Le Dimanche 02 décembre 2012 - 19:05 par Célia Coudret dans À la une, En Aparté avec

La veille de la soirée de clôture de la Semaine de l’étudiant, le Bikini a accueilli des artistes du hip hop à la drumnbass. SKS était à l’affiche, pour la énième fois depuis quelques années, son nom revient et reste en tête… Dj venant du hip hop à la base, passé par les free party et les rencontres avec des artistes de drum (Lutin, Brooxs…) il est devenu un des précurseurs et tenants de la scène drumnbass toulousaine. Entre l’organisation des soirées DirtyDancin’ et des Toulouse Massive, les productions d’albums, celles sur son label Vandal Records et ses sets plus que réguliers sur les scènes toulousaines, SKS vit aujourd’hui pleinement de la musique et du travail collectif autour de ce qui le passionne : la drumnbass. Entre le rôle joué par Internet, la place clé qu’occupe le Bikini, et l’explosion des bass-music en Europe et ailleurs, SKS est un acteur au cœur du mouvement…

© Tom Fo’Tom, Dirty dancin Ltd. 10 au Bikini

Aparté.com: Avant tout, faisons le point sur une chose : pourquoi « SKS » ?

SKS: A l’époque, je taguais Seksy, alors j’ai pris la contraction. J’ai pas cherché très loin mais  je ne voulais pas non plus le regretter plus tard, que ça devienne has been… Trois lettres au moins, ça passe le temps.

L’accueil fait à la drumnbass, de Toulouse à Londres en passant par le Bikini

SKS: « Il y a eu une belle période pour la drumnbass avec l’ancien Bikini (donc jusqu’en Septembre 2001, et la destruction du Bikini par l’explosion d’AZF). Et cela, c’est dû au son du Bikini. Même à l’époque, c’était un des meilleurs sons de France. Et c’est vrai que pour la drumnbass, il faut de la basse, un super son, comme on peut en trouver en Angleterre. C’est pour leurs nombreuses salles, conçues aussi pour ce genre de son, que la drumnbass y est vraiment bien accueillie, et qu’elle a si bien trouvé son public. Beaucoup de professionnels du son aiment cette musique. En France, si tu cherches à masteriser ton morceau, il n’est pas dit que le producteur aime la drumnbass, tandis que là-bas, il y a vraiment une culture de ce genre de musique. En France, il n’y a pas, pour l’instant une véritable culture drumnbass. En Angleterre, c’est tous les acteurs de la scène (les salles, les producteurs, le public) qui en sont imprégnés. Mais au Bikini, ils ont toujours aimé la drumnbass. A la base, ils aiment le rock, et la DNB c’est un peu un dérivé électronique du rock… »

Si la drumnbass a une véritable place sur la scène musicale en Angleterre, à Toulouse c’est grâce à l’investissement de quelques personnes passionnées, à travers l’organisation de soirées, la création de web-radio, à plusieurs… Aujourd’hui, ils sont  nombreux : Brooxs, le Karsoundsystem, etc.

« Il y a eu une émulation et entre nous, il y a comme une compétition amicale qui amène à faire toujours mieux. »

Et si cela créer une certaine compétition, ça ne fait que relever le niveau et enrichir l’ensemble. C’est un œuvre collective.

Et la scène émergente toulousaine ? Le cercle est il en train de s’ouvrir ?

« C’est toujours les mêmes parce que voilà, la drumnbass c’est une passion et il faut un certain talent pour se démarquer. Beaucoup ont commencé dans la drum, pour finalement se tourner vers l’électro… Au final, on est a peu près la même équipe (Lutin, Broox) depuis 10 ans, qui continuons à faire de la drumnbass. Des nouveaux arrivent, comme Skank, lui qui passe sur scène avant Tha Trickaz ce soir… L’ouverture du cercle, pour le dire comme ça, est un peu sélective. Au-delà du talent, il y a la part du feeling joue beaucoup aussi… C’est de là que viennent les crews. Nous, on s’est mis ensemble mais ce n’est pas pour autant qu’on ne collabore pas avec de nouvelles personnes.
Aujourd’hui je le vois, il y a pleins de jeunes qui s’y mettent, je vois des mix qui sont postés sur le web… Si je fais les Toulouse Massive, c’est aussi pour faire jouer les personnes qui se bougent. »

« Je pars du principe que se bouger, ce n’est pas simplement faire un mix, c’est aussi organiser des soirées, avoir des émissions de radio, créer un blog… Ça, c’est faire évoluer la scène. Ce n’est pas rester chez soi pour mixer quelques morceaux et attendre d’être derrière les platines, lever les bras et être aimé de tout le monde… C’est aussi sortir, rencontrer des gens, monter des projets ensemble… C’est faire des choses pour la musique, mais pas que pour soi »

©Tom Fo’Tom, Dirty Dancin’ is 5 au Bikini

Faire évoluer la scène: un travail collectif autour de la musique et de son évolution « ça fait avancer la musique ». Une part de l’histoire de la musique,  ici celle de la drumnbass, s’écrit aujourd’hui à Toulouse.

L’explosion du dubstep n’a-t-elle pas amené un public en plus vers la drumnbass ?

Maintenant que ça devient gros, avec l’explosion du dubstep et de la bass-music en général, toutes les salles sont prêtes à accueillir la drum… Mais s’il y a vraiment un salle qui sait l’accueillir c’est le Bikini, sans comparaison aucune.

En quoi le Bikini est-elle une salle clé ?

« Si le mouvement a vraiment repris, c’est du fait de la reconstruction du Bikini. Cette salle est exceptionnelle, toutes les dernières techniques de traitement du son y sont… Que tu viennes voir du rock ou n’importe quoi d’autre au Bikini ça reste bon. Parce que le son, c’est la base. On dit que c’est l’une des meilleures scènes d’Europe, ce n’est pas qu’une légende. Cette salle est très récente, elle a 5 ans. Elle est en avance, et au niveau européen, c’est une des meilleures, elle est reconnue un peu partout pour ça. Quand j’ai fait venir Noisia il y a 2-3 ans, on en a discuté… Quand je lui ai demandé s’il avait fait bon voyage il m’a répondu : « Beh oui, je sors de la meilleure salle d’Europe… » C’est que ça tourne ! Au niveau de l’accoustique ça a été conçu spécialement pour cela… Alors entre le moment de sa destruction et celui de sa reconstruction, les gens n’ont plus eu l’occasion de profiter de cette musique en soirée… Les autres salles sont mal conçues pour la drumnbass. Les gens se faisaient mal aux oreilles, parce qu’à défaut de bass, on entendait trop les aigus… Il y a eu toute un période de flottement, et là depuis 2-3 ans, ça a repris très très fort… »

L’évolution du public et le plus d’Internet

« Avant que le dubstep explose, je faisais déjà des Bikini pleins, il y a toujours eu un public pour la drumnbass, mais aujourd’hui ça s’est diversifié.

Encore une fois Internet a ouvert des portes, les gens sont amenés à découvrir et écouter des artistes, qui n’étaient pas forcément abordables avant l’explosion des sites de partage de musique. Aujourd’hui, les gens sont là avant tout pour la musique… Ce dont on pouvait parfois douter à l’époque, où ça pouvait plus relever du divertissement trash…

Ils sont là pour la musique… On le voit, les gens restent jusqu’à la fin, ils dansent tous,  toute la soirée. La musique est meilleure aussi. Jusque-là, il y a toujours eu le public qui venait de la teuf mais maintenant qu’il y a le Bikini, on voit plus d’étudiants, de jeunes, de filles… la parité des sexes est plus équilibrée.

Aujourd’hui, tout le monde va découvrir et écouter des morceaux sur Youtube ou Soundcloud, tout le monde est à la page. La programmation est du coup bien plus libre et ouverte. On peut se permettre de faire des plateaux un peu plus péchus pour les Dirty Dancin’ ou les Strickly DNB, de prendre un peu de risques… et de faire passer des gens moins connus qui viennent de la scène toulousaine lors des Toulouse Massive. Et surtout, on peut le faire régulièrement, ce qui n’était pas forcément possible avant. »

L’évolution de la drumnbass, connexion entre ses artistes et son public 

« La musique est encore meilleure aujourd’hui… Des gens comme Pendulum ou Noisia ont mis la barre très haut, et c’est à force de performances comme les leurs que le niveau général des producteurs a monté. Ce sont aussi ces gens-là qui ont tout relancé dans la drum. Tout le monde s’enrichit au fur et à mesure. Plus un artiste est bon, plus les autres tentent d’atteindre le même niveau, d’explorer autre chose ou d’aller plus loin encore… Beaucoup de choses ont changé. La musique est meilleure, les plateaux sont plus alléchants et on trouve maintenant de bons endroits pour la faire découvrir.

(ndlr: Le public a suivi et a changé lui aussi, il s’est diversifié comme l’a fait la musique… C’est un mouvement d’émulation en cours.)

J’en ai fait des soirées et il n’y a jamais eu autant de monde qu’aujourd’hui. C’est ma passion et j’en suis content. Je ne me sens plus comme faisant partie d’une minorité, à la marge. C’est reconnu maintenant, et plus ouvert. »

La drum, une expérience musicale à part 

« La sensation que donne cette musique ? Une impression de puissance. C’est un défouloir aussi. Quand tu danses sur de la drumnbass, tu te dépenses. T’es obligé de te défouler parce que c’est le son qui est puissant. Les basses, tu les ressens, c’est physique. Beaucoup de musiques sont physiques mais là, à cette vitesse… Il ne faut pas oublier que les 170 bpm, c’est un peu le rythme du cœur à l’effort. Et puis quand t’as 20 ans, que tu payes 15 ou 20 euros la soirée, lorsque tu vas dans une soirée drum, tu ne ressors pas en ayant l’impression d’être volé. Tu prends des lights et des watts… Parce qu’en plus de la musique, il y a tout un travail autour du visuel… Chaque soirée est une explosion, tu en ressors plein la tête et les jambes. C’est une expérience à chaque fois. »

© Tom Fo'Tom

Et qu’en est-il de tes projets ?

« En ce moment, je prépare mon album pour Juin. Il y aura une ligne directrice au niveau des beats, mais ce sera éclectique, il y aura des voix, beaucoup de jeux sur les basses, un peu de neuro… »

Ses scènes à venir :

14 Décembre, Limited Touch (Glazart / Paris) avec Peyo
22 Décembre à l’INOX (Toulouse Sesquières) avec entre autres: Silent Frequencies et Lutin

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