À la une | Dans la rue | par Célia Coudret | le 21 décembre 2012  

Bugarach, 200 habitants, un village désert: coup médiatique?

Qui aurait cru qu’un village de 200 habitants caché au fond des hautes vallées de l’Aude, serait devenu un point clef de la dite fin du monde? Ce 21 Décembre, lorsque le monde s’arrêtera, seul Bugarach devrait échapper à la destruction finale. Il serait également question d’une soucoupe volante enfouie sous le pic, abritant encore des extraterrestres sensés sauver une partie de l’humanité. Les hommes se trouvant à Bugarach ce jour-là devraient donc être les élus de cette nouvelle arche de Noé.

Autant de fantasmes nourris sur Internet que par les médias du monde entier, qui se pressent d’ailleurs de venir commenter des évènements (mais lesquels ?) sur le site.

De la télé à la presse en passant par le net, un Bugarach hyper-médiatisé

Parce que ce que l’on remarque avant tout, c’est la frénésie des médias autour de ce village et du Pech de Bugarach, point culminant du massif de Corbières. « Bugarach  assailli par les foules de l’apocalypse » titrait cet été Le Figaro, « Apocalypse now » alertait Le Monde.fr début novembre, ou encore « Bugarach, seul rescapé de la fin du monde » signait le Midi Libre et L’Indépendant le 30 novembre… Autant d’articles qui n’ont fait qu’accélérer le buzz sur Internet, où « Bugarach » a été référencé plus d’un million et demi de fois sur Google. Le village a désormais une notoriété quasi-planétaire.  Disproportionné au vu de la discrétion absolue du village, où règne le silence tranquille de la campagne profonde.

Sur place, quoi qu’on pense, cette rumeur fait désormais partie du décor. « Il y aura au moins une invasion de sûre le 21 Décembre : celle des journalistes » entend-on dans le village. Ce qui laisse présager au maire d’éventuels bénéfices pour la commune : « Les caméras seront braquées sur nous, Je pourrai en profiter pour faire appel à la générosité publique pour la sauvegarde du pic » (propos recueillis par le JDD). Et le maire n’est pas le seul à avoir vu d’éventuels bénéfices à tirer de cette rumeur: « On en a rencontré certains venus s’installer et qui montent leur affaire: une femme utilisait la craie du pic pour en faire une poudre qu’elle diluait dans de l’eau… Elle promettait que si on buvait le breuvage, cela pourrait nous sauver. Elle appelait ça « la pierre de l’éternité.  Un homme du coin quant à lui, faisait payer 500 euros pour amener les gens monter le pic de Bugarach à la recherche de signes inscrits dans la nature, comme un périple mystique. Nous avons aussi rencontré une femme qui taillaient des « bâtons de protection », et les vendait près de 100 euros».

©Martin Clément

« Ça prend une tournure cette histoire, c’est pas possible ! » « L’autre jour je regardais C’ dans l’air, une émission que j’aime bien, et là ils commencent à parler de Bugarach, j’en revenais pas ! » entend-on dans le village. « C’est avec Internet que les gens ont vraiment entendu parler de Bugarach, et que certains font des milliers de km pour venir ici. Des belges, mais aussi des américains, canadiens, suisses, allemands, australiens, asiatiques, des gens qui ont de l’argent… et beaucoup de personnes voudraient rester. Alors pour l’instant, on va régulièrement là où on peut monter le pic, pour déconner, voir les huluberlus qui y viennent… Nous on est d’ici, et quand on entend parler de martiens, de soucoupe volante etc ; on ne croit pas que les gens aient pu imaginer tout ça. Ça en devient drôle : pourquoi ici, à Bugarach ? A partir du 19, il y aura des cordons de gendarmes, y compris l’Armée, pour y bloquer l’accès. »

Car malgré le côté fantasque de l’affaire, la municipalité s’inquiète de la tournure que cela pourrait prendre autour du  jour J. « Les autorités ont surtout peur des sectes qui s’installent dans les alentours, dont certaines qui craignent. Ils veulent interdire l’accès d’abord par crainte des suicides collectifs, mais aussi pour empêcher des personnes d’aller se cacher dans les grottes. Le problème avec ces souterrains, c’est que si quelqu’un se blesse, les tunnels sont si étroits qu’on ne pourrait pas faire passer un brancard, et il pourrait rester coincé » nous raconte un des habitants du village.

L’éventualité de cohortes d’illuminés, rassemblements de sectes, voire de suicides collectifs effraie. La préfecture de Carcassonne a-t-elle ainsi interdit l’accès au pic et aux galeries souterraines, du 19 au 23 Décembre. Et lorsqu’on nous propose de se rendre au bas du pic, voir si l’on trouve des campements : en dehors d’un camping-car de randonneurs et d’une voiture immatriculée diplomatique, l’endroit est plutôt désert… aucun « illuminé » à l’horizon, c’en est presque décevant.

Un carrefour où se mêlent magie, mythes et mystique

Et si Bugarach n’a peut-être rien à voir avec les Mayas, il en reste que la rumeur est née dans une zone carrefour où se mêlent mythes et légendes depuis plusieurs siècles.  Tout a débuté à Rennes-le-Château dans les années 1890 : un petit curé qui vivait trop bien avait été soupçonné d’avoir trouvé un trésor caché. Un bruit qui courra d’autant plus vite que la région est réputée en abriter plusieurs : celui des Wisigoth, des Templiers, des Cathares…

©Martin Clément

A peine arrivés, nous sommes accueillis par un habitant du coin, vêtu d’un tee-shirt sur lequel figure le fameux photomontage avec la soucoupe survolant le Pech. Auto-proclamé pour nous prof d’histoire, nous le suivons dans l’église du village, où la première chose que l’on remarque est l’absence du visage sur les vitraux…Brrr… « Ici, ça a été le refuge des Cathares, des Templiers… On se demande pourquoi il y a eu tant de gens puissants venus rencontrer ce petit curé à l’époque : dans une région paumée comme la nôtre, d’autant plus il y a un siècle… Ils s’intéressaient à quelque chose en particulier, le quoi exactement reste un mystère. Ma théorie : le curé avait trouvé le Saint Graal (en anglais : sang royal), qui n’était autre que Marie Madeleine (…) ce devait être cela son trésor, et le Vatican a du payer son silence ». Une autre théorie (plus historique) présente plutôt ce fameux curé comme un escroc ayant fait affaire à Paris, et resté discret sur ses sources de revenu… « Sans croire à toute cette histoire d’extraterrestre et de fin du monde, je pense qu’il y a ici beaucoup de planques… et peut être existe-t-il effectivement un trésor -matériel caché dans la région. Une région restée vierge, où certaines personnes ou groupe de gens pouvaient cacher des choses dans les églises… »

Une seule particularité du site : sa géologie

Car la première chose que l’on remarque en regardant le Pech de Bugarach: c’est sa forme inhabituelle. Révélée à la fin du XIXème, Léon Carez démontrait en 1889 comment la position de cette montagne était due à un décollement de terrain, les plus anciens reposants sur des terrains plus récents. Un décollement lié aux mouvements de l’écorce terrestre lors de l’affrontement des plaques Europe et Ibérie. Nommée par défaut « montagne inversée » par un publicitaire, ceci a également joué dans la mystification du lieu. Pourtant, cette particularité n’est pas exceptionnelle puisqu’on la retrouve dans la région de Gavarnie, entre autre…

La fin du monde ne viendrait donc pas de la lecture des faits géologiques non plus. Seuls les astrophysiciens pourraient finalement prévoir une « apocalypse », puisque le Soleil deviendra une géante rouge qui absorbera la Terre, dans disons… cinq milliards d’années ? En attendant, les intéressés pourront toujours essayer de participer à la rave-party organisée de l’autre côté du pic (du dire des gendarmes sur place).

Et alors que s’annonce la fin de la journée, que la nuit s’apprête à tomber, on entend soudain des hurlements étranges accompagnés de bruits résonnant dans toute la vallée… Un illuminé, enfin ? Et bien non, ce n’était que le berger qui rapatriait ses moutons.

"Le Relais de Bugarach, un lieu devenu presque cinématographique"

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