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TEMPS DE LECTURE : 7 MINUTESSaint-Cyprien, un quartier au fil de l’eau

Situé sur la rive gauche de la Garonne, Saint-Cyprien possède une histoire unique. Tout à l’Est, les allées Charles-de-Fitte le séparent du quartier Patte d’Oie. A l’Ouest, la Garonne et les quais délimitent sa frontière naturelle. Partons à la découverte de ce quartier dont les sources nous font remonter jusqu’au XIIe siècle.

 

Mais qui était Saint-Cyprien ? Il existe plusieurs saints qui portent ce nom. Mais dans ce cas, il serait plus probable de parler de Cyprien, abbé né vers 530. Il est connu pour avoir, tout au long du Ve siècle, prodigué des soins aux malades, notamment au monastère de Genouillac dans le Périgord fondé par son ami Sorus vers 585. Saint-Cyprien symbolise ainsi la bonté et le soin.

 

Les premières traces du quartier dans l’histoire

Ce n’est en effet qu’à partir du XIIe siècle que le nom de Saint-Cyprien fera son apparition. Longtemps délaissée, la rive gauche de Toulouse fut reliée au reste de la ville au milieu du XIIe siècle par le pont de la Daurade, qui sera détruit en 1639 quelques temps après la construction de l’actuel Pont-Neuf. En enjambant la Garonne, le pont de la Daurade a permis d’ouvrir plus aisément les routes pour la Gascogne.

À la place de l’hôtel-Dieu actuel, se trouvait un petit hôpital du nom de Sainte-Marie. Non loin de là, l’hospice de La Grave était déjà sur pied. Enfin, on pouvait se rendre dans la chapelle Saint-Cyprien, qui donna son nom au quartier.

 

« Magasins exotiques, bars, restaurants et marché lui donnent une fraîcheur populaire qui ne trahit pas son passé »

 

Peu à peu, la population de la rive droite vint s’installer dans le prolongement de ce fameux pont de la Daurade. Les voyageurs en direction de la Gascogne s’arrêtaient de temps à autre dans ce nouveau quartier afin de se ravitailler, avant qu’ils ne quittent définitivement la ville.

Ainsi, c’est véritablement au début du XIIIe siècle que Saint-Cyprien va prendre l’envergure d’un quartier comme les autres.



Au fil des siècles

Au XIIe siècle, Saint-Cyprien est encore un quartier en plein essor, qui ne possède pas encore de fortifications. Ainsi, en 1211, Simon de Montfort arrivant de Carcassonne afin d’assiéger Toulouse sous le contrôle de Raymond VI, se heurte avec les armées des comtes de Toulouse, de Foix et du Comminges. Il va alors contourner la ville et y entrer par le quartier sans défenses de Saint-Cyprien. Il parviendra ainsi à mettre le siège durant deux semaines.

Ainsi, au XIVe siècle, on va ériger des fortifications qui seront renforcées de onze tours au XVIe siècle. On en retrouve encore aujourd’hui des traces dans le mur de clôture de l’hôpital La Grave ainsi que le long des allées Charles-de-Fitte.

 

Quartier Saint-Cyprien ?  Un vaste marais urbain

Au XVe siècle on va commencer à bâtir des monuments dans le quartier comme l’église Saint-Nicolas dont le clocher octogonal est la reproduction à échelle réduite de celui de la basilique Saint-Sernin.

En 1632, certaines constructions se font vieilles. C’est le cas du pont de la Daurade qui va être détruit au profit du pont-Neuf. Pour la petite anecdote, en 1659, Louis XIV vint en personne inaugurer l’œuvre architecturale.

Au XVIIIe siècle, Toulouse va connaître de grands travaux d’embellissement. En 1764, l’architecte Joseph-Marie de Saget et charger de construire une porte monumentale avec une cours intérieure, la place Saint-Cyprien. La porte fut construite et donnait sur l’actuelle rue de la République. Dans le même temps, Saget emménage les bords de Garonne et fait construire le quai des Ormes, l’actuel cours Dillon. Une immense grille de fer forgée fut bâtie pour fermer le cours du côté de la place du Fer-à-Cheval. On peut la voir aujourd’hui au Grand-Rond.

Un peu plus tard, vers 1821, la Garonne à besoin d’un «grand nettoyage». On va alors installer des filtres destinés à épurer l’eau envoyée par la suite au flambant neuf Château d’eau. Le romantique cours Dillon surplombe désormais la nouvelle «Prairie des Filtres».

Ainsi, depuis le milieu du XIXe siècle, le quartier de Saint-Cyprien n’a quasiment pas bougé.

Durant toute son histoire, le quartier a accueilli des personnes issues de milieux modestes : pauvres, immigrés, malades, parias. Tous étaient rejetés du centre-ville. C’est ainsi que Saint-Cyprien devint un quartier populaire, au sens noble du terme, une terre d’asile.

 

Gare à la crue !

 La Rive Gauche possède un lourd handicap qui lui a causé de nombreux dégâts. Elle est de dix mètres plus basse que sa voisine d’en face. Ainsi, lorsque la Garonne monte, elle déverse son trop plein dans le quartier de Saint-Cyprien.

« Au Moyen-Âge, le mystique Hôpital La Grave servait de terrain d’accueil aux pestiférés, qui venaient y mourir »

Les annales toulousaines ont gardé en mémoire de nombreuses catastrophes qui transformèrent Saint-Cyprien en un vaste marais urbain. Dans cette mer intérieure, flottaient des bêtes noyées, des meubles emportés et même des maisons vagabondes. Depuis le XVIIe siècle, on dénombre plus de six inondations, qui à chaque fois ravagèrent les lieux. La dernière date de 1875. Elle emporta au passage le pont Saint-Pierre. À Saint-Cyprien, l’eau monta jusqu’à quatre mètres de hauteur, faisant plusieurs centaines de victimes.

Ce n’est qu’en 1955 que fut mise en place une importante protection qui permit de contenir les eaux de la Garonne dans leur lit.

 

L’Hôpital La Grave, lieu mystique

Durant le Moyen-âge, l’hôpital servit de terrain d’accueil aux pestiférés, qui venaient mourir ici loin de la ville (il n’y avait pas encore de pont). Il fut construit en 1197, à côté d’un autre hôpital.

Au début du XVIe siècle, le nombre de pestiférés augmente. On se met alors à bâtir un mur qui les sépare des autres malades. Mais ils vont être de plus en plus nombreux. On va alors réquisitionner la tour Taillefer, dans l’actuel jardin des abattoirs et entasser les malades.

Au milieu du XVIIe siècle, prostituées, mendiants et fous à liés rejoignent gentiment les pestiférés qui, par leurs souffles moites, vont contaminer tout l’hôpital. En 1629, tous les patients meurent de la peste. Jusque là, l’hôpital porte le nom de Saint-Sébastien.

En 1647, l’hôpital décide de se faire une nouvelle beauté et soigne toutes les sortes de maladies. Il prend le nom de La Grave. Jusqu’au début du XIXe siècle, il accueille tant bien que mal les malades. Manquant de places, il est quasiment toujours saturé.

Mais au lendemain de la Révolution, l’hôpital La Grave annexe des locaux militaires voisins et devient le plus grand établissement de soins de la ville de Toulouse.

Aujourd’hui, il est devenu un lieu touristique de la ville. On s’y arrête pour admirer sa coupole. Elle fut bâtie entre 1832 et 1846. D’abord en briques, le dôme qui culmine à 67 mètres de hauteur fut en 1935 remplacé par une construction en bois recouverte de feuilles de cuivre.

Façade de l’Hôpital La Grave aujourd’hui © Aparté.com

 

Saint-Cyp’ aujourd’hui

Le quartier aujourd’hui est toujours fidèle à son histoire. C’est un quartier populaire qui regroupe une population variée, venue de divers horizons. Quartier cosmopolite, ses magasins afros et exotiques, ses bars, ses restaurants, son marché lui donnent une fraîcheur populaire qui ne trahit pas son passé.

Article rédigé par Yoann Solirenne

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