TEMPS DE LECTURE : 5 MINUTESMaison Blanche, café des cultures métissées

Froide soirée de novembre. Vers vingt heures à peine, nous sortons du café « Chez Ta Mère » à la suite de l’interview avec Olivier. L’air est glacial, mais nous sommes déterminés à poursuivre notre découverte de la vie nocturne du quartier, vantée par nombre de fêtards et habitués des nuits toulousaines. Arrivés bredouilles, nous repartons de notre premier entretien avec quelques potentiels contacts du quartier : commerçants, gérants de bars… Olivier connaît tout le monde, et tout le monde connaît Olivier. Au sein de ce petit réseau figure Rachid Benallaoua,  gérant du café culturel Maison Blanche et figure emblématique d’Arnaud Bernard, de surcroît. Cet ancien membre du collectif Origines Contrôlées (dont faisaient également partie Mouss et Hakim, les anciens du groupe Zebda, nldr) habite le quartier depuis des années. Ce café, c’était son rêve, son projet. C’est charmés par l’histoire et le cachet du lieu que nous nous rendons à Maison Blanche, près de la place des Tiercerettes, mais Rachid est absent. Nous ne le croiserons que plus tard dans la soirée, autour d’un thé à la menthe gracieusement offert. Chloé, membre de l’équipe du café de permanence ce soir-là, accepte de nous parler du lieu et de son quartier de résidence. Mixité des cultures, des couleurs, des saveurs : récit d’un vivier culturel perçu de l’intérieur.

 

Un beau projet, celui de matérialiser l’accès à la culture au sein du quartier

« Lorsque Rachid a ouvert le lieu avec sa compagne Céline, aujourd’hui présidente de Maison Blanche, l’équipe comptait environ 6 personnes, dont des gens de la Kasbah. Ici, tout le monde connaît Rachid et tout le monde savait qu’il allait ouvrir. L’équipe était déjà, à la base, très enracinée dans le quartier. Ça s’est petit à petit concrétisé : ils ont réussi à obtenir ce lieu, un ancien restaurant. Pour ma part, je suis arrivée un mois avant l’ouverture, en janvier cette année. « Chez Ta Mère » a ouvert à une semaine d’intervalle, mais nous n’avions pas eu vent du projet, comme eux ne se doutaient pas qu’un autre café culturel était sur le point d’ouvrir à Arnaud Bernard. C’est l’association Art Maniac qui porte ce projet depuis une dizaine d’années, avec cette volonté de promouvoir la « culture pour tous » et d’ouvrir un lieu en phase avec cette idée-là. »

« L’idée était de créer un lieu polyvalent, avec des expositions, des ateliers… Dans la limite de ce qu’on peut assumer physiquement, bien entendu. Par exemple, on a essayé de mettre en place une exposition de sculpture, mais c’est pas évident. Pour l’instant, on se limite à des choses accrochées au mur : peinture, photos, calligraphie… On cherche à valoriser toutes les formes d’expression, sans poser de critères de sélection ou de jugements qualitatifs. Les ateliers permettent, quant à eux, de favoriser les rencontres entre les musiciens qui viennent jouer ici. On donne notamment des cours de pifano (flûte brésilienne, nldr), de tendero (tambourin brésilien), de danse et percussions gnawa, des cours de salsa, de langue… Globalement, on ne tenait pas à ce que le lieu soit associé à la culture maghrébine : Maison Blanche n’est pas un lieu communautariste, c’est un lieu d’échange, où la culture latino se fait de plus en plus prégnante. C’est pas la culture qu’on a l’habitude de voir à l’école, mais c’est une culture savante, très poussée. »

« On reçoit régulièrement d’autres associations, par exemple les SEL , Système d’échange local à Toulouse qui voulaient venir faire des permanences ici; le collectif l’Envolée, qui a créé un mensuel qui débat sur les prisons et dont on doit héberger les conférences… Autant d’assos qui se saisissent du lieu pour se l’approprier. »

©Katia Broussy

Un quartier cosmopolite et multiculturel : quand diversité est synonyme d’unité

« Quand j’ai débarqué pour la première fois dans la petite cour de mon immeuble, j’ai été marquée par la diversité des habitants qui occupaient les lieux : un retraité de 60 ans hyper-actif qui passait toutes ses soirées avec nous, le videur du Brueghel, Momo, qui m’a fait découvrir le quartier en me le présentant comme un modèle de réussite de l’immigration (même s’il est peut-être un peu revenu sur ses propos depuis, rires). C’est un quartier profondément marqué par l’histoire, par les vagues d’immigrations maghrébines et espagnoles, mais aussi par des personnages devenus aujourd’hui emblématiques, tels que Claude Sicre, qui a beaucoup réfléchi à l’organisation de la vie de cité et qui l’a d’ailleurs théorisée. »

« Lorsque tu vis ici plus d’un an, il est impossible de traverser la place sans dire bonjour à dix personnes minimum : tout le monde se connaît. Comme partout, ça a ses avantages mais aussi ses inconvénients. J’ai participé pendant un moment à la chorale civique du quartier, où l’on s’appropriait les chansons brésilo-occitanes de Claude Sicre : dès que quelqu’un déménageait ou se mariait, on se ramenait en groupe pour chanter. On participait, de cette façon-là, à la vie du quartier.« 

« De ce quartier, je retiens cette mixité des cultures, ce croisement entre le Brésil et l’Occitan, l’Arabe, l’Arabo-andalou, le Gnawa, les Lundis populaires… (…) c’est un quartier qui vit, un quartier hyper-cosmopolite. C’est ici que j’ai appris l’histoire des cultures : cette compréhension, cet intérêt pour ce qui se crée dans les quartiers permet sans aucun doute de lier les gens au lieu de les dresser les uns contre les autres. »

Ouvert du mardi au samedi, de 13h à minuit. Apéros-concerts les vendredis et samedis. Merci à Chloé et Rachid pour leur accueil et leur sympathie.

 

Article rédigé par Julie Lafitte

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