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TEMPS DE LECTURE : 5 MINUTESEn aparté avec… Jean-Marc Moutout

Lundi, huit heures, Paul Wetret, 50 ans, se rend comme tous les jours à la Banque Internationale de Commerce et de Financement, où il est chargé d’affaires. Ce matin-là aurait pu être un matin comme tous les autres, sauf que Paul sort un revolver et abat deux de ses supérieurs. C’est l’histoire de cet homme que Jean-Marc Moutout a choisi de nous raconter dans De bon Matin. L’équipe d’Aparté l’a rencontré après la projection du film à l’Utopia. Interloqué par le monde perverti de l’entreprise mais pas psychologue, questionné par la société mais pas politique, Jean-Marc Moutout nous parle de parcours humains, qui parfois basculent. Entretien.

 

 

D’où vient l’idée du film ? Est-il basé sur des faits réels ?

L’idée me vient d’une brève entendue à la radio en juillet 2004 qui racontait qu’un banquier suisse de 50 ans avait descendu deux de ses supérieurs un matin, avant de se suicider. Je me souviens que cette histoire dramatique m’avait interpellée (c’était avant tous les cas de suicide chez France Télécom et ailleurs), sans pour autant que j’approfondisse la question. Qui plus est, je venais de terminer Violence des échanges en milieu tempéré, qui traitait déjà du monde de l’entreprise donc j’avais envie d’autre chose. Mais cet homme n’est jamais sorti de ma tête, ni cette question : comment un homme ordinaire peut-il en arriver là ?

Quitte à travailler sur un scénario, je n’avais pas envie de m’inscrire directement dans les faits de cet histoire. Pas envie de parler à la famille, pas envie de remuer la douleur. Ce qui m’interrogeait véritablement était le processus mental derrière. Plus qu’une affaire en particulier, je voulais faire le portrait d’un homme en détresse.

 

Pourquoi le monde de l’entreprise suscite-t-il chez vous cet intérêt ?

Oui et non. Il s’agit surtout d’une incompréhension du système, d’une contradiction entre la dureté du milieu et une société qui porte ses valeurs autour de la réalisation sociale et professionnelle. Ma génération a grandi dans un contexte de crise et de chômage. Tout ceci pose des problèmes d’existence. Paul, dans le film, détruit tout ce qu’il a lui-même construit. On est dans la contradiction absolue.

 

Justement, comment en arrive-t-on à ce point de non-retour ? Qu’est ce qui fait qu’à un moment tout bascule ?

Je crois avoir compris que les gens qui passent à ce genre d’actes sont des personnes qui se sont énormément impliquées dans leur vie au travail. Et ensuite, de manière plus ou moins violente et plus ou moins rapide, ils perdent le sens de ce qu’ils ont eux-même réalisé. Ils se sentent dévalués, perdent pied. Ils n’ont plus le recul, ne savent plus comment exister. Pourquoi ce type, Paul, ne renaît-il pas ailleurs, auprès de sa famille ? Parce qu’il n’imagine pas sa vie en dehors de ce qu’il a été.

« Ce n’est pas un film sur les suicides chez Orange »

 

On a cette inquiétante impression, en voyant le film que l’entreprise peut briser n’importe qui. Est-on condamnés à finir broyés par le système ?

Nous sommes tous engagés dans ce processus de réalisation de soi par le travail, ça ne veut pas dire que le piège se refermera sur tout le monde. Mais c’est vrai que les alternatives sont de plus en plus compliquées à trouver, c’est dur de trouver sa propre expression de soi. Lui a fini par ne plus trouver son compte et c’est au sacrifice de sa vie qu’il l’a porté.

 

Est-ce finalement un film moraliste, alarmant ou un terrible constat ?

Tout ce que je montre dans le film existe, évidemment mais dénoncer n’est pas ma motivation pour créer. J’essaie plutôt de comprendre des comportements, des parcours humains. Il est vrai cependant que j’ai un certain malaise vis-à-vis de la politique qui transparaît mais ce n’est pas le moteur du film. On ne fait pas des films pour dénoncer mais pour mettre à jour des problèmes. C’est vrai aussi que j’ai eu peur d’être prisonnier de l’actualité mais je ne voulais pas en faire un film sur les suicides chez Orange. Je n’ai jamais perdu de vue mon personnage.

 

Enfin, pourquoi ce choix de Jean-Pierre Daroussin pour interpréter Paul ?

Dès l’écriture du scénario, j’ai senti que je ne pouvais faire jouer que lui. C’est une personne qui m’a toujours émue dans ses interprétations, c’est un acteur de composition. Il y a de toute façon peu de quinquagénaires têtes d’affiches avec une qualité de jeu comme la sienne. Et puis, on ne peut pas faire jouer Bacri dans tous les films français !

 

De bon matin
Drame réalisé par Jean-Marc Moutout
Avec Jean-Pierre Daroussin, Xavier Beauvois, Yannick Renier
Sortie le 5 octobre 2011

> Retrouvez ici la fiche technique Aparté de « De bon matin ».

Crédits : @needproductions.com  – Image à la une : © Les Films du Losange 2007 – Moune Jamet

 

Article rédigé par La rédaction Aparté.com

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