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TEMPS DE LECTURE : 16 MINUTESFESTIVAL / Transmusicales de Rennes

 Entre le 1er et le 3 Décembre se déroulait à Rennes la 33è édition des Transmusicales à la programmation ouvertement focalisée sur la découverte. Guillaume, parti couvrir l’événement pour Radio FMR nous ramène le récit de ses aventures dans ce pays qu’on appelle la Bretagne. Finalement, c’est assez facile pour un jeune journaliste amateur de prendre ses marques dans la véritable institution qu’est ce festival.

JOUR 1

Arrivée à Rennes le jeudi en pleine après-midi un voyage en train corail de 8h derrière moi. A peine suis-je entré dans la gare que les Transmusicales me donnent l’impression d’un Disneyland urbain où les joyeux bambins seraient remplacés par des hipsters condescendants…(dit le type qui débarque avec une paire de wayfarer de vue dans la poche). En ce qui concerne les mascottes Mickey et compagnie, le rôle est tenu par les artistes eux même que l’on peut croiser à tout hasard dans les rues bondées et humides de la ville.

Donc, a peine arrivé, premier exploit, en moins d’une heure je réussis à trouver mon hôtel, récupérer mon accréditation et foncer à mon rendez-vous avec le service de comm’ qui m’est attitré. Il faut dire que le plan de Rennes distribué avidement à tous les festivaliers m’a bien aidé. On peut y trouver l’emplacement de tous les bars de la ville ainsi que toutes les salles de concert (attraction). Tout comme à Marne la vallée j’vous dis ! Ah et oui, les bars, très importants, non pas par souci de consommation intense de boissons à caractère houblonné, bien que l’on soit jeudi soir et que les rues regorgent d’étudiantes imbibées mais car, en parallèle des Transmusicales en elles-mêmes, se déroule au centre ville une autre programmation: les bars en trans.

C’est dans ce cadre là que j’ai rendez vous avec La Femme. Le service de comm m’indique un petit rade à deux pas : le Sambre dans lequel devrait se trouver le groupe.

Je reconnais direct les fameuses têtes blondes peroxydées avant même d’entrer. Ils sont chauds pour l’interview, le seul problème est de trouver un coin calme dans ce petit bar à la musique d’ambiance trop forte typée cubaine. « Je fume juste une clope avant, t’en veux une ? » Je ne sais pas pourquoi je m’étais imaginé La Femme comme des gens froids aux chevilles gonflées. C’est le groupe le plus sympa que j’ai jamais interviewé. Comme dirait l’autre, « ils s’prennent pas la tête quoi ». Ce sentiment vient-il du fait que nous sommes nés à peu près au même moment, que la musique nous a frappé à peu près de la même façon ? Quoi qu’il en soit, je me retrouve dans ce qu’ils expriment. La Femme a un cheminement de pensée et une attitude que je n’espérais plus chez les jeunes groupes (bon en même temps j’en rencontre pas tout les jours).

Interview en speed tout de même puisqu’avant de faire froid dehors, il fait surtout faim. Je ne sais plus trop comment s’est négocié la chose mais me voilà marchant dans les rues pluvieuses de Rennes à la recherche d’un casse croute avec La Femme. Nous nous arrêtons finalement devant une crêperie. Lorsque nous nous asseyons à table, j’ai l’impression de faire tâche avec mes cheveux châtains.  » On a des tickets, c’est gratos pour nous « . Pour ma part, les prix n’étant pas affichés sur la carte, je décide de me contenter d’une entrée…Finalement la convivialité l’emportera sur le professionnalisme : les sujets de conversations vont de la qualité du poisson jusqu’à Harry Potter en passant par le démontage du journal « 20 minutes » qui les avait comparés à la parodie d’Indochine par les Inconnus… Dur.

– » Des mecs vont dans les librairies pour écrire « Dumbledore est mort » à l’intérieur du livre

Dumbledore meurt ? Sérieux ?

oups… haha, désolé« 

-« non mais 20 minutes, leur première page c’est une pub… ça en dit long« 

Peu à peu, le restaurant se remplit. Quelques regards indiscrets filent dans notre direction. Je ne pense à sortir mon enregistreur qu’entre le plat et le dessert et c’est là que je réalise la difficulté de réaliser une interview à table.

 » Il y a eu une méthode de travail différente sur le nouvel album [ qui sortira d’ailleurs au printemps ] ?  » .

On s’est enfermés pendant des jours dans

Alors la tarte aux pommes c’est pour qui ?

– Pour moi !

– Ouais on a travaillé à la manière de…

– la salade de fruit ?

a la manière du docteur Moreau ,crunch crunch… élaborée en 1949″

photo Laurent Chouard

Retour au Sambre, la salle est bondée jusqu’à n’en plus pouvoir. Juste le temps de boire quelques verres avec le groupe et les voilà partis se préparer pour le show. Je descends au sous-sol, lieu de l’action. La scène est minuscule, l’endroit doit faire grosso-modo 30 m² et 200 personnes s’y entassent.

La Femme commence à jouer, la foule ne se déchaîne pas car il est tout simplement impossible de bouger mais le coeur et les cris y sont. Les premières notes de Télégraphe sortent, alchimie parfaite synthé/guitare. J’écoute la Femme, je ressens des sensations. Mais difficile de prendre son pied avec autant de monde. Je dois être un peu agoraphobe, la foule m’oppresse. J’attends la fin en apothéose de Paris 2012 pour m’extirper non sans violence de la foule.

Dehors, je vois un texto. Des amis m’attendent à la soirée des Inrocks… je regarde en arrière, les escaliers menant au sous sol sont complètement bouchés. J’ai vu ce que je voulais voir ici, direction « le Backstage », bar a « dix minutes a pied d’ici » m’assure t-on. Oui dix minutes peut-être quand on connait… Après avoir demandé mon chemin quatre ou cinq fois et fait demi-tour le même nombre de fois, j’arrive enfin à destination au bout d’une demie-heure.

A mon grand étonnement, le bar est à moitié vide. Sur le papier, ce sont les journalistes des Inrocks aux platines mais ce soir les platines sont un peu molles. Je tape vite fait la discut au DJ, je lui demande:

–  » Tu travailles aux Inrocks ?

Na, mais je suis a la une des Inrocks spécial Rennes « 

Le mec aux platines n’est autre que le chanteur/guitariste/claviériste du groupe rennais Juveniles. Au moins je l’aurai rencontré avant de faire son interview demain. Je finis ce premier soir au punch, pas d’alcool fort pour l’instant les choses sérieuses n’ont pas encore commencées.

JOUR 2

 

Enorme grasse mat’ sans le faire exprès. J’arrive en panique dans l’espace presse installé au Liberté, un grand bâtiment/salle de concert du centre ville. Bien qu’on me rassure en me précisant que mes interviews ne sont que ce soir et au parc expo, je suis frustré car il n’y a plus de café. Je tourne avec honte au redbull, il est 14h30…

Energisé, je fonce à l’Ubu, une salle à côté du Liberté pour mon premier vrai concert : les Juveniles. Arrivé devant la salle, je regarde l’heure, le concert à déjà commencé et une foule monstre est amassée devant l’entrée. Je contourne et rentre par l’issue de secours avec les mauvaises grâces du videur (merci mes chers bracelets/pass média).

La salle est entrée dans une faille spatio-temporelle en direction de la new wave anglaise des années 80. Ambiance très surfaite mais ambiance quand même. Les synthés résonnent et électrisent une foule de convaincus. La voix assurée du DJ des Inrocks rencontré hier soir boucle l’atmosphère. L’un des musiciens dit « bonsoir », c’est vrai qu’il est inhabituel de jouer l’après midi… en même temps la salle est toute noire.  Quoi qu’il en soit c’est bon, je suis chaud pour commencer ma journée. Je reste pour quelques morceaux de Splash Waves qui jouent a la suite. Leur électro 8-bits agrémenté de vocodeur réussissent à m’extirper quelques pas de danse.

les juveniles à l’ubu vendredi après midi

Départ en navette à 19h30 pour le parc expo de Rennes où se tiennent les festivités de ce soir. Après avoir montré patte blanche deux ou trois fois, je traverse les immenses halls encore vides. Arrivée dans l’espace presse/Vip magnifiquement décoré : lumière feutrée, canapés, poufs, arbustes… Ma chargée de communication m’annonce une mauvaise nouvelle : l’interview de Totally Enormous Extinct Dinosaurs a été récupérée par le Mouv’ donc annulée pour moi. Je m’indigne rapidement mais je m’occuperai de ça plus tard, j’ai d’autres chatons à fouetter pour le moment. Interview avec les Juveniles.

 » Rapidement… on doit foncer au studio du Mouv’ pour un live dans 10 minutes  » (décidément).

Donc interview à l’arrache des Juveniles, groupe rennais promis à un bel avenir. Les exs Russians Sextoys/Wanking Noodles ne semblent pourtant pas avoir la précision face à l’attente qui les entoure.

 » On travaille, on répète beaucoup. Tu parlais de grande salle, on fait la Lambra en première partie de Yelle le 13 Décembre à Paris, c’est plutôt cool… La pression, ça sert a rien de se la mettre et nous on nous attend pour faire de la musique et donc on fait de la musique « .

Je fonce avec les Juveniles au studio du Mouv’ installé en plein Hall 5. Sur la scène de la radio monopolisatrice, les Stuck in the Sound sont en train de jouer Toy Boy, morceau qui me rappelle mes jeunes années insouciantes. Le live lui donne une autre dimension. La voix de José (oui José), le chanteur à la voix haut perchée et à la tête encapuchonnée  me fait presque oublier pourquoi je suis là. J’aborde une fille du Mouv’ qui m’annonce que leur interview de Totally Enormous Extinct Dinosaurs (pour la suite on dira TEED car c’est l’un des noms les plus chiants du festival avec Kakkmaddafakka) est prévu à 23h10.

Soit, au moins cela me laisse le temps de profiter un peu des concerts.

Rendez vous dans le Hall 9, sorte de Zénith improvisé, gradin à l’appui pour assister au concert très attendu des Breton. Le live a du mal à partir et je n’aime pas particulièrement les intros en arpèges interminables (vieux souvenir d’un Sebastian style crissement de craie à Garorock). Heureusement, leur math rock énergique et novateur pointe vite le bout de sa guitare. Les images diffusées sur écran géant collent parfaitement à la musique et lui donnent même vie : des formes géométriques simplistes se mêlent à des images d’une beauté complexe, presque insaisissable en constant mouvement. Les Breton jouent de même alternant électro, rock, mélodie et même hip hop, le tout dans une parfaite logique.

Live Breton aux transmusicales

Retour devant les studios du Mouv’. A côté de l’entrée, je reconnais cette silhouette grande et mince. C’est Orlando Higginbottom (un nom qui ne s’invente pas) alias TEED. Il accepte mon interview mais seulement après être passé par Laura Leishman.

C’est un ovni total dans le deejaying à la musique extrêmement riche. Au départ, son projet musical était une réaction contre le milieu électro.

 » Ça m’ennuyait de voir tous les soirs les gens jouer les mêmes mer… trucs, les mêmes sets où que tu sois. C’était très chiant d’entendre des sons très proches que se soit dans une soirée drum’n’bass ou hip hop par exemple. C’était juste des trucs formatés et à la mode et je voulais faire quelque chose de vraiment différent, quelque chose sans aucun rapport avec ça. Alors, j’ai pensé à m’habiller comme un dinosaure. »

A peine le temps de recevoir les compliments de mes confrères pour la récupération de cette interview à la base annulée et je fonce au Hall 4 pour voir ce merveilleux illusionniste sonore qu’est Colin Stetson.

Le Hall est relativement plein, Stetson, lui, est seul sur scène avec son saxophone. Il envoie de l’air dans la machine pendant plusieurs minutes sans interruption. Il remercie les gens de ne pas fumer. On comprendra tant l’épreuve doit être tendue pour ses poumons. On entend parfois des sons mélodieux par dessus le saxo, qu’il exprime a la ventriloque. Les rythmes sont assurés par les touches de son instrument à vent qu’il manie avec une précision bluffante.

colin stetson

C’est le concert qui représente l’esprit des Transmusicales. Une salle remplie devant une performance totalement expérimentale au son inclassable, venu d’ailleurs.

La suite se passe au Hall 9, c’est la première fois que je vois l’endroit aussi bondé. On attend tous SBTRKT (prononcez « Subtratk ») qui se montrent enfin. Etrangement, j’ai d’abord du mal à être réceptif à leur musique. Ce soir, je n’ai pas envie de dubstep et j’ai déjà trop mangé de synthé. J’arrive finalement à saisir le compromis entre électro pop noisy et chant mélodique. Je m’éclate enfin sur la musique des deux anglais masqués en communion avec la grande majorité des personnes présentes. Malheureusement, c’était déjà le dernier morceau.

Ou l’avant dernier je ne sais pas. De toute façon je suis déjà à la Green Room d’Heineken, mon taux d’alcoolémie étant ridiculement bas pour un vendredi soir à 2h30.

Tiens d’ailleurs avec tout ça, j’ai loupé Silverio, le mexicain déganté. A ce qui parait, il est souvent en slip sur scène un peu comme un Katerine latino.

Déjà presque 4h ?! Le temps passe vite, trop vite. Je ne me souviens plus où passe TEED, on m’accompagne jusqu’à sa scène mais on m’abandonne vite. La volonté a quitté depuis un petit moment mes amis.

En ce qui me concerne la volonté est toujours là, mais le corps ne suit plus. Heureusement TEED arrive avec sa tenue carnavalesque et ses danseuses. Ses premières notes sonnent comme un réveil céleste, comme une invitation à une fête futuriste, ce qui est assez troublant de la part d’un dinosaure.

 

Orlando Higginbottom alias Totally Enormous Extinct Dinosaurs

Tel un hôte soignant ses convives, Higginbottom ne nous demande pas de grand effort dès le début. On anticipe l’arrivée de la violence électronique dans ce concert en crescendo. Son tourbillon de chant, de danse hauts en couleur et d’électro house 8 bits défibrile mon esprit qui prend le dessus sur la pauvre matière qu’est mon corps endormi. Il m’est d’ailleurs impossible de suivre les pas des danseuses qui bougent pourtant en shoegaze. Le live et le visuel donnent une dimension astronomique à des titres comme Garden ou Dream On, Household Goods devient plus épique qu’il ne l’est déjà.

Le show se termine, je demande machinalement quelle est la suite des évènement. Rien ? Ok, dodo

JOUR 3

 

Je ne pointe mon nez dehors qu’en milieu d’après midi. Il pleut, mais a t-on besoin de le préciser ? Briefing à l’espace de presse, on m’annonce que mon interview de Jupiter pour les Bar en Trans est décalée à 23h. J’annule… bien que j’apprécie l’ambiance chaleureuse du centre ville, les Jupiter me font moyennement envie et ce soir je ne veux rien manquer au parc expo.

Arrivé devant les géants métalliques, l’un d’entre eux m’attire plus que les autres, le Hall 9. Le son qui est produit à l’intérieur fait vibrer l’édifice en rythme. A l’intérieur, ce n’est autre que le mystérieux Zomby, un masque d’anonymous sur le visage, qui est en train de hacker les platines.

Le bougre enchaîne jungle beat et dubstep 90’s sans se laisser distraire par la foule totalement hermétique à sa musique plus intimiste qu’extrémiste. A un moment, l’anglais masqué balance une électro noise super cliché limite machina histoire de se mettre les douchebags de la salle dans la poche, donc de les faire bouger. L’opération réussit, le brillant DJ anglais finit son set comme il l’avait commencé, mêlant électro d’hier et d’aujourd’hui. Son côté old school restant quand même prédominant.

we are zomby, we are legion

 

Juste le temps de prendre une bière, retour dans le zénith improvisé. Les Carbon Airways ont déjà commencé à jouer devant une fosse bondée et bondissante. Je dois avouer que j’attendais ce concert, pas particulièrement pour la musique mais pour voir comment se démerdaient deux gamins de 14 et 15 ans.

Les bêtes de foire gèrent sur scène en nous transmettant une énergie plus que foudroyante.Pour ce qui est du son, rien de nouveau, on entend déjà ça de l’autre coté de la Manche depuis quatre ou cinq ans. Mais les Carbon ont bien compris que ce qui plait à la masse c’est l’électro bien bourine et ouvertement industrielle. La foule en délire se prosterne sûrement un peu trop vite devant des compositions qui manquent trop de maturités (ouais bon… vu l’âge en même temps on les excusera).

Pause bien méritée avant de me retrouver aux alentours de minuit devant Agoria, le DJ français dont tout le monde parle, en tout cas ici, aux trans.

Prestation gargantuesque, que ce soit dans le visuel (projection d’images en géant) que dans la musique. Bon certes, c’est de la house réchauffée, sortie du placard tel un falzar qu’on a depuis quelques temps, mais bordel qu’est ce qu’on l’aime et qu’il nous va bien. Il est une heure et quelque du matin l’électro d’Agoria nous quitte et le public conquit redescend peu à peu sur Terre.

agoria
Hall 9 (photo T. Bregardis)

 

Éreinté par le marathon sonore de la soirée, je décide d’aller tester les canapés de l’espace presse, je m’en veux un peu d’avoir loupé le québécois Galaxie. Je crois que je vais terminer ma soirée ici, à peine installé que des producteurs toulousains en charmante compagnie m’offrent une bouteille de champagne, il m’est très difficile de refuser.

Je sens se terminer mes premières Transmusicales. On dit qu’une fois n’est pas coutume mais je pense déjà revenir l’année prochaine.

Article rédigé par Matthias Haghcheno

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