TEMPS DE LECTURE : 5 MINUTESEn Aparté avec… Caroline, modiste toulousaine

Accessoire par excellence ? Le chapeau l’est bien. Imposant, noble mais aussi superflu, plus esthétique que nécessaire, il est un objet authentique de mode. Pourtant, à la fin des années 1960, il tombe en désuétude, profession en déclin, femmes qui s’émancipent de cet objet avant tout masculin ou boom des salons de coiffures, il faut attendre les années 1980 pour le voir revenir sur les podiums et dans la mode quotidienne. Aujourd’hui récupéré par les tendances et les mouvements de style, il se trouve sur de nombreuses têtes. A Toulouse aussi, il se promène dans les rues. Comme une envie de l’adopter, ou du moins d’en parler, nous sommes allés rencontrer Caroline, sans doute l’unique modiste toulousaine. Installée depuis quatorze ans rue Cujas dans sa petite boutique-atelier, elle nous présente son univers créatif. Interview. 

Aparté.com: Le domaine de la mode est large, pourquoi avez-vous choisi une spécialisation en tant que créatrice de chapeaux ?

Caroline: C’est le hasard, mais un chouette hasard qui m’a fait me spécialiser en tant que modiste. C’est beaucoup plus créatif et ludique que du vêtement. J’ai eu la chance de découvrir ce métier qui a conforté mon choix dans la mode. J’ai travaillé d’abord dans les ateliers parisiens, puis, comme je voulais m’installer dans le Sud-Ouest, j’ai choisi Toulouse.

Pouvez-vous nous expliquer le processus de création d’un chapeau ?

D’abord, il faut savoir que pour le chapeau, il y a vraiment deux collections très différentes, celle de l’hiver et de l’été. J’essaye même pour la collection d’hiver de faire des choses originales. Mais l’hiver, c’est surtout du quotidien.  Alors que l’été, j’attends une demande pour les cérémonies. Ce sont donc des chapeaux plus éphémères que je réalise, mais qui demandent beaucoup plus de travail.

Il y a plusieurs techniques qui permettent de créer des chapeaux. Pour ma part, je n’utilise pas la technique du patronage, de la coupe à plat. Je fais du moulage. La première étape est la teinture, je pars d’une paille brute de couleur naturelle. Je la teins. Puis, une fois réalisée, vient l’étape de la mise en forme sur bois. C’est l’extérieur du moule qui détermine la forme. La matière se moule autour du bois en étant maintenue avec des clous, et une fois bien calée, je l’apprête avec un apprêt liquide transparent. Il faut ensuite laisser sécher et démouler. C’est la même étape qui est ensuite effectuée pour le bord, puisque le chapeau est toujours constitué de deux parties, la calotte et le bord. Ensuite, vient le travail d’assemblage et enfin celui de garniture,  avec rubans, plumes, nœuds ou perles…

L’été, je réponds à des demandes de sur mesure et le chapeau doit correspondre à une tenue. C’est le plus compliqué car la créativité est restreinte. Je réponds à une demande très précise. Par exemple, je dois adapter la teinture du chapeau au ton exacte de la couleur d’une robe.

Pouvez-vous me parler de l’esprit de votre dernière collection ?

Collection graphique

Cet hiver j’ai fait la collection graphique, en utilisant une autre technique que celle du moulage, avec du galon cousu sur une machine spécifique. Le galon se coud en spirale, il prend forme en étant cousue en colimaçon. De cette manière, je peux travailler sur des formes assez curieuses.

Avez-vous ce que l’on pourrait appeler une « marque de fabrique », quelque chose qui rend vos chapeaux reconnaissables ?

Photo Idée-en-tête

J’ai des modèles qu’on reconnait comme l’ellipse, le crin ou le diabolo que je travaille depuis des années. Je pense que c’est assez typique de mon travail. Je fais le crin depuis que je suis installée, c’est un basique qui marche très bien.

Qu’est-ce qui vous inspire pour la réalisation de ces chapeaux ?

C’est aléatoire, les tendances sur les couleurs, mes propres envies, les magazines. Je m’inspire beaucoup de ce qui a déjà été fait. Je pense que ce qui influence la création du chapeau avant tout, ce sont les matériaux. Certains ont disparu, d’autres sont arrivées, c’est la matière qui va donner le modèle. Elle peut être assez déterminante. Elle fait le chapeau, c’est le cas par exemple du crin effiloché. Aujourd’hui, avec le retour des années 1980, j’ose reprendre des formes que je n’aurais pas reprises auparavant. J’adopte certaines formes rétros qui reviennent en m’éloignant des grands chapeaux au profit des petits, du type bibi. J’ai aussi tenté de revenir au plexi, sans succès pour le moment. C’est toujours un travail de recherche.

Un conseil à nous donner à propos du chapeau?

Le chapeau est un attribut qui sort de l’ordinaire, qui est fait pour se distinguer, pour être visible de loin. Il a bien cette fonction-là, c’est pour cette raison qu’il peut être difficile à assumer. Je conseille toujours à mes clientes d’être à l’aise sous le chapeau, il ne faut pas le sentir, se sentir encombré ou déguisé.

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Article rédigé par Salsabil Chellali

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