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TEMPS DE LECTURE : 3 MINUTESFILM/ La Terre outragée

 

Titre : La Terre outragée

Réalisateur : Michale Boganim

Date de sortie : 28 mars 2012

Pays : France/Pologne/Ukraine/Allemagne

Le film en un tweet : « Retour inédit aux origines de #tchernobyl, un univers pétrifié, tant au cinéma que dans la réalité, depuis 25 ans. »

 

 

Commentaire : Premier regard cinématographique sur l’événement, La Terre outragée revient sur l’incident nucléaire d’avril 1986, à coups de variations scéniques sur les acteurs et les spectateurs de la catastrophe. Fissuré par une brèche de dix ans, entre l’évacuation et le réinvestissement touristique de l’espace, La Terre outragée apporte, quoiqu’on en dise, un angle symbolique et ne se contente pas de narrer l’histoire d’un drame à plaie ouverte : il la met en scène, et fixe le délitement des sentiments, des corps, du passé.

La mère d’Anya suggère le message des premiers plans : « le pire se passe sans bruit » : aux origines du drame, la radioactivité invisible les contamine tous mais laisse tout le monde dans une impuissance généralisée, et l’ingénieur, un des seuls au courant, et qui ne peut en parler, se jette dehors, éperdu, tentant d’en sauver quelques uns de la pluie radioactive.

Pétrifiée dans sa radioactivité, Pripiat est, après dix ans, une cité figée dans le temps : les bâtiments abandonnés, les rues évidées, la grande roue encastrée sur place, tout est plongé dans un silence atomique, et la pénétration suppose un laisser-passer implacable, rappelant, à très gros relents, la « zone » du Stalker de Tarkovski.

Anya, dont on apprend peu de temps après la catastrophe que le mari est devenu radiogénique, constitue, après coup, le noyau dur de l’intrigue. La fuite radioactive a détruit son amour, puis frictionné ses attaches : elle est sentimentalement écartelée, dix ans plus tard, entre l’homme qui incarne le changement définitif et l’autre, qui implique l’ancrage irrémédiable à la vie enracinée sur place, à Pripiat, où quelques insubmersibles sont restés : ceux qui persistent à vivre enchaînés à leur passé.

 

Contexte : À l’occasion du 25ème anniversaire de l’incident, il semblait plus que temps pour cette rétrospective encore jamais tournée, sinon à coups de documentaires mais jamais de fictions. Le bulldozer émotionnel qui passe dans la brèche temporelle, au milieu du film, s’active en ce sens à réveiller les émotions, pétrifiées elles aussi, et s’acharne à remettre le déluge artificiel au goût du jour cinématographique, après la piqûre de rappel japonaise l’an dernier. Surlignées, ainsi, sont les conséquences inexorables d’un drame continental qu’il ne faudrait se résoudre à oublier.

Séquences dispensables : Quelques unes dans la seconde partie, qui en fait un peu trop sur les bouleversements irréversibles. Quoique, ça reste accrocheur.

Séquences indispensables : Les plans post-catastrophe sur Pripiat : la radioactivité y frétillera pour des millénaires, les habitudes du passé y sont donc définitivement abolies.

 

Réplique à retenir : « Le pire se passe sans bruit. »

Morale : Le passé, fut-il catastrophique, rattache. Et quant au choc nucléaire, personne ne tient, en fin de compte, à se débarrasser de son souvenir. Tchernobyl constitue un poids irrémédiable pour tout le monde.

Pourcentage : 78%

Avis du conseil : Une séquence du passé ramenée avec brio dans les cadres contemporains du cinéma. Bien, bien.

Suite logique : On va pas citer Fukuyama, ce serait trop commode…

 

 

 

Article rédigé par Paul Conge

Rédac' chef du webzine. Je promène mon objectif du côté des minorités, des dérives policières et des anars de tout poil.

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