À la une | En Aparté avec | par Florian Bardou | le 22 décembre 2012  

Après la venue de Pendentif le 5 octobre dernier sur la scène du Saint des Seins, quoi de mieux que la présence de Granville, autre sensation pop française de la rentrée 2012 ?  A l’initiative du collectif Noisepresso, le quartette normand – Melissa Dubourg au chant, Arthur Allizard à la batterie, Nathan Bellanger à la basse et Sofian El Gharrafi guitarre/clavier –  s’est donc produit jeudi 29 novembre non sans fraîcheur et candeur après une performance efficace et enjouée de Sing Sing My Darling (SSMD) – autre invité de la soirée à la pop énergique.

Granville, c'est aussi un album "Les voiles" qui sortira le 4 février - ©Gaëtan Ducroq

Sur Toulouse à l’occasion d’une mini tournée de quelques dates entre Clermont-Ferrand et Rennes, les 4 éléments de la formation caennaise attendaient sagement dans les loges juste au-dessus de la scène. Coincé en coulisses pendant la performance des toulousains de SSMD, j’ai pu m’entretenir une bonne demi heure avec Granville, histoire de revenir sur leur parcours jusqu’ici.

Aparté.com : On qualifie votre musique de « pop naïve » - Les Inrocks -, est-ce que vous êtes d’accord ?

Sofian El Gharrafi : Ouais, parce que c’est nous qui avons instauré ce terme de « pop naïve » sur la première bio qu’on avait faite. On fait de la pop en français. La majorité des groupes français, quand on était au lycée, c’était des trucs vachement réfléchis. On avait envie, en gros, de faire une musique en français qui ne se prenait pas la tête en abordant des thèmes souvent liés au souvenir, à la nostalgie, etc ; de manière un peu naïve. Et du coup, on a trouvé ce terme de « pop naïve ». Ça colle bien à l’esthétique du projet et à l’envie de pas se prendre la tête, de ne pas proposer un produit surfait, mais quelque chose de frais, direct, sans se prendre la tête.

Vous êtes de Caen, mais pourquoi Granville ?

Sofian : Granville, en fait quand on a décidé de créer ce projet, c’était dans notre appart’ avec Arthur – le batteur. On avait découvert Mélissa via un projet folk duquel elle faisait partie. On adorait sa voix, on a voulu faire un projet avec elle. Et quand on a réfléchi au projet Granville, du coup, on avait envie de parler dans notre musique de ces souvenirs-là justement, de cette rencontre, etc. Ces souvenirs qu’on avait, c’était les premiers souvenirs de vacances, de mer et de plage, et ces souvenirs-là nous amenaient à Granville en fait. On a eu ce souvenir de la plage à Granville. On est né dans une ville qui s’appelle Flers dans l’Orne, et le moyen le plus rapide pour aller à la plage c’était de prendre le Paris-Granville et d’aller à Granville.

Vous avez des influences ou des artistes français qui vous ont inspirés dans votre musique ?

Nathan Bellanger : Nous, on est très fan de toute la pop française un peu sixties. Tout ce qui va de Bardot à France Gall…

Sofian : … Françoise Hardy,  Gainsbourg…

Nathan : … et tout ce qu’a écrit Gainsbourg pour ses muses à cette époque-là. Du coup, ce qu’on aime bien, c’est essayer de mixer ces influences-là très pop française, à ce qui peut se faire en ce moment en Californie. Par exemple la pop garage américaine du moment. Et ce mix-là d’influences, je pense, est le bon résumé de ce qu’on essaye de faire.

«Du coup, on avait ce trip d’importer la Californie en Normandie et de la transformer. On trouvait ça cool de faire de Jersey, le Hawaï de cette Californie normande.»

Du coup, quel a été le processus de formation du groupe ?

Nathan : Moi je suis arrivé après.  En fait, au début c’était Sofian et Arthur qui avait décidé de se mettre à un projet. Sofian et moi on a un projet qui s’appelle Chocolate Donuts. Pas grand chose à voir. C’est en anglais. De la pop, mais en anglais. Du coup vas-y, tu peux embrayer…

Sofian : Comme je disais tout à l’heure,  c’est né pendant des révisions de partiels de LEA – Langues Etrangères Appliquées. Du coup, une espèce de ras-le-bol des langues étrangères, et envie de revenir aux fondamentaux, au français. Mais aussi la rencontre avec Mélissa: on a eu envie de faire de la musique avec elle. Du coup, on a commencé par composer pas mal de chansons en guitare/voix. On se réunissait dans le salon, et on chantait des chansons autour d’une guitare à l’occasion de soirées, etc. Très vite, on a eu l’opportunité d’enregistrer une maquette. Donc on a enregistré quelques morceaux et Nathan nous a rejoint en août 2011 en fait, donc 6 mois plus tard parce qu’on avait besoin d’une basse. Du coup, la formation actuelle date d’août 2011. Voilà, le processus de création s’est ainsi fait. Ça commence par des guitares/voix et ensuite on se réunit, chacun apporte sa pierre à l’édifice.

Mélissa : Il est cool ton bonnet…

Nathan - ©Gaëtan Ducroq

Merci… (rires) Du coup, le premier album, c’est pour quand ?

Sofian & Nathan : Pour le 4 février ! Ça y est, on a la date.

Sofian : On a enregistré cet été au studio du hameau, un studio dans le Perche en Normandie. Depuis qu’on a créé le groupe, c’est allé super vite. On avait une trentaine de chansons en guitare/voix ou déjà en formation complète. On a choisi de faire l’enregistrement là-bas, et au final il y aura 12 morceaux sur cet album à paraître le 4 février. On a hâte qu’il sorte pour le faire découvrir. On est super content. C’était une super expérience d’enregistrer un premier album. C’est cool.

Je suppose que vous avez été content, aussi, d’entendre vos titres un peu à la radio ?

Sofian : C’est dingue! Surtout que l’histoire de Jersey, c’est cool car c’est la toute première compo qu’on ait faite avec Granville et c’est le tout premier morceau qu’on a enregistré aussi.

«C’est ce qui est rigolo: on a voulu se détacher d’une scène anglo-saxonne qui chante en anglais pour au final être accueilli par une scène francophone en fait!»

Pourquoi Jersey en fait ?

Sofian : Les vacances et tout. Il y a juste le fait que j’ai fait une journée de voyage scolaire à Jersey et j’avais envie d’écrire sur ça. Ça à rien avoir avec le thème de la chanson. Mélissa est aussi partie à Jersey. On connaît tous.

Mélissa : J’ai écris ma première chanson en anglais à Jersey.

Sofian : Il y a toute une histoire qu’on a découvert après l’écriture de la chanson en fait. On avait ce trip-là. Le groupe a été formé en hiver. Il fait très froid en Normandie. En février, il y a la pluie qui commence à revenir et tout. Du coup, on avait ce trip d’importer la Californie en Normandie et de la transformer. On trouvait ça cool de faire de Jersey, le Hawaï de cette Californie normande. Ça partait d’une espèce de concept rigolo qu’on avait dans nos têtes. On avait envie d’apporter du soleil en plein mois de février en Normandie.

Ces derniers temps, il y a pas mal de groupe de pop française qui sont nés. Pendentif était en concert au mois d’octobre ici – Saint des Seins. Vous en faites partie, est-ce que vous vous intégrez vous-même dans cette dynamique ?

Sofian : Ouais, on entretient des bonnes relations avec pas mal de groupes de cette mouvance. On est pote avec les Bengale, qui est un groupe de Bordeaux aussi. On a croisé aussi les Safari, etc. On discute sur Internet avec des groupes comme Mustang aussi. On a des liens via Twitter. Il y a vraiment une scène et un élan de groupes qui chantent en français. Nous on est à Caen et on est le seul groupe à Caen qui ait fait ça, donc on ressent pas ce côté scène, cette élan de scène de la pop française. On est dans notre coin. On fait notre truc et on est content de voir que des gens nous accueillent dans leur cocon de pop française. C’est super cool de se sentir accueilli chaleureusement dans un mouvement. Mais nous du coup on l’envisageait pas comme ça à la base, vu qu’à Caen on fait tous partie de formations qui chantent en anglais, et qu’il y a une scène d’influence anglo-saxonne très forte sur Caen, ville de plus en plus reconnu sur la cartographie musicale française.

Nathan:  Mais du coup à Caen on est un peu des extraterrestres car tout le monde chante en anglais.

Sofian : Voilà! C’était une envie de notre part d’essayer de proposer un truc frais, et vu qu’on écoute beaucoup de musiques en français, on s’est dit qu’on allait sauter le pas. C’est ce qui est rigolo: on a voulu se détacher d’une scène anglo-saxonne qui chante en anglais pour au final être accueilli par une scène francophone en fait!

Sofian - ©Gaëtan Ducroq

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