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TEMPS DE LECTURE : 5 MINUTESEn Aparté avec… Marialy Rivas, réalisatrice

Originaire du centre du Chili, sur la côté Pacifique, Marialy Rivas est depuis quelques années déjà une jeune réalisatrice confirmée du continent sud américain. Son dernier film Joven y Alocada, pour lequel elle a remporté le Sundance 2012 du meilleur scénario, était en compétition dans la catégorie fiction de cette 25ème édition du Cinélatino. L’occasion de rencontrer cette pourfendeuse convaincue des dogmes religieux. Interview.

Aparté.com : Comment en es-tu arrivée à réaliser ton film Joven y Alocada?

Maryali Rivas : A l’origine, c’était un blog que je suivais. En 2006, le Chili est devenu le premier pays au monde avec le plus de blogs. C’était avant Facebook et Twitter et tout était anonyme. Il y avait cette fille qui s’appelait Joven y Alocada qui parlait soit de sexe de façon très explicite, soit de son enfance religieuse avec beaucoup de tendresse et beaucoup d’humour. Je la lisais et me demandais si c’était vrai, si ce n’était pas un mensonge, une invention, s’il n’y avait pas plusieurs personnes derrière. Je l’ai suivie longtemps et c’est devenu systématique. Sur les réseaux sociaux, elle avait beaucoup de followers, je lui ai envoyé un mail, et lui ai dit que j’avais envie de travailler avec elle. On a pris un café et je lui ai dit que je voulais faire un film de son histoire, elle a accepté, et voilà.

Au fond, qu’est ce qui t’as le plus motivé à tourner ce film donc ?

Ce qui me plaisait, c’est que c’était une personne qui montrait sa fracture aux yeux de tous. Une personne qui à la fois déclare ne pas croire en Dieu, mais qui a peur de l’enfer. Du coup ce sont ses contradictions comme le fait d’aimer les femmes et les hommes, quelqu’un dont la nature est contradictoire, qui m’intéressent. Cette fracture, je voulais la montrer aussi librement qu’elle le fait.

Comment as-tu choisi les différents acteurs ?

J’avais vu Alicia, le personnage principal, dans Navidad, un film de Sebastian Lelio qui a été présenté à Cannes en 2009. Dans ce film, Alicia avait 15 ans. Sa force à l’écran m’a beaucoup interpellée. Alicia incarne tout ce côté mystérieux nécessaire au personnage. A partir d’elle, j’ai appelé tout le reste du casting.

« Je crois que la recherche d’identité est quelque chose de nécessaire, et que la religion opprime cette recherche d’identité »

Est-ce que tu t’identifies au personnage de Daniela dans Joven y Alocada ?

Moi ? Non. Je suis beaucoup plus calme. Je suis plus comme Antonia – ndlr : un autre personnage du film-, je dirais.

Hier, tu parlais d’identité et de sexualité, tu disais que c’était des thèmes importants pour toi. Pourquoi ?

Pour moi, dans la société patriarcale dans laquelle nous vivons, l’identité féminine a toujours été définie par ce qu’espèrent l’homme et « Dieu » d’une femme. Je crois que la recherche d’identité est quelque chose de nécessaire, et que la religion opprime cette recherche d’identité. Ce sont des thèmes qui me paraissent tous intéressants.

Dans ce film, tu montres l’importance d’Internet dans nos relations avec les autres. Est-ce que tu penses que ça a joué un rôle dans la libération sexuelle et homosexuelle ?

Je crois que ce sont des outils, que les interactions entre personnes sont restées essentiellement les mêmes. C’est le champ des interactions qui s’étend un peu plus seulement. Rien n’a changé : les gens veulent se connecter avec les autres, coucher avec d’autres personnes, etc. La nature des relations est la même.

Mais par exemple au Chili où l’homosexualité est plus tabou, tu ne penses pas qu’Internet a joué un rôle ?

Je pense que ce moment est déjà révolu parce que par exemple sur Facebook, les gens ont leurs vrais noms et les ados qui postent sur la page du film sont très libres. Ils nous racontent leurs aventures sexuelles et le reste les importe peu.

« Ce que je cherchais, c’était refléter la culture dans laquelle on s’embarquait : la culture Internet. »

Comment est-ce que tu caractériserais ton film ?

Pop. C’est comme le mélange de milliers de styles. Ce que je cherchais, c’était refléter la culture dans laquelle on s’embarquait : la culture Internet. Du coup, on a beaucoup travaillé avec notre graphiste, on a utilisé des couleurs comme le majenta, le cyan, etc. C’est un film qui est aussi interrompu par des images hasardeuses mais toujours selon la même ligne éditoriale. C’est très pop. On voulait montrer notre vision de l’Internet. Du coup, on a commencé à travailler à partir de la première image qui nous a plu : un pénis violet en train de flotter dans les airs comme un papillon qu’on aurait accroché là. C’est abstrait, mais à la fois graphique et très explicite. C’est à partir de ça qu’on a construit la ligne éditoriale graphique.

Tu as d’autres projets en cours ?

Je vais tourner en octobre mon prochain film qui s’appelle La Princesita, – ndlr : La petite princesse – et qui est aussi basé sur une histoire réelle d’une petite fille de onze ans qui a grandi dans une secte qui croyait au retour du messie et à la fin du monde.

J’ai constaté que la religion était omniprésente dans tes films…

Oui. Je crois que les religions sont un frein à toutes les avancées, surtout les avancées féminines. C’est un moyen de contrôle très intelligent qui est plus nuancé dans nos sociétés judéo-chrétiennes aujourd’hui, mais terrible dans d’autres cultures. Du coup, je crois qu’il faut combattre tout ça (rires)… C’est la vérité. Ça suffit! Ça suffit qu’au Chili on nous dise que les homosexuels ne peuvent pas se marier parce que la Bible le dit. On dirait une conversation de gamins de 4 ans dans un jardin d’enfant. N’importe quelle personne un peu intelligente devrait dire que cet argument est une annêrie, qu’il faut élever le niveau de la discussion.

Retrouvez la critique du film par ici.

Photos: © Florian Bardou

Article rédigé par Florian Bardou

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