TEMPS DE LECTURE : 3 MINUTESJoven y Alocada, sexe 2.0 en terres évangélistes

Pop et audacieux, Joven y Alocada, deuxième long-métrage de la chilienne Marialy Rivas met à l’écran les questionnements d’une adolescente sur le sexe, Internet et la religion. Un film adapté d’une histoire vraie qui a connu un enthousiasme salvateur dès sa sortie en 2012 outre-Atlantique avec le prix Sundance du meilleur scénario. Regards.

Une famille évangéliste des plus orthodoxes, leur fille Daniela, – interprétée par Alicia Rodríguez -, 17 ans très active sexuellement, et son blog. Cocktail explosif et tragicomique sur fond de libération des mœurs de la jeunesse chilienne, Joven y Alocada porte à l’écran avec beaucoup de réussite l’adolescence pleine de contradictions de celle qui anime toujours aujourd’hui sans tabou le blog éponyme sur la toile chilienne. Une réalisation pleine d’humour, cohérente jusqu’au bout qui n’hésite pas à déconstruire les paradoxes d’un obscurantisme religieux régressif.

L’évangile des Amazones

D’abord expulsée de son lycée pour « fornication », Daniela est tout au long du film malmenée par sa mère-espion choquée par les habitudes peu catholiques de sa fille. De fil en aiguille, elle sera amenée à retrouver le chemin du salut en travaillant notamment pour un canal TV évangéliste, où hélas elle rencontrera Tomás (Felipe Pinto), « le fils de Dieu », qu’elle persuadera de coucher avant le mariage, mais aussi Antonia (María Gracia Omegna) cameraman lesbienne et athée pour qui son coeur balance également. Pour pimenter le tout, sa tante souffre d’un cancer incurable, sa soeur a été reniée par sa mère pour des raisons similaires aux siennes et Daniela tentera en vain de « ressusciter » via son baptême alors que ses attirances sexuelles restent inconciliables avec sa tradition religieuse.

En Aparté avec… Marialy Rivas, réalisatrice

Au fond, le film explore avec désinvolture et beaucoup de dérision l’entreprise de contrôle social que tentent d’exercer à nouveau les Eglises évangéliques sur une société chilienne, et sudaméricaine par extension, dont les jeunes générations se défont peu à peu. Ce que Joven y Alocada montre très bien d’ailleurs, c’est le rôle de l’Internet dans cette libération de la parole et notamment de la parole sexuelle sans tabou aucun. A tout ça s’ajoute une acceptation beaucoup plus importante parmi les jeunes générations, au Chili, de la bisexualité et de l’homosexualité et ce alors que la société reste en grande partie conservatrice à ce sujet. La finesse du scénario est donc bien de montrer toute la complexité, les contradictions qui travaillent des communautés marquées par la foi, la postmodernité ou encore la mondialisation.

La direction artistique et l’esthétique sont d’ailleurs les points forts du film avec une ligne éditoriale vraiment originale qui reprend à son compte les éléments de langage de l’ère du blogging. Couleurs, typographies, insertion d’images tout est là pour rappeler l’univers 2.0 de Joven y Alocada qui reste un blog très suivi encore aujourd’hui. D’ailleurs le ton dans l’ensemble se veut pop, cosmique et caustique avec des pénis-papillons, des vagins en flamme, un vocabulaire cru et décomplexé et beaucoup de scènes de sexe. Ce qui fait d’ailleurs passer la pilule du puritanisme ambiant des personnages.

Bande-annonce de Joven y Alocada (2012):

Article rédigé par Florian Bardou

(A)parté pas si vite !

Déconfinement: masque obligatoire, barrage filtrant et gel désinfectant dans les transports à Toulouse

[Publication: 07/05/20. MàJ 15/05/20: avec les précisions du président de Tisséo-Collectivités sur la distribution de …