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TEMPS DE LECTURE : 6 MINUTESCroisées Créatives : la soirée spectacle

L’idée de faire de la Chapelle des Carmélites un terrain d’expérimentations artistiques, un laboratoire créatif, le temps d’une journée, d’un événement, est née peut-être même avant que ne naissent en vérité les Croisées Créatives. Et c’est très certainement cette idée même qui permit d’envisager plus concrètement ce que nous voulions faire de ces Croisées.

Les Carmélites : une chapelle, un lieu anciennement sacré, aujourd’hui profane et quelque peu oublié. Située rue du Périgord, petite ruelle retranchée du centre ville, elle est rendue peu visible par sa très (trop) discrète porte, qui ouvre sur une petite cour intérieure qui ne laisse nullement soupçonner la merveille dorée que l’on découvre lorsque l’on monte le perron et que l’on accède à l’intérieur.

A l’intérieur justement, c’est le silence qui règne. Et, dans un lieu de 30 mètres de long, 10 mètres de large et de plus de 10 mètres de haut, le silence, voyez-vous, cela s’entend. Elle a été à plusieurs occasions rebaptisée « la Sixtine Toulousaine », et pour cause. Ses murs sont recouverts de tableaux gigantesques, 3 mètres par 3 pour la plupart, représentant les scènes clefs de l’histoire chrétienne, et réalisés par Jean-Baptiste Despax. Le plafond est lui aussi recouvert des peintures réalisées au XVIIIème siècle par le peintre Jean-Pierre Rivalz, maître du premier. Le tout confère au lieu une atmosphère hors du temps, faite d’un doux mélange entre passé et présent, sacré et profane,  recueillement et visites.

Du constat fait du cruel manque de mise en valeur dont souffre ce lieu, naquît l’idée, si folle au début, de l’investir le temps d’un événement qui permettrait de le faire revivre grâce à des formes artistiques aussi novatrices qu’inattendues. De la peinture, de la danse, des arts numériques : qu’importe la forme, pourvu qu’elle crée et entretienne un paradoxe temporel entre ce que furent les usages religieux du lieu, ce que sont aujourd’hui ses visites toute en retenue et discrétion, et les possibilités que nous permettaient le lieu si l’on se défaisait de cet impératif inconscient de silence et contemplation.
Ainsi, après un temps relativement long de négociations pour obtenir la Chapelle, cette dernière a fait un saut dans le futur, et une fois de plus, Aparté s’est délectée de brouiller les frontières : de temps, de formes, d’expression. Il s’agissait  de faire du lieu une peinture géante et surtout vivante. Il fallait se défaire de la chape de plomb que le temps avait posé sur elle. Cela impliquait de trouver les artistes qui coloreraient ensemble l’atmosphère pour mieux la redécouvrir.
Dans la cour extérieure d’abord, nous avons eu le plaisir de voir travailler en direct Anastasia Akulinina, aka KFKS, graphiste et illustratrice russe basée à New York, avec qui nous avons collaboré à plusieurs reprises au cours de cette année universitaire. Ce fut elle en effet qui réalisa l’affiche de la X-Arts Party de février, mais aussi celle des Croisées Créatives. De passage à Toulouse, elle a participé aux Croisées, et il allait presque de soi qu’elle soit présente aux Carmélites, lieu symbole pour cette première édition, de  la « croisée » des arts et des époques. Son style graphique aux influences très urbaines, exposé dans la cour de la chapelle, participait du paradoxe artistique que nous avions défini comme ligne principale de cette manifestation.

Puis, débuta à l’intérieur le « spectacle », à proprement parler. Et pour commencer justement, nous avons réinvité des danseurs du Dreamworks Crew, qui étaient déjà présents au Connexion Café en février lors de la X-Arts. Pas d’enfants du chœur sur l’autel, ni de chants sacrés, mais bien plutôt du hip hop, cette danse aujourd’hui reconnu mais qui naquit dans la rue, bien loin de l’institution. Les deux danseurs ont partagé leur énergie avec un public assis à même le sol, face à eux, porté par les beats rythmés venus troubler le silence du lieu. Ils ont fait de l’autel une scène urbaine, et leur performance s’est surajoutée et intégrée aux scènes religieuses qui les entouraient de toute part.

Mais l’élément-clef de cette soirée spectacle fut la performance mapping réalisée par un jeune collectif toulousain constitué de deux étudiants, Anthony Lejuez et Lucas Dossetto. Le mapping est l’adaptation d’un contenu vidéo à un espace 2D ou 3D, afin de créer une image sur un volume ou une surface déjà existante. Il s’agit donc « d’installations » in situ qui permettent de rhabiller pour un temps un objet, une façade, un bâtiment, etc. L’idée même de « mapper » les Carmélites est donc née par et pour ce lieu : c’est en s’imprégnant de l’ambiance de la Chapelle qu’il a ensuite été possible d’envisager les nombreuses possibilités et opportunités artistiques qu’elle offrait. La technologie numérique, appliquée aux performances audio-visuelles, présente, en effet, cet avantage qu’elle permet de revisiter radicalement un lieu, sans pour autant en endommager un millimètre puisqu’il ne s’agit que d’une simple projection lumineuse. Le mapping permet donc de mettre le spectateur face à une toute nouvelle façon de voir, le temps d’une performance visuelle et sonore éphémère, qui ne laisse aucune trace certes, mais qui n’en reste pas moins bien « visible ». Ainsi, pendant une vingtaine de minutes, le tableau de L’Annonciation réalisée par J.-B Despax il y a de cela plus de 200 ans a été réinterprété par les 2 membres du collectif, pour qui cette performance constituait une première, rappelons-le. La playlist électronique choisie pour mener et accompagner l’image a laissé retentir des sons puissants et profonds, tantôt sombres, tantôt colorés, souvent psychés. En quelques 20 minutes donc, Marie et Gabriel sont apparus, ont été observés, oscultés, transformés, presque malmenés, pour finalement, se voir rendre gracieusement la place qui était la leur, dans le calme et le silence des murs de ce lieu mystique.

Quel meilleur hommage, finalement, que celui qui se veut irrévérencieux ?…

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Article rédigé par mariem

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