Home >> Culture >> Critiques >> TEMPS DE LECTURE : 4 MINUTESALBUM / Arctic Monkeys « Suck It and See »

TEMPS DE LECTURE : 4 MINUTESALBUM / Arctic Monkeys « Suck It and See »

Titre : Suck It and See
Artiste : Arctic Monkeys
Année de sortie : 2011
Pays : Angleterre

L’album en un tweet : « Y a des titres d’albums qui devraient être interdits. #traductionlitterale »

Commentaires. Quatrième album du fantastique quatuor de Sheffield, Suck It and See, disque au nom élégant, subissait une pression-monstre depuis la métamorphose lo-fi de Humbug deux ans auparavant. Et pour cause, la pop garage et nerveuse de ces sales gamins banlieusards avait laissé place à un rock poussiéreux, plus proche d’Ennio Morricone que d’Oasis et des Sex Pistols. Les fans de la première heure attendaient un retour aux sources, les autres la poursuite de cette quête de mélodies pleines de reverb. Le changement, osé et réussi, avait quand même fait passer le style global de Brianstorm à Cornerstone, des pulls à col roulé aux barbes et cheveux longs. Bref, les Arctic nous avaient donné une des plus belles maturations de leur génération, s’étaient sentis pousser des burnes sous le soleil de Californie et la houlette de Josh Homme. Alors autant être clair : plein de promesses, Suck It and See ne relèvera que partiellement le défi. Concilier les deux catégories de fans (ou tout du moins, celle qui ne supporte plus l’autre) n’était déjà pas une tâche aisée, c’est le cas lorsqu’on constate que Library Pictures côtoie Love is a Laserquest, deux fleurons, dans leurs deux plus pures lignées stylistiques. Malgré ça, les stigmates américaines restent présents, le son est allégé, les mélodies explosent de manière plus honnête, moins gênée que sur Humbug (She’s Thunderstorms, Don’t Sit Down ‘Cause I’ve Moved Your Chair, le morceau-titre) ; en soit, Alex Turner et ses petits potes ont pris le meilleur de leur transformation, en laissant parler leur style propre, celui qui leur faisait alors défaut, made in UK. Ceci n’explique pas la déception que rencontreront les fans irascibles de la première heure, ceux qui s’attendaient à ce que le fameux leader se dise finalement, « Bon ok, les Last Shadow Puppets c’était sympa, mais maintenant j’ai envie de péter quelques cordes et d’insulter mon public. » Ceci n’arrivera pas, n’arrivera plus. Suck It and See en est la preuve : les changements sont maintenant trop importants, les manies mélodiques de Turner, sa passion pour les westerns sont autant d’arguments irréfutables. Ne vous laissez pas berner par la simplicité confondante de sa pochette : Suck It and See est un joli compromis, tiraillé entre les attentes qu’il suscitait et la nouvelle identité de ses géniteurs.

Contexte. Conscients de la claque qu’ils avaient asséné à leur public et aux critiques avec Humbug, Suck It and See a finalement coulé de source pour les sales gosses du rock anglais, eux qui étaient partis faire un spin-off de leur musique aux États-Unis, sans savoir que leurs habitudes allaient être changées de manière drastique et définitive. Suck It and See est un retour aux sources manqué, oserais-je écrire « un ratage magnifique » alors que l’album est rempli de perles ? Ouais, non en fait…

Instant dispensable. The Hellcat Spangled Shalalala, un poil trop terne, single incompréhensible face aux prouesses que renferme le disque.
Instant indispensable. Trop, même si j’avoue des faiblesses pour Piledriver Waltz (entièrement composée par Turner, originellement sur la BO du film Submarine) et son refrain en ternaire qui donne envie de valser avec une jolie fille.

Rider :
– Lieu : un bar sympa, ces bars qui sentent la bière, avec des grosses tables en ébène. Vous seriez assis dans un coin à côté des brochures gratuites que personne ne lit. Pas même vous, bien sûr.
– Météo : début de soirée d’Hiver. Il fait déjà nuit, il est 18h, ça fout les boules, le bar s’impose.
– Mood : nostalgique.
– Boisson : une bière, servie par une serveuse un peu dégueulasse.

Ce qu’en diront les autres : malgré les changements opérés, les fans resteront fans, ceux que ça emmerde resteront emmerdés par leur musique. Les Arctic disposent de cet improbable paradoxe, qui réside dans le fait de rameuter des cohortes de fans persuadés de leur génie (et ils ont raison, hein) qui essayent de convaincre les éternels sceptiques, qui eux ne comprendront jamais cet engouement. Un peu comme Lana Del Rey quoi…

Avis du conseil : pop moderne de qualité, bourrée d’influences. Mention spéciale.

Suite logique. Alex Turner a lâché le morceau : Miles Kane rejoint les Arctic quand il veut. Prions pour que ce ne soit pas le cas, d’autant plus que les Last Shadow Puppets sortiront leur deuxième album cet année. La suite, logique ou pas, ce  ne sera pas avant 2013 a priori.

Pourcentage : 90%

En concert au Zenith le 6 février prochain, en compagnie de Miles Kane.

Article rédigé par Matthias Haghcheno

(A)parté pas si vite !

Un huis-clos dans l’invisible violence des couples lesbiens

Pour la journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, le dimanche …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *