TEMPS DE LECTURE : 8 MINUTESLe Fil à Plomb: Un théâtre de création et de proximité

Niché au fond de la cours du restaurant la Kasbah au 30 rue de la Chaîne place des Tiercerettes, le Fil à Plomb s’est imposé comme une des institutions culturelles du quartier Arnaud Bernard depuis sa fondation en 1999. Équipé d’une salle de 70 à 75 places, le théâtre s’appuie essentiellement sur la programmation de spectacles d’humour à partir de textes dont les comédiens sont aussi les auteurs. Highlights sur un des points névralgiques du théâtre à Toulouse et à Arnaud B.

©Gaëtan Ducroq

 

«Au départ, on devait l’appeler le petit théâtre d’Arnaud B», souligne Badradine Reguieg, fondateur du Fil à Plomb. Mais les origines du nom finalement choisi pour le théâtre relèvent plus de l’anecdote. «Il se trouve que pendant les travaux, j’ai utilisé les outils de mon père, comme l’un des cofondateurs, et un jour, un des maçons nous a demandé si on avait un fil à plomb. J’ai sorti celui de mon père, l’autre a instantanément fait de même, on s’est regardé et on s’est dit: « on va l’appeler le Fil à Plomb ».». Au-delà, de la petite anecdote, pour ses fondateurs, le nom choisi se veut aussi «un hommage à  cette minorité silencieuse issue de l’immigration africaine et maghrébine qui est venue dans les années 1950-60 en France et qui a participé à la reconstruction de ce pays après la seconde guerre mondiale.» Né au  printemps 1999, la première saison est officiellement lancée en septembre de la même année.

 

Les origines: des quartiers Nord de Toulouse à Arnaud Bernard

Issus du milieu associatif des quartiers Nord de Toulouse dont l’association Vitécri ancêtre du Tactik collectif, les fondateurs du Fil à Plomb dont Badradine Reguieg, assistent à la montée en puissance de Zebda au milieu des années 1990, et en parallèle commencent à monter et à jouer leurs spectacles dans les salles toulousaines. Mais, ils font vite face à certaines difficultés pour monter sur scène. «Les théâtres avaient un regard très condescendant sur nous, étant issus de l’immigration maghrébine. Ils voulaient bien nous accorder une petite représentation dans un cadre d’insertion et quand on se présentait en tant que compagnie, et qu’on voulait jouer dans le cadre d’une programmation normale, là on nous faisait comprendre gentiment qu’on était pas vraiment des comédiens», déclare l’un des fondateurs.

De là, vient alors l’idée pour la compagnie nouvellement formée de trouver un espace de création et de représentation où ils pourraient jouer avec leur propre compagnie, mais selon Badradine Reguieg: «on y croyait pas trop». Le projet reçoit alors le soutien des patrons du restaurant la Kasbah, qui venaient de racheter les locaux places des Tiercerettes, et de Claude Sicre – fondateur des repas de quartiers en France, leader du groupe Les Fabuleuses Troubadours connu dans toute la France pour son du rap occitan, et président de l’association culturelle Escambiar – avec le regard bienveillant de la bande à Zebda.

Pourtant, au départ, le choix d’installer cet espace au coeur du quartier d’Arnaud Bernard n’était pas prévue. Badradine Reguieg confirme: «Paradoxalement, quelque part et on ne l’a pas voulu nous même. C’est ce communautarisme qui ne dit pas son nom qui nous a ramené dans un quartier qui est un quartier maghrébin. C’est quand même paradoxal que pour, faire du théâtre, pour que des maghrébins construisent un théâtre il a fallu qu’ils se retrouvent dans un quartier de maghrébins. Il y a quand même quelque chose qui peut gêner. Voilà il y a cette réalité sociale.»

 

«Sur le théâtre on accueille principalement des projets locaux/régionaux, et c’est également notre volonté de défendre les auteurs en premier donc les auteurs locaux»

 

©Gaëtan Ducroq

Des spectacles d’humour écrits et joués par des artistes locaux

Fondé il y a 13 ans, Le Fil à Plomb est donc l’un des plus vieux théâtres du réseau des théâtres indépendants et alternatifs toulousains. Mais ce qui fait la spécificité de cette salle de 70 à 75 places, c’est avant tout sa programmation et sa politique en matière de représentations. Elle se veut d’abord régionale, avec pour la plupart des représentations une origine locale, mais aussi d’auteurs, c’est-à-dire qui laisse place à des textes nouvellement écrits. «Sur le théâtre on accueille principalement des projets locaux/régionaux, et c’est également notre volonté de défendre les auteurs en premier donc les auteurs locaux», précise son administratrice Sophie Trible-Anselme.

Badradine Reguieg renchérit: «Le lieu a été créé par des gens qui écrivent leurs propres textes, notamment avec Serial Looser qui a lancé la salle en 1999. Donc on est quand même assez sensibles aux gens qui écrivent leurs propres textes parce que c’est un risque énorme de monter sur scène avec un texte que tu as écrit ». C’est donc aussi un moyen de donner sa chance à de jeunes auteurs comme à des vétérans, d’expérimenter le caractère inédit d’un texte qui pose des questions sur son interprétation et sa réception par le public. Pour l’anecdote, confie Badradine Reguieg, Smaïl Mekki – qui joue dans Famille d’accueil aux cotés de Virginie Lemoine – brûlerait d’envie de jouer son One Man Show qu’il a dans ses tiroirs au Fil à Plomb même devant 10 personnes. La création est donc mise au centre de toutes les attentions.

« Il y a un côté maison que les gens aiment vraiment puisqu’on accueille des compagnies du coin et ils se sentent à la maison. »

Mais l’autre caractéristique de cette salle, c’est avant tout d’être un «théâtre d’humour intelligent», selon les mots de son administratrice. Pour son fondateur: « La couleur de notre programmation, ce serait un théâtre d’humour à la base. […] Mais humour, ça veut dire que c’est une couleur humoristique avec du fond, c’est-à-dire que pour citer un exemple que je cite souvent et qui est pour moi la référence d’une programmation, même si on ne les programme plus en ce moment, c’est l’écriture d’Agnès Jaoui et de Jean Pierre Bacri». Humour fin avec de la profondeur donc. Mais, les transgressions sont possibles avec une programmation qui reprend parfois des textes d’auteurs comme Mitsou de Colette. Enfin, n’oublions pas la programmation jeune public 11 mois sur 12 qui représente une part plutôt importante de la prog’.

©Gaëtan Ducroq

 

 

Avant tout un espace de création plutôt familial pour les auteurs et les compagnies

Pour Sophie Trible-Anselme et Badradine Reguieg, la création est vraiment l’essence du Fil à Plomb, avec une compagnie à demeure qui produit et joue ses propres écrits. Mais c’est aussi une vraie résidence et un espace de production ouvert aux compagnies. « Il y a un côté maison que les gens aiment vraiment puisqu’on accueille des compagnies du coin et ils se sentent à la maison.» Pour Badradine Reguieg , le fait d’être comédien et fondateur rassure les jeunes auteurs et les comédiens qui viennent en représentation: « Il se trouve que moi  je suis comédien avant d’être fondateur d’un théâtre donc quand j’ai les artistes qui arrivent, ils voient que je comprends leurs préoccupations […]. Et le fait qu’ils savent que dans ce théâtre la personne qui tient ce lieu fait le même métier qu’eux c’est rassurant pour les artistes. On n’est pas dans une relation super rigide ».

C’est aussi ce qui marque l’attachement de Virginie Lemoine pour le Fil à Plomb qui en est aussi la marraine. « Elle aime ce lieu, elle est contente de revenir ici et dans son équipe il y a des gens qui veulent venir aussi monter leurs spectacles ici. Il y a un vrai engouement ». Après leur rencontre en 1999 lors du festival d’Avignon, une relation amicale s’est très vite établie. Elle reviendra par la suite plusieurs fois notamment au printemps 2012 pour jouer Une Diva à Sarcelles, nominée en 2010 aux Molières, qui a fait carton plein sur deux jours de représentations.

Ce sont en moyenne sur la saison 55 projets scéniques qui sont présentés au Fil à Plomb: 3 spectacles tout public par mois environ, un spectacle jeune public, des semaines festivalières, jusqu’aux collaborations avec des associations comme Conte acte qui établissent leur résidence au théâtre. En novembre, c’est le festival de théâtre commun au réseau toulousain Près de Chez vous qui sera mis sur le devant de la scène. Mais le Fil à Plomb se veut aussi facteur d’intégration culturelle au sein du quartier Arnaud Bernard avec de nombreux projets collaboratifs avec Escambiar ou les associations de quartier,  voire des représentations dans l’espace public. Avec les nouveaux cafés associatifs Chez ta Mère et Maison Blanche, ce sont de nouveaux partenariats à construire soutient Sophie Trible-Anselme. En plus du concept de restau-théâtre développé depuis le début de la saison 2012, premier partenariat concret du quartier. Le théâtre du Fil à Plomb est donc bien représentatif d’une dynamique culturelle et associative propre à Arnaud Bernard qui fait de ce quartier un des quartiers culturellement et hautement symboliques de la ville rose.

 

©Gaëtan Ducroq

Article rédigé par Florian Bardou

(A)parté pas si vite !

Déconfinement: masque obligatoire, barrage filtrant et gel désinfectant dans les transports à Toulouse

[Publication: 07/05/20. MàJ 15/05/20: avec les précisions du président de Tisséo-Collectivités sur la distribution de …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *