 labels américains : d’abord par Hozak, puis par Trouble in Mind, 2 labels de Chicago. Hozak a sorti cette démo telle quelle, c’était notre premier 45t. Trouble In Mind nous a commandé un second single, on leur a dit qu’on avait 10 titres, mais on les avait pas, c’était faux, donc il fallait qu’on les fasse du coup. On a enregistré « Je ne suis pas très drogue » et « La berceuse pour Clive » dans notre salon, on leur a envoyé, ça leur a plu, ils ont sorti le single. Après ils nous ont commandé un album [The Limiñanas, 2010 ndlr], et nous ont demandé de faire une tournée US. Hozak, le label qui nous avait commandé le premier disque  nous a aussi commandé un album, qui fut notre deuxième [Cristal Anis, 2010 ndlr].

 » C’est assez dingue, on a enregistré une démo qu’on a mit sur Myspace, et dans la semaine, on s’est fait branché par 2 labels américains « 

A. : Donc vous avez commencé par une tournée américaine…

L. : On a dû monter un groupe pour de bon, avec des musiciens pour nous accompagner. On a fait quelques dates en France, mais vraiment pas beaucoup, et oui on a commencé par les USA, ce qui était complètement flippant, parce qu’on était pas prêt du coup.

A. : Et puis ça doit être assez différent au niveau de la tournée, non ?

L. : Ouais, ça n’a rien à voir. Souvent tu fais des plateaux de plusieurs groupes garage, et les sets ne durent que 30 minutes, ce qui est très court : t’arrives tu joues et la plupart du temps il n’y a pas de balances ! Tu joues avec des groupes que t’admires, des groupes dont tu es fan, ça c’était vraiment délire, et tu croises tous les gens que t’adores, les gars des fanzines, les mecs des radios, c’était vraiment une super expérience ! Mais depuis on a quand même beaucoup plus joué en Europe qu’aux États-Unis, les States on ne l’a fait qu’une fois.

A. : C’est comment la scène musicale à Perpignan ?

L. : C’est une ville où il y a une vrai culture garage-punk et indé en général, car c’est une ville où malgré la pauvreté culturel, il y a toujours eu de très bons disquaires. Bon c’est moins le cas aujourd’hui d’ailleurs. Mais ça fait bien 25 ou 30 ans qu’il y a des très bons disquaires où tu trouves absolument tout ! Ça, mélangé à l’ennui, parce qu’il y a vraiment peu de choses à faire, ça a forgé une scène locale assez costaude. Y a toujours eu des groupes de garage. Les Fatals qui était un groupe de rock entre Toulouse et Perpignan avaient signé aux États-Unis avant tout le monde, c’est le premier groupe qui a un peu dégrossi cette histoire et qui a attiré l’œil des américains sur ce qui ce passait chez nous. Après eux les Sonics Chicken 4 ont signé sur In The Ride, nous on a signé chez Trouble In Mind. Il y a une vraie culture de cette musique là chez nous, et il y a toujours eu plein de concerts aussi.

A. : Qu’est ce que vous pensez des nouveaux arrivants sur la scène française ?

L. : Je ne pense pas qu’on vienne vraiment de la même crémerie, mais ce qui est intéressant ces dernières années, c’est l’émergence de groupes indépendants, qui commencent à toucher un public important. Ça dans les années 90 par exemple, dans la musique revival 60’s etc, ça n’existait pas du tout !

A. : C’était peut-être un peu tôt pour un revival ?

L. : Je ne crois pas, je crois que ça n’intéressait pas du tout les médias. À mon avis c’est lié aux changements au niveau des maisons de disque. Dernièrement il y a eu d’importantes mutations, les majors sont en train de s’effondrer, et tous ces indés qui bossent depuis très longtemps sont en train d’émerger du coup. Nous on a en ce moment deux titres qui passent à France Inter, c’est complètement incroyable, on aurait jamais pensé avoir un titre qui passe à France Inter ! On en est très content d’ailleurs. Je crois que c’est en train de muter.

 » Il y a eu d’importantes mutations, les majors sont en train de s’effondrer, et tous ces indés qui bossent depuis très longtemps sont en train d’émerger « 

A. : Quels sont vos plans futurs pour cette année ?

L. : Cette année, on va sûrement faire des festivals cet été, on est en train de finir de monter une espèce de compil’ de titres rares, de 45t et de morceaux qu’on avait à droite à gauche, ça devrait sortir chez Trouble In Mind vers septembre. On bosse aussi sur un conte psychédélique. Au niveau de l’esthétique ça rappellera un peu les schémas de Méliès, et l’atmosphère rappelle un peu les Tim Burton des débuts. C’est un conte pour adulte. Ce sera graphique. Il y aura un livre où tu pourras lire l’histoire et en même temps écouter la musique. Et ça va sortir sur Casbah Records, qui est un label français.

A. : Un coup de cœur musical à nous conseiller ?

L. : J.C.Satàn, c’est un groupe bordelais, franco-italien, qui sont devenus des copains. C’est la plus grosse tarte que je me suis prise depuis 10 ans au niveau groupe français ! C’est vraiment énorme !

A. : D’ailleurs vous avez une chanson en italien sur le dernier album

L. : Et bien c’est Paola, la chanteuse de J.C.Satàn qui chante dessus ! Personnellement c’est ma chanson préférée du disque. Paola est une sacrée chanteuse, et c’est elle qui a écrit le texte de cette chanson. On l’a invité à chanter sur un titre : nous on a composé la musique, elle a écrit le texte, l’a enregistré et nous l’a envoyé.

Les Limiñanas sur la scène du Connexion Live
Les Limiñanas sur la scène du Connexion Live — © Gaetan Ducroq pour Aparté.com

Article rédigé par François Cellier

Flâneur — Origami master — Rédac' chef bis — Chez Aparté.com depuis septembre 2013.

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