TEMPS DE LECTURE : 5 MINUTESEn Aparté avec… Chez ta mère

« Tu vas où? », « Chez ta mère! ». A chaque fois que cette réponse intervient dans une discussion, je ne peux m’empêcher de me délecter des regards surpris de mes interlocuteurs. Tandis que certains croient à une blague, d’autres, mieux renseignés, renchérissent sur une private joke de bon ton, « passe lui le bonjour », et j’en passe des meilleures. A croire qu’il était temps de mettre l’étudiant toulousain au goût du jour, de le sortir tant bien que mal de ce qu’il prend, à tort, pour le foyer d’émulation culturelle toulousain : la place Saint-Pierre. En sommes-nous arrivés là? La fréquentation croissante du café culturel associatif Chez Ta Mère, situé à l’angle de la rue Gatien Arnoult, dans le quartier d’Arnaud Bernard, tend à démontrer le contraire. Rencontre avec Olivier Chatellier, fondateur et unique employé de ce lieu d’échange atypique.

Aparté.com : Raconte-nous un peu la genèse de « Chez ta Mère ».

Olivier : A la base, c’était un projet personnel, le mien, pas du tout dans l’esprit d’un café associatif, mais plutôt d’un café culturel. Je naviguais déjà pas mal dans la sphère culturelle : j’ai bossé dans le milieu du spectacle pendant des années, entouré d’amis qui travaillaient dans le même secteur. Lorsqu’un jour, je décide de tout plaquer pour me lancer là-dedans, je me rends compte que les gens autour de moi sont super motivés, et « Chez ta mère » devient un projet commun. Le format associatif s’est imposé à partir de là.

« On est prêt à prendre des risques, à favoriser la découverte : si l’on demandait à tout voir avant, il n’y aurait jamais de première scène. »

Comment fonctionne le lieu ?

C’est un lieu qui est géré par un Conseil d’Administration d’une quinzaine de personnes. Entre vingt-cinq et trente bénévoles occupent une fonction polyvalente au sein du café, ils s’occupent d’un peu de tout ici. De mon côté, je suis le seul salarié sur l’asso : je m’occupe à la fois de la programmation, de la communication, de la gestion des stocks, des relations presse, des relations aux institutions… (rires) Un peu de tout en fait, sauf du bar, géré par les bénévoles.

Comment choisis-tu la programmation, justement ?

On avait un petit réseau au début : le lieu fait que le réseau se crée. En ce qui concerne la programmation musicale, ça pourrait être assez simple, puisqu’on reçoit environ 80 maquettes par semaine, mais ce n’est qu’une infime partie de ce que l’on programme. Aujourd’hui, au sein de la programmation, on compte moins de 20% de choses que l’on nous a emmenées; c’est nous qui allons les chercher. Tout ce qui passe ici a fait l’objet d’un coup de coeur de l’équipe du café, ce sont des choses que l’on a vues, qu’on aime, qu’on continue à aller voir. On reste à l’affût de tout ce qui se passe à Toulouse, c’est l’essentiel de notre boulot après tout. Si l’on programmait tout ce qu’on reçoit, on serait bookés jusqu’en 2016. On fait parfois des exceptions, car l’on permet aussi à des gens qui n’ont jamais fait de scène de se produire. On est prêt à prendre des risques, à favoriser la découverte : si l’on demandait à tout voir avant, il n’y aurait jamais de première scène. On programme essentiellement de la chanson et du théâtre, c’est ce qui fait l’âme du lieu. On donne des cours de théâtre, on a une scène slam régulière, une scène théâtre d’impro avec les Acides Animés. Mais Chez Ta Mère c’est aussi un lieu de résidence pour les troupes de théâtre et les groupes musicaux, auxquels on offre un lieu et des conditions techniques favorables.

« Le public qui fréquente cet endroit nous ressemble : c’est un public curieux, jeune, mais moins que celui que l’on pourrait trouver place Saint-Pierre; ce sont des gens très impliqués dans la vie associative de la ville. « 

Pourquoi avoir choisi de vous installer à Arnaud Bernard ?

Ce n’est pas un hasard. Nous n’avions pas d’attaches particulières vis-à-vis du quartier, nous avions l’habitude de sortir au Communard, au Tchuss, au Brueghel l’ancien. On s’est dit qu’il manquait une accroche culturelle dans ce lieu de passage incontournable, qui est aussi un lieu de fête. L’avantage, pour nous, c’était avant tout les loyers, parfois moitié moins chers que dans certains quartiers tels que les Carmes ou Esquirol. Le public qui fréquente cet endroit nous ressemble : c’est un public curieux, jeune, mais moins que celui que l’on pourrait trouver place Saint-Pierre; ce sont des gens très impliqués dans la vie associative de la ville. C’est un public à la fois étrange et passionnant, constitué de beaucoup d’artistes, de musiciens. Cependant, on est toujours amusés de voir le public varier d’un soir sur l’autre, au fil de la programmation.

Chez ta mère, on y vient pour commencer sa soirée?

Pas forcément. On ferme autour d’une heure du matin, et il y a encore du monde. C’est pas un lieu de « before » avant d’aller en boîte, il n’y a qu’une infime partie de nos clients qui entament leur soirée ici. On a des habitués qui suivent la programmation et viennent de façon relativement régulière, tandis que d’autres ne viendront qu’une fois, pour tel ou tel groupe de la programmation. L’avantage, c’est qu’ici, on est identifié, on n’est pas seulement un client.

Quelle image te fais-tu du quartier ?

C’est un quartier complètement fou. Plus je le connais, et moins je le comprends. Il s’y passe le pire comme le meilleur. Mon meilleur souvenir restera quand même l’accueil reçu lorsque nous nous sommes installés, trois mois avant l’ouverture. On ne se sentait pas vraiment à l’aise d’arriver ici sans attaches, il faut dire. On connaissait assez mal les gens du quartier. On a commencé les travaux les grilles grandes ouvertes pour que les gens puissent rentrer et venir nous parler. Ils sont venus spontanément, petit à petit, autant les trafiquants que les habitants du quartier. Des habitués du Tchuss sont venus nous aider, on a eu plein de coups de main de gens qui passaient par là. Il y a dix ans à peine, Arnaud Bernard incarnait le foyer de la vie culturelle toulousaine : on avait gardé cette image-là, c’est ce qui nous a poussé à nous installer ici.

Article rédigé par Julie Lafitte

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