À la une | En Aparté avec | par Célia Coudret | le 07 février 2013  

© Martin Clément, Iphaze: Toch (Sequencer, Sampler, Video, Graphics) & Mika (Electronic Drums)

Avec de plus de 200 dates à leur actif, 3 albums et un dvd, le groupe fête en avril prochain ses 5 ans d’existence, lors d’une soirée concert au Bikini. Le groupe investira la salle et présentera pour la première fois leur nouvelle scénographie, qui risque de ne laisser ni son public ni le Bikini indemne.

Né de la rencontre entre Michael Piaser (Mika) et Patrice Cadiou (Toch)  en décembre 2007, IPHAZE se distingue par son projet : l’interactivité son/vidéo dans des thèmes sociétaux engagés. Plus qu’un simple concert, le duo amène chaque fois son public à vivre une véritable expérience, à la fois visuelle et sonore. Le groupe produit un son hybride explosif : de la DubnBass, une fusion dub-électro entre rythmes effrénés et rêves éveillés.

5 ans donc que le groupe, désormais toulousain, occupe une belle place sur la scène alternative, l’occasion de les rencontrer semble être dès lors plus qu’appropriée. On allume une cigarette, on baisse le volume et les basses, on s’enfonce un peu dans le canapé. Interview.


Aparté.com: Commençons par le commencement : musicalement, d’où vient chacun d’entre vous ?

Mika : À la base, moi c’est plutôt rock/métal, mais après cela reste totalement éclectique.

Toch : Moi ce serait plutôt le reggae à la base. Je me suis aussi essayé au métal, ce genre de chose, mais j’ai pas accroché plus que ça. J’ai très tôt tourné et suis passé au Dub en 1998 en tant que guitariste dans un groupe, puis je suis passé aux machines. Chacun s’est épanoui dans un style musical différent, et je me suis lancé dans un projet perso avec un vidéaste. J’ai retrouvé Mika et c’est là que le terme « Iphaze » a pris tout son sens.

Et comment en êtes vous arrivés à ce que vous appelez la « dubnbass » ?

Mika : C’est une fusion des genres.

Toch : C’est un style qui existe déjà en Angleterre, ce n’est pas non plus quelque chose de nouveau. Le dub, né dans les années 1960 en Jamaïque est arrivé en France au début des années 1970 avec Gainsbourg, etc. Il faut comprendre cela pour voir qu’on est au bout d’une arborescence, et avec des machines électroniques. Ce dub, nous on fait du dubnbass parce qu’on le mélange avec de la drumnbass.

Mika : Puis il y a des touches de dubstep, de drumstep…

D’ailleurs, le dubstep, on l’entend plus dans le dernier album « Bloodshot »…

Toch : Au fur et à mesure des dates, on a vu que le public attendait une seule chose, c’est que ça bouge. Il ne veut plus tant de smooth, de lourding… Au début, il l’acceptait, aujourd’hui il en redemande. Il y a moyen d’y avoir une bonne énergie dans ce style musical et c’est ce qu’on exploite. 

Mika : On est parti d’un album très dub, pour progresser selon les affinités et l’évolution musicale. Mais là on voulait que ça aille plus vite.

Toch :  Parce qu’on a pris goût au jump aussi: l’excitation, le massif… Autant nous avons eu un public plus attentif, qui ne bougeait pas forcément mais qui était là, autant aujourd’hui on prend clairement plus notre pied quand c’est le bordel dans le public.

Question image, comment définiriez-vous votre univers visuel (graphisme de Toch mais aussi clip-dessin animés, film- et v’jing)?

Toch : Le fil rouge reste l’engagement, il y a toujours un message, pas des choses abstraites ou contemporaines. Après il n’y a pas non plus d’univers définis dans le style graphique, on varie les types d’animations, le genre d’images.  Après toutes ces images, aussi différentes soient elles, sont synchronisées avec les samples, la rythmique, le son… Ce qu’on veut c’est faire passer un message en créant quelque chose, une émotion chez l’individu qui nous regarde et nous écoute.

A travers le message que l’on tente de faire passer, l’énergie, les fréquences… On veut l’attraper et l’emmener avec nous. Le but du jeu, c’est que le temps s’arrête, que plus rien ne se passe autour de lui. (Toch)

Retour sur la musique, vous avez toujours été au croisement de différents genres musicaux, mais avez-vous l’impression que de nouvelles choses vous inspirent ?

Mika : Il y a bien des artistes qui nous inspirent, mais c’est d’abord techniquement que nous allons trouver de nouvelles influences. Que ce soient de nouvelles techniques, de nouvelles approches musicales, de nouveaux logiciels informatiques, etc. On fait en sorte de les maîtriser, pour apporter de nouveaux timbres dans le son.

Toch : Aujourd’hui ce qu’on fait est peut être plus riche puisque nous avons appris à plus mêler les sons. Et ce mélange n’est pas plus riche parce qu’il y a plus d’informations, mais parce que la qualité du son est meilleure.

L’EP qui arrive est dans la même énergie, quoiqu’un peu plus « fat » : je préfère prévenir ceux qui prendront devant la scène.

Si je devais citer un artiste qui m’inspire actuellement et que j’écoute beaucoup, ce serait Matta, dont j’apprécie tant les productions que la qualité des sons. En fait, j’écoute beaucoup d’anglais en ce moment, très orientés dubstep effectivement. J’attends aussi avec impatience, en mars, l’album de Woodkid : un producteur de génie qui arrive à mêler toutes ces techniques de basses que j’adore avec du cuivre, etc. C’est pour moi un artiste de la nouvelle génération qui va tout exploser.

Mika : Moi ce serait plutôt Chantal Goya et Francis Cabrel… (Ok) Non, mais par contre il y a Skrillex, Pendulum… Tous les classiques. Puis parfois, on ne va rien écouter, histoire de se faire du bien aux oreilles : laisser les choses à plat, pour revenir avec une oreille un peu plus fraîche.

© Martin Clément, Iphaze

Vous parliez de messages… Mais finalement, quelles seraient les valeurs que vous voudriez transmettre à travers votre musique et vos performances?

Toch : Avant de parler de valeurs, on parlerait plutôt d’une façon d’être. Lorsqu’on croise d’autres groupes, qu’on regarde comment évolue la scène, les genres musicaux qui se croisent, nous on serait plutôt du côté punk. Il faut voir ce que sont les valeurs du punk pour comprendre lesquelles sont les nôtres.

Mika : Pour moi, rester à l’égal de ce qu’on est, c’est une valeur. Ce n’est pas parce qu’on peut jouer devant plus de 2000 personnes qu’on doit nous starifier. L’essentiel est dans le fait de rester simple, et ne pas se prendre la tête.

S’il est une question d’actualité ou plus largement de société qui vous dérange ou vous interpelle ces derniers temps, laquelle serait-elle?

Toch : Il y en a beaucoup… Mais ces derniers temps je m’étais vraiment penché sur la question de l’homophobie. Si j’avais su que ça prendrait un tel engouement avec cette question du mariage homosexuel ! Maintenant que le nouveau gouvernement a fait ce projet de loi, cela épaissit d’autant plus ce projet. Cela fait un moment que je veux travailler sur l’homosexualité, pas forcément sur ces histoires de mariage etc. D’ailleurs, le mariage en soi, je n’en pense pas que du bien. Mais voilà, on est en 2013 et il y a encore des cathos pour empêcher le mariage entre homos.

Toch : D’ailleurs, à travers mes recherches j’ai découvert qu’au XVIIème siècle en Angleterre, les homosexuels, on les enterrait vivant. A la même période en France, on les décapitait… Que des choses atroces. Et ce n’est qu’au XXème siècle, et encore dans sa deuxième partie, que cela a commencé à devenir moins tabou, grâce à des mouvements très engagés.

Mika : On est en 2013, et je ne comprends pas que ce soit toujours pas rentré dans les mœurs. Après, s’il est une question de société qui me dérange particulièrement, ce sont ces  gens qui se font énormément d’argent et qui vont dans d’autre pays pour pouvoir s’en faire encore plus.

Puis la déforestation, l’huile de palme, le nucléaire, les soucoupes volantes… La connerie humaine une source inépuisable d’inspiration. (Mika)

Quels sont vos projets à plus ou moins long terme ?

Toch : On a effectivement de gros projets. D’abord, ce nouvel EP pour les 5 ans d’Iphaze, qui sortirait en mai.

Aujourd’hui, on est avec M’A Prod,  l’agence qui fait tourner de gros groupes reggae, tels que Groundation, Sinsemilia… qui organise le Reggae Sun Ska où ils font venir Max Romeo, Damian Marley etc. Donc pour l’instant, on fixe les dates de notre tournée, mais on projette d’aller un peu plus vers l’international, faire le tour de l’Europe mais aller aux Etats-Unis aussi… Un quatrième album est également prévu pour 2014. Après on a déjà deux spectacles : le Small Show, souvent adapté pour les clubs, les salles un peu plus denses, et le Big Show, pour les festochs’, les salles énormes… Et là on développe un nouveau spectacle avec le collectif lyonnais Vizual Invaders (avec qui on voudrait faire résidence).

C’est ce qu’on va faire au Bikini pour nos 5 ans… On transforme toute la salle en vidéo, de bas en haut de droite à gauche, en mêlant un semblant d’holographie dans toutes ces techniques-là. Le public voit des reflets de personnages se mouvoir sur la scène, avec lesquels on pourra entrer en interaction pendant le concert. Cela donne une impression de fantômes qui planent sur la scène… Et ce projet, on voudrait plus tard en faire une vidéo.

Peut-on savoir ce qui nous attend dans votre prochain EP ?

4-5 titre maximum, sinon ce n’est plus un EP. On a voulu refléter exclusivement l’aspect « dancefloor » de nos spectacles, le massif et l’énergie dont on parlait tout à l’heure… Mettre en disque ce qui se passe dans le public pendant nos concerts, et l’utiliser dans nos concerts pour jumper d’autant plus.

 18 Avril 2013: Soirée « Happy Basstep » organisée par L’Appareil Tropical, pour les 5 ans d’Iphaze avec Dj Fly, Panda Dub & Mister French Wax et Vj assurée par Bandits Visions.
 

Écoute de leur dernier album: Bloodshot

 

 

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