TEMPS DE LECTURE : 5 MINUTESFrederick Lejeune, portrait d’un photographe humaniste

Photographe humaniste et père de deux filles à qui toute son œuvre est destinée, Frederick Lejeune, est un de ces photographes un peu hors du commun, que l’on ne pourrait se lasser d’écouter parler de sa passion. Baigné dans l’univers de l’image depuis toujours,  cela ne fait pourtant que 5 ans qu’il est passé du côté professionnel.

©Martin Clément, Frederick Lejeune

Influencé par Cartier Bresson, Kapa, Ronis et Doisneau, Frederick se veut engagé et profondément humaniste dans ses choix artistiques. Dans un marché plus que concurrentiel (près de 3000 photographes rien que sur Toulouse), Fred a fait le choix d’une liberté artistique totale. Et ce, à travers des projets recherchés, parfois durs, moins faciles d’accès que d’autres.

« La photographie de mode, je trouve ça trop lisse, superficiel. Cela peut être magnifique, c’est vrai, mais il faut aimer ça, sortir des sentiers battus… cela ne m’apporte rien en émotion, ce n’est qu’esthétique. Mais tout comme le hardeux n’aime pas le hip-hop, il n’en reste pas moins que les deux veulent faire la même chose : s’exprimer, par la musique».

Membre du collectif de photographe à Toulouse « Poussière d’images », l’associatif et le travail avec d’autres artistes, ayant chacun son domaine d’excellence (la mode, l’architecture, les photos de soirée…) lui est cher. Il n’en reste que Fred préfère se cantonner à ce qu’il aime, son domaine d’expertise à lui : photographier l’Homme, ses facettes des plus claires aux plus obscures, quitte à devoir vivre d’un boulot alimentaire à côté.

Parti de la scène de vie comme sujet de photographie, ses projets s’ensuivent et évoluent.

« Qu’il s’agisse de clichés sur des tranches de vie, le quotidien, mis bouts à bouts, ils retracent l’itinéraire d’un voyageur de l’âme. Chaque protagoniste pris dans son individualité, nous raconte une histoire comme si elle était nôtre. »

L’humain étant au cœur de son art, la photographie est un moyen d’exutoire et d’émancipation. Elle puise sa force dans l’être et le mal être de tout un chacun, dans les expériences et les émotions, aussi dures soient-elles. Et s’il se considère parfois comme photographe de mariage, alors que beaucoup le font à titre alimentaire, lui revendique le faire par passion.

« J’y trouve toutes les émotions, les rapports humains que l’on peut avoir dans notre société. J’adore prendre en photos tant les pleurs que les rires… »

Ce qu’il préfère ? Les photos qui racontent une histoire, et le font pleurer.

« C’est propre à chacun… Celles qui racontent le plus d’histoire, me transportent et me rappellent le plus de choses, ce sont celle qui m’atteignent, me donnent le plus d’émotions possibles. Et si je fait de la photographie, c’est aussi pour ça : faire passer quelque chose, aussi dur que cela puisse être, mais le partager… »

©Frederick Lejeune

Ce qui le rend le plus heureux, c’est lorsque un visiteur lui raconte ce qu’il voit dans ses photos, et saisit ce que Fred voulait partager.

« Cela ne m’est arrivé qu’une fois: un homme a su me raconter l’histoire de cette chaise bleue, installée sur un ponton, très forte de sens pour moi… il a réussi à m’en faire mouiller les yeux. J’ai dû lui offrir un cadeau… »

Le partage étant finalement au cœur de son art, il aime écouter le ressenti des gens sur ses photos, autant qu’il s’y dévoile lui-même.

Véritable électron libre, Frederick ne cherche pas à plaire mais à partager sa sensibilité, sa vision de ce qui l’entoure, de la société et des gens « Parce que j’aime les gens, et quand je les aime pas, je veux savoir pourquoi ». La difficulté étant que certains de ses travaux dérangent et heurtent parfois les sensibilités. Lors de son exposition éphémère « Dualité » à l’abbaye de Eaune, les élus furent ainsi très frileux à l’idée de faire exposer un thème aussi difficile que celui de l’inconscient, de la part obscure de nos âmes.

« J’ai voulu figer ce qui nous fait mal en nous, le faire sortir du corps pour à la fin le tuer. »

Quelque peu délicat… Mais finalement, l’impact est bien là. Atteindre les émotions, la sensibilité de son public, c’est aussi toute l’intention de l’artiste.
Ainsi, son œuvre « Dualité » rassemble-t-elle près de 40 photos, dont seules 15 ont été exposées au Connexion, à l’occasion de la X-Arts (organisée par Aparté).

« Je voulais qu’elles aient un effet « brut », tout au contraire d’une photo qu’on qualifierait de lisse ou « propre » finalement superficielle. »

L’exposition « Dualité » : une mise à nue de l’âme où apparaît, telle une double personnalité, un être flou et obscur. Un être blessant tant le monde extérieur que la personne elle-même. Et c’est autant de photographies qui sont accompagnées des mots de l’auteur Macha Seruoff, donnant à ses clichés d’autant plus de force et d’impact. A découvrir.

Liens vers:

Son site internet
« Dualité » (expo à l’abbaye de Eaune)
« Alone in the city » (projet en cours)
Mariages

 

©Martin Clément / Expo "Dualité" (X-Arts, Connexion, 21/02/13)

 

Article rédigé par Célia Coudret

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