À la une | Critiques | Zoom Sur | par Florian Bardou | le 11 décembre 2012  

Opéra: Written on Skin – Ecrit sur la peau. Compositeur: George Benjamin.

Lieu: Théâtre du Capitole de Toulouse.

L’opéra en un tweet: « #Writtenonskin, quand le contemporain se veut classique ».

Commentaires: Inspiré d’une légende occitane du XIIIe siècle, Written on skin, opéra contemporain allie classicisme et contemporanéité, sans être pour autant très novateur et expérimental. Sur scène, le décor est composé de compartiments accolés qui représentent différents lieux de l’action de l’opéra. Côté cours, la salle à manger, la chambre, l’étage, le bois de la propriété du Protecteur, incarné par Christopher Purves, baryton – entendre par voix dans les graves – propriétaire terrien du XIIIe qui jouit d’un immense pouvoir. Côté jardin, des espaces contemporains sortes de laboratoires ou de bureaux d’où viennent les « anges » et qui créent un sentiment d’intemporalité. Ces créatures de notre temps, manipulatrices, font en fait revivre aux morts de ce passé moyenâgeux les évènements de leurs vies antérieures.

« Love is not a picture, Love is an act» – «L’amour n’est pas une image, l’amour est un acte».

L’opéra débute par cette commande que passe Le Protecteur à un jeune garçon enlumineur, The boy – incarné par Tim Mead et sa voix surprenante de contre-ténor exclusivement dans les aigus – , chargé donc d’illustrer un livre sur la destinée du clan du Protecteur. Ce dernier règne sans partage et avec cruauté sur sa propriété et son foyer, notamment sur sa femme Agnès – Barbara Hannigan, soprano – mariée de force à 14 ans, « fidèle et obéissante ». Mais la venue de ce jeune inconnu, un des anges qui plus est, va bouleverser l’ordre immuable de la maison. La jeune femme s’éprend alors violemment de l’enlumineur qui illustrera leur liaison et leur destinée. C’est à travers cet amour ardent qu’elle s’affirmera jusqu’à contredire et désobéir à son mari, lequel sera poussé, par jalousie et par volonté d’extrême domination, à commettre fatalement l’acte ultime: le meurtre de l’enlumineur. La violence et la tragédie sont alors poussées à leur paroxysme lorsque le protecteur oblige enfin sa femme à manger le coeur de son amant.

©Photos DDM - Michel Viala

Les voix pleines d’un lyrisme sensuel contrebalancent une musique sensée exprimer la violence de l’action. Loin d’être expérimentale, l’expression musicale reste propre au genre de l’opéra: symphonique ; et ce malgré la présence d’instruments comme l’harmonica de verre ou la viole de gambe, très peu utilisés. La chorégraphie fait appel au « mouvement » – cher à Pina Bausch – avec notamment la scène finale tout en slow motion.

Si l’opéra est très esthétique, il n’entre pas pour autant en profondeur, et s’appuie énormément sur les voix et l’orchestre. L’intemporalité est efficace et cohérente. Petit bémol, l’opéra reste quand même difficile à aborder, surtout pour une premier opéra…

Contexte: Commandé au compositeur britannique George Benjamin par le festival d’Aix-en-Provence et le Théâtre du Capitole de Toulouse entre autres, l’opéra Written on skin, production originale en anglais, est joué pour la première fois le 7 juillet 2012 à Aix dans le cadre du festival international d’art lyrique. Il s’appuie sur un livret du dramaturge contemporain Martin Crimp et sur la mise en scène de Katie Mitchell. Encensé par la critique, il recevra une large approbation du public depuis sa première représentation en juillet, jusqu’à sa venue à Toulouse du 23 au 30 novembre 2012.

Pourcentage: 70%

Ce qu’en diront les autres… « Written on Skin, s’il n’est pas miraculeux, est tout de même très satisfaisant. C’est son mérite, et sa limite. Le livret tourne autour d’une «page secrète», mais la partition, elle, ne laisse nulle part à l’ombre et au négatif. Elle est tendue quand il y a de la tension, hésitante, horrifique, apaisée tour à tour selon les besoins du drame. » Eric Loret, Libération, 10 juillet 2012.

Ce soir, j’ai regretté… mon inculture en matière d’opéra et de musique contemporaine ; mais aussi quelques longueurs dans les deux premiers actes, à l’inverse d’un troisième acte bouleversant!

Suite logique: Ecouter un opéra classique de Puccini ou Wagner pour comprendre les logiques qui habitent la composition et l’écriture d’une telle oeuvre ; Regarder Pina de Wim Wenders pour retrouver les influences dans la mise en scène ; Ecouter l’ensemble de l’oeuvre de George Benjamin pour saisir l’essence de sa musique, son caractère contemporain, et selon un spécialiste anonyme l’influence française dans sa musique.

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