Home >> À la une >> TEMPS DE LECTURE : 3 MINUTES[Théâtre] La Mélancolie des Barbares, du rouge sur les planches

TEMPS DE LECTURE : 3 MINUTES[Théâtre] La Mélancolie des Barbares, du rouge sur les planches

Une différence entre le théâtre et la télé ? C’est simple : le premier peut produire des chocs que l’autre est incapable de suggérer. Attention : on parle ici d’un vrai coup de poing émotionnel et esthétique, qui vous fait comprendre d’une traite toute la bassesse du monde dans lequel on vit. Avec La Mélancolie des Barbares de Koffi Kwahulé, mise en scène par Sébastien Bournac et deuxième pièce du thème « Politique » au Théâtre national de Toulouse (TNT), on touche précisément à ce type de choc. Rien que du sang et des gros mots ? Le tout est beaucoup plus subtil.

Image 1La Mélancolie des Barbares est produite par la compagnie régionale Tabula Rasa – Photos Aparté.com, DR

L’action se déroule dans une cité anonyme et imaginaire, à mi-chemin entre l’Orient et l’Occident, entre l’Afrique et l’Europe. Un « Komissari » récemment promu décide de voiler sa femme, Baby Mo, pour la protéger des vices et des désirs des hommes, alors que celle-ci est éprise de Zac, jeune chef de bande charismatique. C’est en partant de ce triangle amoureux que l’auteur ivoirien Koffi Kwahulé explore les absurdités politiques et sociales d’aujourd’hui.

Interroger le monde

Chaque scène pousse le spectateur à s’interroger sur son entourage, ses mœurs et ses propres idées. Avec une habileté déconcertante, les discours des personnages de Koffi Kwahulé volent de thème en thème, et nous incitent à réfléchir tour à tour sur le port du voile, l’emprise des religions, la corruption, la pornographie et le capitalisme, qui se cache ici sous le nom de « L’Entreprise ». La pièce contient un certain nombre de temps forts, qui glacent le sang : la mise à nu – au sens littéral – d’une jeune femme sous l’œil avide d’un recruteur,  la description de la sexualité par un jeune de la bande et bien sûr le meurtre final, commis au nom de l’orgueil masculin.

Le langage est cru et les insultes fusent : si le texte est éminemment poétique, sa vocation est de heurter sans relâche le spectateur.

L’œuvre rend compte d’une société schizophrène, qui est peut-être bien la nôtre, perdue au milieu des valeurs religieuses, politiques, humaines… Une partie de la mise en scène repose d’ailleurs sur des discours parallèles et simultanés, entre plusieurs couples de personnages, qui finissent par s’entrechoquer. Le langage est cru et les insultes fusent : si le texte est éminemment poétique, sa vocation est de heurter sans relâche le spectateur, de marteler des vérités insoutenables.

Mise en scène du mal-être

Sébastien Bournac choisit une mise en scène sombre et oppressante pour traduire ce malaise social, et se sert avec finesse d’un écran géant mobile, qui tantôt nous fait voir les scènes les plus violentes du Scarface de Brian De Palma, tantôt sert de support pour un grandiose jeu d’ombres chinoises. Par ailleurs les comédiens ne montent pas ici « sur les planches »,  mais sur un étrange sable brunâtre, qui très vite souille les vêtements et la peau des personnages, comme si la saleté du monde devenait matière et recouvrait la tendre Baby Mo.

La Mélancolie des Barbares fait donc partie de ces pièces qui font tomber les masques ; nos masques, puis le masque de nos sociétés. A la fois conte exotique et essai politique, l’œuvre suit un fil tragique puissant et interpelle brutalement, de par sa contemporanéité, nos propres perceptions.

 

 

Article rédigé par Romain Becquelin

(A)parté pas si vite !

« Oka Amazonie: Une forêt habitée » s’implante au Muséum de Toulouse

Le Muséum de Toulouse consacre une nouvelle exposition sur l’Amazonie. Considérée comme le poumon vert …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *