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TEMPS DE LECTURE : 6 MINUTESEn Aparté avec… Bertrand Blier, Initials B.B.

Tout le mois de septembre, la Cinémathèque de Toulouse organise une rétrospective du réalisateur Bertrand Blier. Avec 18 films à son actif, Bertrand Blier fait partie des légendes vivantes du cinéma français. Aparté.com a eu l’immense privilège de le rencontrer. Une interview sans langue de bois.

SONY DSCBertrand Blier est l’objet d’une rétrospective tout le mois de septembre à la Cinémathèque de Toulouse – Photos Aparté.com, Kevin Figuier

Aparté.com: Avec dix-huit films à votre actif en plus de cinquante ans de carrière, de grands succès populaires comme Les Valseuses, vous êtes un des plus fameux réalisateurs français actuels. Pour commencer, qui vous a donné cette envie de réaliser ?

Bertrand Blier: J’ai toujours vécu, grâce à mon père, dans un milieu peuplé d’acteurs. De plus, lorsque j’étais jeune, on n’accordait que peu d’importance aux metteurs en scène. La Nouvelle Vague a mis sur le devant de la scène les réalisateurs. A l’âge de quinze ans, j’ai fait la rencontre du réalisateur Henri-Georges Clouzot, qui était un ami de mon père. J’ai tout de suite été fasciné par le personnage et son métier caché dans l’ombre. C’est lui qui m’a réellement donné l’envie de faire ce que je fais aujourd’hui, et ce depuis plus de cinquante ans.

Devant votre objectif sont passés les plus grands acteurs, de Patrick Dewaere à Alain Delon en passant par Jean Dujardin ou encore Gérard Depardieu. Y a-t-il un de ces acteurs avec qui vous avez eu un plaisir plus particulier à tourner ?

J’ai aimé tourner avec tous ces acteurs, puisque je les ai choisis. J’ai adoré tourner avec Patrick Dewaere, avec qui j’aurais vraiment aimé tourner plus de films… Mais celui qui a marqué mon parcours, c’est Gérard Depardieu avec qui j’ai le plus tourné d’ailleurs. Il y a aussi des acteurs avec qui j’aurais aimé tourner davantage. C’est le cas de Jean-Paul Belmondo, qui a toujours refusé de tourner pour moi, sauf dans Les Acteurs. C’est la vie.

« Ecrire pour une femme, c’est compliqué ! »

Si on regarde l’ensemble de votre œuvre on s’aperçoit que la femme tient toujours une place ambigüe. On vous a taxé de misogynie, mais au contraire, ne serait-ce pas un excès d’amour pour elle qui guide vos films ?

C’est vrai, on a dit que j’étais misogyne. On m’a beaucoup attaqué, mais j’ai beaucoup provoqué aussi. En réalité, il y a deux grandes périodes si l’on regarde mes films. La première période est clairement masculine, voire misogyne.  Les seconde, avec des films comme Trop Belle pour toi est plus féminine. Mais vous savez, écrire pour une femme, c’est compliqué ! Se lever le matin et écrire: « Ce matin je me trouve belle », ça fait dôle non ? (rires)

En restant sur cette misogyne, certains de vos films comme Calmos, donnent une image assez repoussante de la femme. Regrettez-vous certains d’entre eux ?

Calmos est un cas particulier. Le scénario me semble très bon mais le film est plutôt raté. Si c’était à refaire je m’y prendrais autrement. Particulièrement sur le plan d’ouverture du film.

« Si j’avais été un peu moins con, je serais certainement devenu écrivain »

 

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Quand vous écrivez vos scénarios, vous sentez-vous davantage réalisateur ou écrivain ?

C’est une question complexe. Pour résumer je dirais que si j’avais été un peu moins con, je serais certainement devenu écrivain. Etre écrivain, c’est avoir une liberté absolue sur son œuvre. Le cinéma dépend malheureusement de plusieurs contraintes, essentiellement économiques, qui font que vous n’êtes pas absolument libre. Quand j’écris un scénario, j’essaie de faire comme si j’écrivais un roman sans pour autant trop le charger. L’idéal serait d’écrire un roman entier pour chaque film, à l’image des Valseuses, mais une vie ne suffirait pas.

Toujours à propos de littérature, quels sont vos écrivains préférés ?

J’ai beaucoup lu dans ma jeunesse et je lis toujours beaucoup. J’ai une petite préférence pour la littérature américaine des années 1950. J’aime les grands écrivains comme Hemingway ou des auteurs de polars comme Raymond Chandler.

Et James Joyce… ?

Oh, mais Joyce c’est pour les grosses têtes ! (rires). Blague a part, j’aime beaucoup.

On connaît la passion que Michel Audiard, autre grand réalisateur, avait pour Céline. Il avait aussi pour projet d’adapter Voyage au bout de la nuit au cinéma. Ce projet vous tente-t-il à vous aussi ? 

Non pas du tout. J’adore Céline aussi mais son œuvre est trop parfaite pour être adaptée. Il y a tout dedans, c’est un film en soit ! Par contre l’idée d’adapter un classique me plaît. Pourquoi ne pas adapter un Flaubert ou un Maupassant, qui se plieraient plus facilement à l’écriture cinématographique.

« Il n’y a rien de plus excitant à l’écran que de voir un mec qui se fait traiter d’enculé dans la rue ! »

Revenons au cinéma. Y a-t-il un sentiment qui vous semble plus « filmogénique » que les autres ?

La méchanceté ! C’est le sentiment qui passe le mieux sur les écrans. Il n’y a rien de plus excitant à l’écran que voir un mec qui se fait traiter d’enculé dans la rue ! (rires) Tout de suite on est dans le bain. J’aime bien dans mes films faire intervenir un élément perturbateur qui remet tout en cause. La méchanceté fait avancer un film, elle le fait bouger ! En gros, il faut que ça cogne !

Justement, dans le monde du cinéma est-ce que tout le monde s’aime ou est-ce que ça cogne parfois ?

Tout le monde s’aime évidement (rires). Moi maintenant, partout où je vais, chez Drucker, chez Ardisson, je pratique la langue de bois, comme Raffarin (rires).

L’an dernier vous étiez déjà venu à Toulouse pour le festival de Groland. Ils reviennent cette année, avez-vous un mot à leur adresser ?

J’aime beaucoup ce que fait toute l’équipe de Groland, j’ai d’ailleurs été président du festival à Toulouse l’an dernier. J’ai aussi vu les films de Delépine et de Kervern…

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Comment les trouvez-vous ?

Mammuth par exemple est un bon film. Mais comme je leur ai dit, c’est un film de feignants (rires). Je les aime bien mais ils ne bossent pas assez sur leurs films et c’est dommage. Ils sont restés en 1968. En plus j’ai pas beaucoup vu Kervern ces derniers temps. Bof, il devait certainement être en train de se pochtronner (rires).

Propos recueillis par Yoann Solirenne

Article rédigé par Yoann Solirenne

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