TEMPS DE LECTURE : 5 MINUTESLe maire de la nuit, une voix pour la vie nocturne toulousaine

Toulouse est connue pour sa vie nocturne, aussi ses citoyens ne sont pas uniquement intéressés par les municipales. Zoom sur cette initiative d’élire un maire de la nuit, dans le sillage de Paris et de Nantes, à l’occasion d’une présentation du dispositif et de ses six candidats.

Christophe Vidal, maire de la nuit à Toulouse – Photos Kevin Figuier pour Carré d’info

C’est fait ! Pour un an, Christophe Vidal a été élu maire de la nuit de Toulouse le 10 novembre dernier. Parvenu à déjouer la fusion des listes de Jaack Heliot et Judie Freud, c’est avec 834 voix contre 417 pour les 2 autres listes que l’éditeur du magazine Minuit l’a emporté selon nos confrères de Carré d’Info.

La veille 1500 votants étaient attendus dans les bureaux de votes des établissements concernés (bars ou restaurants mais aussi épiceries de nuit). Au total, ils ont été 1261 votants à se déplacer lors de ce second tour.

« Donner une voix à la nuit », voilà ce qui rassemble ces personnes.

Pour éviter toute précipitation nocturne et donner les moyens à un électorat d’être en pleine «possession de ses moyens», des professions de foi des dits-candidats étaient à disposition dans les bureaux de vote. Pour éviter toute fraude, un tampon temporaire était apposé sur chaque votant,  afin qu’aucun ne puisse multiplier les preuves de son adoration pour un des candidats.

Genèse d’une élection pas comme les autres

C’est début octobre que des gérants de salles de concert, de bars, de discothèques mais aussi des étudiants comme des amoureux de la nuit, se réunissent dans le très musical Cherche Ardeur vers 19 h. Une vingtaine de personnes composent ce large panel de citoyens qui échangent et discutent afin de peaufiner les derniers détails du dispositif. « Donner une voix à la nuit », voilà ce qui rassemble ces personnes.

Lors des échanges, on apprend que « 15% de la population travaille la nuit ». Un chipotage sur les chiffres conclu par un « 15% de déclarés ! » *Rires*. L’ambiance amicale mais déterminée est au rendez-vous. En effet, il faut « prendre cela en compte de façon intelligente ». Si la ville rose a une certaine réputation festive, il s’agit bien de ne pas la perdre, mais de la conserver et de la poursuivre de manière réfléchie.

Paris, Nantes et Toulouse ne sont pas des villes privilégiées, pour un maire de la nuit, car ces dernières seraient sujettes à une insécurité plus forte que la normale.

Samuel Raymond, un des organisateur de la soirée, membre du collectif «Culture Bar-Bars» se réjouit du très bon accueil de l’initiative sur les réseaux sociaux. Ce projet, lancé le 13 septembre sur Facebook, a bien pour ambition d’écouter et de profiter au mieux de la dynamique et de l’enthousiasme des Toulousains. La demande semble en effet présente.

En octobre, lors de la mise en place du collectif pour l’élection d’un maire de la nuit au Cherche Ardeur – Photos Aparté.com, Eliot Ratinaud

Un dispositif global 100% citoyen ?

Dans les échanges, il est clarifié que la structure du maire de la nuit, ne sera en rien sélective sur la représentation de ses membre (par exemple, les bars ou établissements participants à l’initiative). Au contraire, la voix de la nuit doit être globale et c’est bien dans cet esprit que tous les présents semblent s’entendre.

Autre clarification, Paris, Nantes et Toulouse ne sont pas des villes privilégiées, pour un maire de la nuit, car ces dernières seraient sujettes à une insécurité plus forte que la normale. « Absolument pas. C’est juste les trois villes les plus réactives » clarifie Mathieu Halfen, gérant de Larsen Lupin et membre du collectif Culture Bar-Bars. La thématique figure néanmoins dans les programmes de certains candidats.

Il ne s’agit en rien d’un projet privé, mais bien d’une initiative « par les citoyens et pour les citoyens ».

Sur la durée du mandat, la question est posée de la sorte: « la nuit est un milieu qui bouge très vite » et qui pose d’autres nécessités. Après un rapide tour de table, c’est bien sur un an que les concernés se sont concertés.

Cinq des six candidats en lice à la veille de l’élection qui a consacré Christophe Vidal le 10 novembre 2013 (deuxième en partant de la gauche) – Photos Aparté.com, Eliot Ratinaud

Le collectif n’aura pas un statut légal mais se veut « 100% citoyen », avec «la même légitimité qu’une pétition » déclare un membre du projet. Il ne s’agit en rien d’un projet privé, mais bien d’une initiative « par les citoyens et pour les citoyens ». Cette absence de cadre légal ne semble pas être un frein mais bien une force, celle d’être au plus près des concernés.

Une charte de la vie nocturne

Adoptée en septembre 2011, une charte affichait déjà son ambition d’évolution, via l’enrichissement pouvant venir de tous les bords. En effet, Culture Bar-Bars avait déjà participé à l’écriture de la charte grâce à la mairie. « Cette charte a abouti aujourd’hui, sur un garde-fou entre les établissements et les riverains. […] La charte a permis à ce que l’on ne passe pas systématiquement par du ‘tout-répressif’ » précise Mathieu Halfen. Le maire de la nuit doit poursuivre dans cette voie les discussions avec les institutions dans un cadre voulu dès lors plus clair et dynamique.

« Elire un maire de la nuit c’est une très bonne chose, à partir du moment où la mairie aura une écoute sur le travail du maire de la nuit » relativise Mathieu Paquereau, co-gérant de La Loupiote, à Saint-Cyprien. De quoi prolonger, on l’espère, durablement le bon esprit festif de la ville rose.

 

 

Article rédigé par Eliot Ratinaud

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