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TEMPS DE LECTURE : 5 MINUTESLe Point Aparté: De Spanghero à MasterChef, la surmédiatisation des petits plats

Au-delà de la malbouffe ou des récents scandales alimentaires, nos assiettes ne prendraient-elles pas trop de place dans les médias aujourd’hui? L’hyper-médiatisation de l’alimentation et des petits plats, c’est la question de notre Point Aparté aujourd’hui.

Alors qu’avant on ne trouvait que Bon Appétit bien sûr avec Joël Robuchon sur France3 ou La cuisine des mousquetaires avec Maité, aujourd’hui on assiste à une véritable sur-médiatisation de l’alimentation: dans la pub ventant le light, les produits énergisants, ceux du terroir et j’en passe ; dans les émissions TV (MasterChef & TopChef sur TF1, Mixeur sur TV5 ou encore Fourchettes et Sac à dos sur Arte) ; les cuistots devenus stars de plateaux et qui posent pour GQ, etc. Sans oublier la délicieuse télé-réalité où la préparation du repas est totalement mise en scène. On pense de suite à Un dîner presque parfait sur M6 ou Cauchemar en cuisine.

Et la cuisine déborde aussi sur Internet, comme sur le super réseau social des recettes de cuisine Marmiton, pour ne citer que lui. Elle devient source de sujet piqué au vif et engagé dans le docu-ciné, avec entre autres Super Size Me en 2004 de Morgan Spurlock – traduit d’ailleurs par malbouffe à l’américaine au Québec.

« Alimentaire, mon cher Watson! »

De la malbouffe à l’obésité et l’anorexie, pour les problèmes de santé qui y sont liés, en passant par la chimie alimentaire et à la vague bio, les reportages et émissions spéciales foisonnent sur les scandales alimentaires, qui font très vite le cœur de l’actu média – vache folle, grippe aviaire, le lait contaminé en Chine, le concombre espagnol de l’année dernière, le bœuf chevalin roumain de Spanghero aujourd’hui, etc.

Et pour faire la parenthèse, ce scandale de la viande de bœuf chevaline rappelle forcément de mauvais souvenirs… C’est depuis la série de scandales sanitaires dans les pays riches dans les années 1990 – 1997 pour la vache folle – que la méfiance vis-à-vis de la production industrielle, et chimique dans l’agroalimentaire est à son comble.

Suite au scandale de la vache folle : place au principe de précaution (pour les maladies émergentes par exemple). Principe qui apparaît dans le droit français à la fin des années 1990, et s’élargit d’ailleurs vers l’économie. C’est en fait interdire pour se protéger, dans une logique sécuritaire : Celle de la protection de son corps vis-à-vis du monde extérieur, par la création de normes strictes.

La grande messe culinaire

Mais pour en revenir à l’hyper présence médiatico-culinaire, elle ne progresse que parce que le public en redemande. Show culinaire et gastronomie du spectacle, pour des Français ne sachant plus cuisiner mais devenus obsédés par la cuisine.

Le philosophe Robert Redecker a, il y a près d’un an, publié une tribune dans Le Monde : « La cuisine dénaturée par sa sur-médiatisation ». Il y dénonce: « La télévision (qui) harponne l’art culinaire avec deux schémas éprouvés : celui de la télé-réalité et celui du sport ». La plupart des programmes combinant ces deux approches : la compétition sportive entre « vrais gens ».

Et d’ajouter que par ces émissions de cuisine d’un style nouveau, dérivées de la télé-réalité : « la télévision trahit la cuisine dont l’essence réside dans le don, cette grâce, cette gratuité qui soude la convivialité ». Mais plus intéressant encore, il rappelle que : «  La religion fondait l’identité d’une civilisation. Son inscription dans le « patrimoine » a aussi signé sa mort. Aujourd’hui, alors que la cuisine française est entrée dans le patrimoine mondial de l’Unesco, elle est devenu le substitue de la religion. L’identité d’une civilisation, ce n’est plus sa religion, c’est sa cuisine ».

Illusion donc de communication avec toute une civilisation autours de recettes, de plats sur la table… Situation extravagante symptôme d’une société malade – malade d’ailleurs de la Junk Food servie tous les jours en deux-deux. Parce qu’en réalité, on n’a plus le temps, et plus l’argent. Et au-delà du Mcdo et des autres, aujourd’hui ce ne sont plus les riches qui prennent du poids, ce sont les catégories les moins aisées, devant se rabattre sur de la nourriture bon marché, modifiée, à coups de plats tout-faits, et finalement mauvais pour la santé. D’ailleurs, ce ne sont pas les morceaux de viandes protégés par un cadenas dans le supermarché qui posent problème,  mais bien ces plats préfabriqués et peu chers, dans lesquels le bœuf s’est révélé être en fait du cheval. Inégalités sociales, inégalité dans la qualité alimentaire donc. Mais retour important sur les valeurs de qualité alimentaire dans les médias.

La TV reflète finalement un besoin pour la société de bien manger et de prendre du plaisir autour d’une table. Pour le chroniqueur gastronomique Julien Tort en réponse au philosophe Redecker dans un billet sur Atlantico : « Manger, et bien manger, c’est s’ancrer dans un besoin fondamental et dans un plaisir dont la réalité n’est pas entièrement sociale et construite ».

L’hyperprésence de la bonne bouffe dans les médias est alors une simple réponse à un besoin latent de la société, et une réaction à un environnement vécu de plus en plus comme dangereux. A la recherche de la cuisine perdue, ou du besoin d’un retour aux sources, les français et ses médias ne joueraient-ils pas, finalement, sur une vague de résistance face à une époque de crise, sans repères ?

Article issu de la chronique radio Le Point Aparté (émission LebbadShoww sur Campus FM)

 

 

 

Article rédigé par Célia Coudret

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