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TEMPS DE LECTURE : 6 MINUTESLa dictature du rose et du bleu : fiers de nos couleurs ?

La petite fille sera jolie, sensible, coquette et bavarde; le petit garçon, quand à lui, sera tout aussi naturellement viril, bagarreur, fort et courageux. Il n’y a pas si longtemps que ça, penser le sexe en terme de données biologiques, c’est à dire comme un élément déterminant quant à nos futurs goûts et intérêts, faisait partie intégrante des mentalités. Pourtant, s’il nous est encore difficile d’habiller un petit garçon en jupe, les voix ne manquent pas de se soulever contre cette vision réductrice et particulièrement caricaturale des différences qui régissent les sexes féminin et masculin : on pense notamment à la polémique déclenchée sur Facebook en juin dernier, en réaction à des bodys Petit Bateau, jugés sexistes.

En faisant de certains traits physiques et moraux la spécificité d’un sexe plutôt que d’un autre, la marque a suscité une vive controverse, allant même jusqu’au boycott de ces produits. Mais d’abord, pourquoi ces deux couleurs, et surtout, pourquoi le rose pour les filles et le bleu pour les garçons ?

Le saviez-vous ?

Depuis longtemps, les scientifiques, tout comme les sociologues, s’intéressent à l’engouement des filles pour la couleur rose, aussi bien qu’à celle des garçons pour la couleur bleue. Les explications sont nombreuses et parfois aussi crédibles qu’un horoscope annuel : savant mélange de légendes urbaines et de traditions plus ou moins perpétrées, de données scientifiques et sociologiques, il est souvent difficile de démêler le vrai du faux. Or, dans de nombreuses études sur la question, on retrouve souvent la même anecdote : dans l’Antiquité, il était plus favorable de mettre au monde un garçon qu’une fille, le garçon étant source de revenus et protégeant le foyer. Considéré comme béni des dieux, on l’entourait donc d’un linge de couleur bleue, une couleur associée au ciel. Quant à cet intérêt que portent les filles à la couleur rose, on l’expliquerait par une légende allemande, rapportant que les filles naissent dans des roses, mais aussi par la couleur de leur peau à la naissance. Mouais.

JeongMee Yoon, une jeune artiste sud-coréenne, s’est lancée dans une thèse visant à définir les tendances dans les préférences culturelles et le goût des enfants, après avoir elle-même constaté le profond engouement de sa fille pour les objets de couleur rose. Elle photographie alors des enfants en bas-âge, filles comme garçons, entourés d’objets faisant partie intégrante de leur quotidien. A travers son travail, elle cherche à montrer l’impact de ces préférences chromatiques sur l’univers des enfants et ce encore aujourd’hui. Lors de ses recherches, elle constate que le rose était, jusqu’à la Seconde Guerre Mondiale, une couleur considérée comme étant plutôt masculine. Sur son site, elle raconte qu’en 1914, le journal américain The Sunday Sentinel conseillait aux mères respectant les conventions d’utiliser du rose pour habiller leurs garçons et du bleu pour habiller leurs filles.

 

Homophobie, dérives sexistes.. La recherche de la mixité au service de l’égalité ?

Une étude réalisée par ABC+ pour l’observatoire Fisher-Price montre que certains jouets perçus comme réservés aux filles ne sont pas ou peu accessibles aux garçons, qui, à défaut d’avoir une petite soeur à qui faucher des barbies, se cantonnent gentiment aux ballons ronds et aux petites voitures. Les poupées leur sont, par exemple, fortement proscrites, tout comme les jouets électroménagers, « sauf consommés avec modération ». Derrière ce refus, une crainte de plus en plus prégnante : celle de l’homosexualité, considérée par certains comme une forme de « déviance sexuelle » qu’il faut à tout prix éviter. Cette peur trouve des manifestations diverses et parfois originales, comme cette application pour smartphones « mon fils est-il gay? » qui proposait, à partir de juillet 2011, un test permettant aux parents de savoir si leur progéniture aime ou non les hommes. Vous écoutez en boucle le best-of de Sonny & Cher ? Vous avez déjà tenté – en vain – d’imiter Lady Gaga devant la télé ? Voici donc vos préférences sexuelles déterminées à l’aide d’un simple téléphone. Et s’il est effectivement possible que certains goûts se retrouvent au sein de la communauté gay, que dire d’un enfant en bas âge, à peine conscient de sa sexualité (au sens biologique du terme) ?

Toujours selon cette étude, le problème de l’identité sexuée se poserait à partir de l’âge de 2/3 ans. La différence de traitement entre filles et garçons se ferait plus distincte, notamment à cause de l’évolution de l’aspect physique de l’enfant, mais aussi car c’est à ce moment là que leur caractère commencerait réellement à s’affirmer. Les jouets mixtes restent alors réservés au premier âge : les tapis d’éveil, par exemple, font figure de jouet « neutre ». Même si cette différence sexuelle tend peu à peu à s’effacer au sein des familles, la croyance selon laquelle les jouets influenceraient l’enfant dans son orientation sexuelle persiste. Il en va de même pour les activités sportives : on se souvient de Billy Elliot, le jeune garçon qui voulait devenir danseur, et ce au détriment de son père, aspirant à faire de lui un boxeur. En septembre 2010, Décathlon mène sur son site internet une campagne permettant de déterminer le sport le plus adapté à son enfant, selon certains critères de sa personnalité mais aussi selon son sexe.

Il est difficile de ne pas retomber dans certains clichés tels que ceux qui entourent les sexes masculin et féminin. Cependant, il semblerait qu’une tendance apparaisse depuis ces dernières années : en effet, prôner la mixité serait devenu un moyen de réduire cette différenciation sexuelle. Ce phénomène touche particulièrement la littérature jeunesse, instrument d’éveil et de socialisation, et pourtant largement représentatif des inégalités hommes/femmes (Lisez un livre de la série des Martine, et vous verrez). L’objectif ? Eradiquer les stéréotypes qui alimentent ces livres et contribuent à renforcer une certaine image créée autour des deux sexes. Mettre des héroïnes à la place des héros, faire des mamans des femmes d’aujourd’hui qui travaillent et les hommes des papas modernes qui s’occupent de leurs enfants.. De même pour les jouets : des associations telles que Mix-cité, Le Collectif contre le publisexisme militent activement contre les stéréotypes véhiculés par la publicité. Un petit pas pour les parents, un grand pas pour l’égalité ?

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Article rédigé par Julie Lafitte

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Un commentaire

  1. Article vraiment intéressant qui pousse à aller au-delà des prénotions! 🙂

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