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TEMPS DE LECTURE : 7 MINUTESBarbie finira-t-elle seule et sans enfant ?

Qu’il nous semble loin ce temps où les Angelica Kauffmann devaient se déguiser en garçon pour pouvoir suivre des cours de peinture… Aujourd’hui, du moins dans nos sociétés « démocratiques » (toujours les grands mots !), chacun est à peu près en mesure de suivre la voie qui lui plait et de s’affirmer pleinement (là encore, de sacrés grands mots): des femmes chefs de chantiers, des Hilary Swank comme dans Million Dollar Baby, et des hommes femmes de ménages, des petits Billy Elliott… Ce renversement des stéréotypes trouve-t-il un écho dans l’éducation des parents et dans la manière qu’ils ont de bichonner leurs enfants ? Peut-on dire que les stéréotypes du sexe sont légitimés et maintenus par les parents ? En Aparté avec de bels et sombres inconnus.

 

Comme à chaque fois que plusieurs personnes sont interrogées, les réponses obtenues suffiraient à rédiger une dissertation de philosophie bateau : oui, non, peut-être. Nous allons aborder notre problématique sur la base de deux de ces trois réponses (le « peut-être » se résumant seulement à un « je ne sais pas, je n’y ai jamais pensé, je n’ai pas envie de réfléchir à la question »).

Sachez que les prénoms ici donnés sont fictifs.

Tout commença par un : « Je ne vois pas pourquoi on devrait remettre en cause ce système ». Josiane admet qu’elle n’achète que des Barbie, des petits poneys et autres déclinaisons romantico-girly à chacune de ses deux filles.

« Je n’aimerai pas qu’on m’offre des pénis en plastique si j’avais leur âge » (oyoy, hum, expliquez-vous ?). Elles sont jeunes, elles prennent pleinement conscience de leur féminité. Elles ont besoin de cela pour s’affirmer, pour se connaître elles-mêmes ».
« Se connaitre elles-mêmes ? » m’enquis-je.
« Oui, savoir comment elles sont formées (inquiétant, sachant qu’une Barbie n’a pas d’organe génital), comment être sensuelles. J’attends de voir une jeune fille élevée à la « masculine » être dominatrice et avoir plus tard un réel pouvoir sur les hommes » (euh, Marlène Dietrich par exemple ? A vrai dire je n’ai pas réellement suivi son raisonnement). Ce à quoi je rétorque :
« N’avez-vous pas peur que ces Barbie que vous leur donnez soient une forme de formatage pour elles ? J’entends par là qu’il leur semblera peut-être normal d’avoir un corps de poupée pour être belles et séduisantes. Pour moi, les Barbie sont les prémices d’un appel à l’anorexie, elles ne sont que le début d’un long chemin parsemé de spot publicitaires et de magazines bourrés de mannequins ». J’ai agacé Josiane :
« Ecoutez, vous n’allez pas remettre en question quelque chose d’aussi primitif ».

Comme vous pouvez le constater, Josiane et moi n’avons pas vraiment joué à la poupée ensemble et notre conversation s’est rapidement tendue ; cependant je trouvais son point de vue intéressant.

Cap maintenant sur un jeune couple tout à fait sympathique, Monsieur et Madame Jonquille. Et c’est le monsieur qui parle.

« Ça ne me choquerait absolument pas de renverser ces stéréotypes, cependant je n’en vois pas l’intérêt ; les enfants sont très durs entre eux vous savez, ils ont besoins de repères, et s’ils ne sont pas dans la norme, ils sont rejetés. C’est pourquoi j’achète des Pokémons à mes fils et des poupées à ma fille : c’est pour qu’ils puissent, comme tous les enfants, jouer entre eux avec des jeux adaptés à leur sexe. Je pousse des cris de joie dans ma baignoire quand je vois que ma fille et mes fils partagent leurs jouets ! ».

Madame Jonquille complète.

« De toute façon, le problème ne vient pas des jouets, il est bien plus profond et ancré dans nos sociétés : les garçons font des armes de guerre avec des Barbie et les petites filles savonnent les Action Man, quoi qu’on leur offre, le résultat sera le même »

Ainsi, le formatage de nos chers petits ne viendrait pas des jouets mais de leur perception directe de la société : la guerre et les voitures pour les garçons, les beaux cheveux et le maquillage pour les filles. Certains parents légitiment et maintiennent ces stéréotypes car ils considèrent qu’il ne servirait à rien d’inverser les rôles. Si ce n’est à troubler le fonctionnement « normal » de la société.

 

Stéréotypes

 

Tout le monde n’est pas de cet avis. Quand je fais part à Aurore du point de vue du couple Jonquille, elle rétorque aussitôt :

« Mais qu’est-ce que cette perception des choses ? On n’offre que des Barbie aux petites filles pour qu’elles ne soient pas marginalisées par leurs camarades, la même chose pour les garçons, je dis STOP, FEU VERT PASSE AU ROUGE ! Ce sont nos stéréotypes de parents qui créent les aprioris de nos enfants. Pourquoi on n’autorise pas les homosexuels à avoir légalement des enfants ? Parce qu’on a peur que ces derniers soient marginalisés par leurs camarades, et c’est cette peur qui fait que cette marginalisation a effectivement lieu. Il faut arrêter ces bêtises. Je serais personnellement bien plus contente d’avoir un jeu pour fabriquer des robots qu’une Barbie anorexique-face-de-botox qui sert tellement à rien qu’on finit, irrémédiablement, par lui couper les cheveux et la tête».

Par la suite, j’ai eu l’avis clair et direct de Vladimir.

« Les jouets, c’est comme les baptêmes et les oreilles percées : il faut laisser nos enfants choisir pour eux ; ensuite, on conteste leurs choix en argumentant bien et en imprégnant notre argumentation d’une réalité sociale et politique. C’est comme ça qu’on leur apprend les méandres de la vie ! Pas en les enfermant dans un monde préconçu et snob, un spot publicitaire avec Barbie comme meilleure amie. Ainsi, si ma fille me disait « je veux une Barbie, être baptisée, porter des créoles », je lui dirai tout simplement « non, tu attendras d’être majeure pour ça et d’être sûre de tes choix ». Or tout le monde sait que la Barbie à 18 ans…

En fait, pour moi, ce n’est pas une question d’inverser les stéréotypes : je refuserai autant d’offrir un Action Man qu’une Barbie à ma fille ; je suis simplement anticapitaliste et trop axé sur la culture pour tomber dans les clichés. Si les gens aiment y tomber, ce n’est pas mon problème. Mais je considère que j’ai plus à offrir à ma fille qu’un jouet « made in China ». Les seuls jouets que je lui achète sont ceux d’un ami qui est artisan et fabrique des jouets en bois et tissu pour enfant. Laura, ma fille, peut ainsi assister en direct à la fabrication d’un jouet, voir à quel point cela prend du temps et comme c’est beau d’acheter le travail d’un homme qui aime son métier, alors qu’une Barbie est comme toutes les Barbie : le résultat d’un travail à la chaîne, d’une exploitation humaine et de sous-paiements. Je trouve donc idiot de valoriser le capitalisme auprès de nos enfants dès leur plus jeune âge. Ce n’est pas ça la vie, et d’ailleurs, ce système s’effondre totalement ».

Même si la contestation du capitalisme par Vladimir s’écartait du sujet, elle est intéressante puisqu’elle conteste plus généralement le bien-fondé de nos comportements vis-à-vis de nos enfants. Pourquoi avons-nous ce réflexe d’acheter l’amour de nos enfants en leur offrant des Barbie et des Action Man ? Ne sont-ce pas les parents qui créent seuls les stéréotypes en se laissant porter par une vision simplifiée des choses et un système qui les dépasse ?

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Article rédigé par La rédaction Aparté.com

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