À la une | En Aparté avec | par Matthias Haghcheno | le 10 décembre 2012  

C’est lors de sa toute récente venue à Toulouse que Rover, solide gaillard à la voix céleste, nous a accordé cet entretien. Ne vous laissez pas impressionner par sa carrure de rugbyman – sport qu’il affectionne tout particulièrement – : presque aussi gêné que moi, son élégance et son humilité m’ont pourtant permis de percer un peu plus le mystère autour de sa vie de globe-trotter mouvementée. Contact.

©Gaëtan Ducroq

Aparté.com: Bon d’abord, mettons les choses au clair : vous étiez bel et bien au collège français avec les Strokes durant votre séjour aux États-Unis ?

Rover: Oui c’est vrai. C’était le Lycée français de New York. Ils avaient un an de plus donc ils étaient dans une classe supérieure, et ils étaient très mauvais élèves. Ils ont redoublé et on s’est retrouvé dans certains cours ensemble. C’était le bassiste et le chanteur (ndlr. Julian Casablancas et Nikolai Fraiture).

Vous pouvez me dire deux mots sur The New Government (ndlr. son premier groupe au Liban) ? Je serais très curieux de vous voir jouer du punk…

C’est amusant parce qu’on nous catégorisait dans la veine punk, alors que c’était plutôt le cadre, Beyrouth, et surtout le son bricolé qui ont joué, car on avait pas beaucoup de matériel à l’époque. C’était de la récup’, un peu sauvage et improvisé. On branchait et on jouait très fort. C’était surtout cette attitude qu’on pourrait qualifier de «punk», plus que les compos elles-même. Ça ressemblait plus à de la pop énervée en fait. En ce qui me concerne je me suis retrouvé là un peu par hasard, mon frère chantait dans le groupe, moi je jouais de la guitare, faisais quelques chœurs et composais avec lui.

Entre ça, vos influences affichées et assumées dans l’album de Rover, comment se sont dessinés vos goûts tout au long de votre vie ? Vous pensez que votre vie de nomade a un rapport avec ?

C’est une question compliquée : les voyages ont une influence sur ma musique, c’est indéniable. On entend de nouvelles sonorités, on fait des rencontres, que ce soit en art, en amitié ou même en amour, qui influencent le fond même de la chanson. Les traits esthétiques du disque en lui-même sont également issus d’ailleurs, notamment via son réalisateur Samy Osta avec qui on a tout de suite accroché, et qui m’a permis de donner une ligne directrice. Mais ça reste une sorte de mystère, savoir d’où vient la musique et pourquoi on va vers ça plutôt qu’autre chose. C’est une question d’affect dans un premier temps, et au fond c’est un petit peu la même chose qu’en cuisine, ou qu’en amour : qu’est-ce qui nous plaît chez une femme plutôt que chez une autre ? Je trouve ça fascinant, et j’essaye justement de ne pas trop m’y pencher, pour conserver cette partie presque enfantine, pure de la passion. J’ignore ce qui me passionne réellement en musique.

C’est ce qui a façonné l’album, d’une certaine manière ?

Complètement. Les influences transpirent définitivement sur le disque, et je les assume toutes. Vous avez parlé d’Interpol et de Bowie, mais c’est aussi des choses extra-musicales comme la peinture, une histoire d’amour et son échec…

Un pays favori ?

La France ! Fantastique. Le pays que j’aime par-dessus tout.

J’ai chroniqué votre album (que j’ai adoré), et je n’arrivais pas à mettre des mots sur cet aspect «boisé» très classique du son, sans me sentir ridicule. En me renseignant sur vous, j’ai appris que Rover avait débuté en Bretagne, dans une vieille maison. Comment ça s’est passé ?

Effectivement, c’était une maison très ancienne. Je pense que vous avez trouvé une certaine tradition dans l’album, quelque chose de boisé et de romantique, qui dégage une certaine chaleur. Il a été fait avec de vieux instruments, très simples et vivants, et enregistré sur des bandes analogiques. C’est ça qui lui donne cet aspect organique. Il y a également des petits accidents. C’est ça que j’aime, au final il est bourré de petits défauts, des choses que l’on ne peut pas rectifier par ordinateur. J’ai enregistré tous les instruments présents sur le disque aussi, ça le rend d’autant plus personnel. C’est d’ailleurs là qu’il y a des défauts, parce que je suis plus faible sur certains instruments que sur d’autres. C’était quelque chose de voulu, assumé, et c’est sûrement ça que vous avez ressenti à son écoute.

« J’ignore ce qui me passionne réellement en musique »

Et comment avez-vous atterri en Bretagne après votre périple international ?

C’était une maison familiale. Après m’être fait expulser de Beyrouth, j’ai atterri en Europe : j’ai mûri le projet quelques semaines à Berlin, et je suis allé dans cette maison bretonne, chargée de fantômes, très habitée. C’est là que j’ai composé mes titres, pendant tout un hiver. La genèse de l’album s’est donc faite là-bas, mais il a été enregistré à Paris.

L’album est sorti depuis quelques temps déjà, la presse a été dithyrambique : comment avez-vous réagi à cet enthousiasme ?

C’est extraordinaire. Il n’y a rien de mieux. Au début on ne sait pas vraiment qu’on fait un album, on écrit des chansons de façon un petit peu égoïste. J’étais seul en Bretagne, et c’était un réel plaisir d’écouter mes maquettes la nuit. Et puis on se rend compte qu’on a trente, quarante chansons, un pote écoute et vous dit: «C’est génial, va jouer à Paris». Les choses se font, et on constate une cohérence entre une quinzaine de titres : le disque est là. C’est un vrai rêve qui se présente devant nous, l’album est prêt, et on commence à flipper en se demandant s’il sera compris, s’il n’est pas trop prétentieux ou même tout simplement mauvais… Des doutes arrivent, parce qu’il est sous le feu des projecteurs, des gens vont l’écouter, dans leurs voitures ou ailleurs. Et de se sentir compris par la critique, d’avoir un accueil aussi chaleureux, c’est un véritable carburant pour la suite : les gens viennent vous voir, la presse est unanime… On ne peut pas rêver mieux. C’est quelque chose qui m’a aidé à avancer.

Votre premier disque est depuis peu accompagné de quelques inédits. Vous pensez rentrer en studio bientôt ?

Si ça ne tenait qu’à moi, j’irais tous les jours en studio ! Mais la tournée prend beaucoup de place, j’essaye de composer dès que je peux sur les jours off ou les voyages. Mais pour répondre à votre question, oui il y aura une suite, car j’ai encore des choses à dire. À l’heure actuelle, je suis tellement encore dans le premier, baignant dans son ambiance musicale, le défendant sur scène, que par respect pour lui je ne pense pas encore vraiment à son petit frère.

Vous savez déjà en quoi le prochain album sera différent ?

J’espère qu’il sera différent, tout en étant dans une certaine continuité tout de même… C’est un peu comme les enfants, il n’y en a pas deux qui se ressemblent. J’espère surtout être surpris, comme je l’ai été pour le premier. Bon ou mauvais, même couleur ou pas, c’est réellement ce que je veux.

Je ne sais pas quand vous êtes arrivé à Toulouse, mais si vous avez un avis dessus je suis preneur !

On est arrivé à 13h. Extraordinaire, je me suis promené alors que je ne connaissais pas du tout, et en grand amateur de rugby, venir à Toulouse est un peu émouvant. J’en ai fait toute ma jeunesse, j’ai dû arrêter car je me suis cassé le genou, mais c’est une ville que j’ai longtemps fantasmé par rapport à ça. J’étais un grand supporter de l’équipe de Toulouse, même en ayant joué au Stade français… Personne n’est parfait ! Mais plus sérieusement, visiter la vieille ville et être dans le Sud est un véritable bain de jouvence.

Un remerciement tout particulier à Philippe Dumont et Gaëtan pour la photographie.

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